Presses universitaires de Provence

  • La notion de didascalies est au coeur même de l'esthétique théâtrale. Elle pose la question qui touche à l'essence du théâtre, celle du rapport auteur/metteur en scène, acteur/spectateurs, lecteurs. Qui parle dans les didascalies et à qui ? Quasi inexistantes dans le théâtre renaissant et dans le théâtre classique, elles abondent dans le théâtre aujourd'hui au point de constituer aux côtés du dialogue un texte à part entière comme le montre l'ensemble des articles rassemblés dans ce recueil. C'est là une des grandes caractéristiques du théâtre depuis le début du XXe siècle. Est-ce que l'hypertrophie de ce discours didascalique est venue transformer la nature même du texte de théâtre ? Telle est la question à laquelle ce volume collectif tente de répondre afin de cerner la spécificité de l'écriture dramatique aux XXe et XXIe siècles.

  • Ce volume est le quatrième recueil, édité aux PUP, des actes du séminaire de l'EA SIGMA Sociétés, Idéologies et Croyances au Moyen Âge, centre de recherches de l'Université de Provence, faisant suite à « Peuples du Moyen Âge », « Faire mémoire. Souvenir et commémoration au Moyen Âge » et « Hiérarchies et Services au Moyen Âge ». Il réunit neuf études, préparées au cours de l'année universitaire 1999-2000, dont la thématique prend son origine dans les oeuvres de Raoul Giaber et de Georges Duby. Il envisage donc, au-delà de l'année mille, la période de l'An Mil, hors de toute polémique, dans quelques-uns de ses aspects socio-politiques (le mariage, la royauté, les conciles de paix), littéraires (les origines de l'épopée, l'écriture hagiographique), artistiques (l'architecture religieuse) ou géopolitique (les Turcs au Moyen Orient). Sans être exhaustif, ce panorama contribue à montrer comment l'individualisation par Georges Duby de la période qui s'étend environ de 970 à 1040 a pu fournir aux médiévistes un remarquable observatoire historique.

  • Le mythe de Marseille s'avère une construction du modernisme : c'est avec la révolution industrielle, les flux migratoires, l'empreinte coloniale et la violence des inégalités que s'est construit l'imaginaire si singulier de « la cité phocéenne ». Seule ville mythique de France avec Paris, Marseille, dans sa misère et sa gloire, continue à nourrir une mythologie populaire, anarchique et sujette à de nombreuses manipulations médiatiques. Les études historiques, littéraires et artistiques rassemblées dans cet ouvrage, illustrées par des documents iconographiques, se présentent comme des contributions à une histoire culturelle de Marseille. Elles sont complétées par des témoignages historiques et artistiques et par des échanges sur les développements actuels du mythe, héritiers d'un modernisme inachevé, illustrant ainsi l'enchevêtrement du passé et du présent propre à la culture - et à la politique culturelle ? - de Marseille.

  • Quelle est la portée politique du travestissement spectaculaire ? Le lien entre travestissement et homosexualité, saillant dans nombre de discours, est-il à réinterroger ou à minimiser ? Pourquoi les travestissements masculins sont-ils surreprésentés, et contribuent-ils ainsi à naturaliser la hiérarchisation des genres ? Ludique, fonctionnel ou identitaire, transgressif ou spectaculaire : si le travestissement recouvre différents phénomènes, certains banalisés et d'autres marginaux, il permet globalement d'interroger le lien entre genre, culture et performance. Il met d'une part en évidence les artifices du genre et les modalités de sa construction et de sa déconstruction comme pratique performative ; il témoigne d'autre part de pratiques historiquement, socialement et culturellement situées du genre on propose ici un état des lieux des réflexions actuelles sur les travestissements et leur fonction symbolique et/ou politique. L'ouvrage vise à historiciser les pratiques des travestissements et évite tout « biais » qui pourrait invisibiliser ou provincialiser des phénomènes non-occidentaux. Histoire culturelle, anthropologie, arts du spectacle et sociologie ; télévision, cinéma, littérature, musique sont mobilisés.

  • Qui est le notaire ? Quelle est sa formation, sa pratique quotidienne du métier ? Quels sont les liens que cet acteur de la justice civile a su tisser avec la société, le milieu de la judicature, les institutions, les pouvoirs, l'État du haut Moyen Âge à la fin de l'époque moderne ? Telles sont les questions auxquelles tente de répondre cet ouvrage qui prête une attention particulière à l'Europe occidentale (France, Italie, Portugal, Espagne et les « Indes », Suisse et Catalogne). Privilégiant une lecture plurielle, renouvelée et différenciée, selon les temps et les espaces, du notaire, de l'activité notariale et des actes, les études réunies ici permettent de saisir à la fois les techniques et le savoir-faire mis en oeuvre par ce professionnel du droit, dont le rôle de médiateur assumé au sein de la Cité et des sociétés rurales anciennes est fondamental. Les analyses ainsi conduites mettent en lumière aussi bien l'existence de conflits politiques, sociaux et institutionnels dont le notaire est le centre, qu'elles révèlent les contours de l'identité professionnelle conférée par cette activité essentielle dans les sociétés d'Ancien Régime. Praticien du droit, au service des pouvoirs citadins et des familles, du VIIIe au XVIIIe siècle, le notaire figure au coeur des mécanismes de régulation liés à l'infrajudiciaire tout comme à la pacification des dissensions, en favorisant le recours à la justice institutionnelle et le maintien de l'ordre.

  • Le colloque dont les communications sont ici publiées a eu pour ses participants une tonalité particulière. Et le Président de l'Université de Provence a tenu à être présent à l'ouverture des travaux. Cette rencontre était en effet dédiée à deux des membres fondateurs du C.U.E.R. M.A., Marguerite ROSSI et Paul BANCOURT. Ces collègues vont bientôt cesser d'enseigner. Il ne s'agira de retraite que sur le plan administratif puisqu'ils continueront tous les deux, nous le savons, leurs activités scientifiques, en particulier dans le cadre du C.U.E.R. M.A. Ainsi donc avons-nous travaillé cette année sur le thème de l'étrange et de l'étranger, domaines qu'ont particulièrement explorés nos deux collègues dans leurs travaux antérieurs.

  • Une véritable crise affecte les fondements mêmes du concept de service public : au fur et à mesure que les services publics s'émancipent du contrôle administratif et remplissent des fonctions commerciales, la frontière avec la sphère privée se brouille ou se réduit. Dans le même temps, le secteur privé s'empare des logiques et des missions autrefois réservées au secteur public. Ainsi se font jour, par exemple, des actions du secteur associatif qui tentent d'infléchir les politiques publiques. À partir de recherches de terrain menées sur les deux rives de la Méditerranée - Algérie, Cisjordanie, France, Italie, Maroc - cet ouvrage montre comment se matérialise l'enchevêtrement des secteurs public et privé dans le quotidien des travailleurs. Il met l'accent sur les conséquences pour les usagers/clients, sur la redéfinition des métiers, et sur les répercussions au niveau des rapports sociaux et des représentations, au-delà de la sphère professionnelle. À partir d'un panorama de divers secteurs du service public, dans différents pays méditerranéens, cet ouvrage dévoile l'éventail des possibles, la richesse, ainsi que la complexité de la porosité des secteurs public et privé. Cette porosité renvoie à l'évolution des entreprises publiques et des métiers qui lui sont afférents (transformations), à la cohabitation de statuts privés et publics au sein d'une même entreprise (cohabitation), à l'émergence d'initiatives privées locales soutenues par le secteur public (initiatives), jusqu'à la prise en charge par le secteur privé de missions traditionnellement dévolues au secteur public (carences). Les auteurs apportent ainsi dans cet ouvrage la pertinence du regard rapproché des miniatures ethnographiques.

  • En dépit de l'exclusion politique des femmes de l'exercice du pouvoir pendant une très longue période de notre histoire, les femmes n'en sont pas moins présentes et agissantes dans le débat politique. Cet ouvrage propose d'élargir l'enquête historique sur l'émancipation politique des femmes à plusieurs thématiques, de l'Antiquité à nos jours. En premier lieu, les travaux présentés portent sur la place attribuée aux femmes du point de vue de la transmission des règles du pouvoir et de la citoyenneté. Malgré l'épisode de la Révolution française propice à des actions concrètes d'émancipation, le cadre de référence reste celui de la famille pendant le xixe siècle et une grande part du xxe, et maintient la relation mère-fille dans les idéaux d'une société sous domination masculine. En second lieu, l'exploration porte sur le champ économique et social : la place des femmes dans le commerce lyonnais au xviie siècle ; l'action sociale, politique et matérielle à Marseille.

  • Cet ouvrage offre une perspective nouvelle aux études sur la littérature des voyages dont la vaste matière iconographique reste à ce jour relativement peu exploitée. Il propose une réflexion théorique et analytique inédite sur la place et le rôle de l'image dans le vaste ensemble de la littérature des voyages, en regroupant les contributions de littéraires, de géographes, d'historiens de l'art, d'historiens du livre et en travaillant la notion d'imaginaire, via l'étude d'images concrètes, de supports iconographiques divers, tous liés à l'écriture du voyage. Il couvre la période de la fin du Moyen Âge au XIXe siècle, c'est-à-dire des origines iconographiques arabes à la naissance de la photographie, ainsi qu'une aire géographique maritime vaste, de la Méditerranée aux Océans oriental et occidental.

  • De nombreux ouvrages ont traité de la société ou des sociétés du Moyen Âge, mais ce sont le plus souvent les structures sociales, ou encore les institutions dans leurs rapports avec la société, qui ont retenu l'attention. Choisir pour thème de réflexion « vivre en société » nécessite d'abord de s'interroger sur cette expression pour en examiner toutes les implications et pour envisager la façon de les rapporter à l'ensemble de la période médiévale : d'où la nécessité de revenir sur le sens des mots et d'abord sur celui de « société », dans le cadre de l'occident chrétien. Parallèlement, dire que l'on vit en société implique que l'on puisse vivre en dehors, par volonté ou par contrainte : la dialectique de l'inclusion et de l'exclusion est donc au centre de la réflexion sur toute forme de société. Les quinze études présentées ici sont le reflet d'un travail collectif d'une année qui a rassemblé des historiens médiévistes connus et un certain nombre de leurs élèves, nouveaux médiévistes dont beaucoup n'en sont pas à leur première publication.

  • Le présent ouvrage, consacré aux usages et aux représentations du cadavre dans l'art, est partie intégrante d'un projet éditorial plus vaste portant sur l'histoire du statut et des usages du cadavre à l'époque moderne et contemporaine, dont deux autres volets paraîtront chez le même éditeur.La particularité de ce projet, qu'on s'est efforcé de respecter ici, est son choix d'aborder délibérément le cadavre de façon concrète, et de tenter ainsi un renouvellement, ou, à tout le moins, un léger décentrage dans l'histoire traditionnelle de la mort.

  • À l'image de la mosaïque qui lui donne son titre, cet ouvrage assemble les éléments d'un motif laissant à l'espace méditerranéen une place centrale. Combinant les approches, entrecroisant trajectoires individuelles et destins collectifs, il donne à voir le rôle structurant des villes dans la façon de concevoir et représenter l'espace, témoigne des réussites et des échecs du vivre ensemble. Dans une perspective d'anthropologie historique, il interroge la question de la souffrance des corps au travail et des corps asociaux. Il joue enfin sur les échelles de la mémoire, questionnant l'action des institutions et des hommes comme passeurs de culture, mettant en évidence l'importance du phénomène de la circulation au sein d'un espace marqué par un incessant va-et-vient de civilisations dont l'extrême enchevêtrement a fini par donner naissance à une certaine forme d'homogénéité.

  • Si la présence de l'eau est vérifiable dans d'innombrables épisodes de récits arthuriens, elle se fait plus rare dans les gestes épiques ou dans les intrigues romanesques qui échappent au cycle d'Arthur. Surtout, elle n'y possède que rarement la signification secrète qui constitue pour les mers, fleuves, rivières et sources celtiques l'essence de leur mystère. L'eau épique ou romanesque est généralement plus "naturelle", si l'on peut dire, elle est moins perfide, moins équivoque que l'eau celtique. Elle recèle pourtant des périls qui peuvent être mortels pour le héros. L'eau dangereuse coule alors dans le paysage épique : elle apparaît fréquemment comme la composante d'une situation dramatique, ou sa cause. Elle sert de décor à des scènes violemment pathétiques, dont nous fournirons un certain nombre d'exemples ; elle peut prendre dans l'épopée et surtout le roman un sens symbolique, adopter une personnalité morale, être un piège pour l'homme.

  • Ce colloque nous engage sur un terrain difficile ; comment les autorités sociales d'autrefois se sont-elles trouvées prises entre un devoir de punir, résultant de la mission qui les définissait, et un "devoir" de ne pas punir, où le plus haut souci religieux pouvait se mêler confusément aux nécessités pratiques ? et comment se sont-elles défini un éventail de solutions applicables aux différents cas ?

  • Au Moyen Âge vivre, c'est se battre et survivre, triompher d'obstacles constamment présents et incessamment renouvelés : tourbillon de violence et d'agressivité pratiquant une impitoyable sélection naturelle. La longévité des individus suppose un débordement de vitalité intacte. L'obligation d'une vie dans l'instant privilégie la force de l'âge, la saine maturité ; dès lors, la vieillesse se réduit à un triste épilogue, l'enfance étant conçue comme un fade préambule.

  • L'or est soit un objet, soit un mythe de cet objet. L'objet-or est soit un métal, minerai ou épuré, soit un bijou à éventail de multiples significations dont celle de monnaie. Le mythe part de l'éclat solaire qu'avive le traitement au feu du métal-minerai ; il aboutit par cet éclat, par la consistance, l'utilité, les formes du bijou, les charmes de cette luminosité, à porter la joie et l'espérance du monde d'outre-nuit où le soleil qu'il symbolise ne se couche pas. Ainsi la longévité et la ductilité de cet objet-mythe lumineux évoque à l'homme son rêve d'immortalité. Car tout mythe est une réalité de sentiments que les hommes font reposer sur des objets réels en se servant d'heureuses apparences qui leur symbolisent les qualités de l'invisible. L'or est ainsi lumière et bonheur éternel ; les chefs et les femmes le portent avec prédilection comme certains enfants, tandis que le guerrier, ut sic, préfère le fer, et la forge. L'art de l'or, et celui de l'argent fort proche, est ainsi aux confins de l'économie et de la religion, une structure de médiation, une médio-structure toujours liée au roi : orfèvre de ses trésors et de sa liturgie ou monnayeur de sa puissance. D'Aristote à Thomas d'Aquin, on a toujours su distinguer le métal d'orfèvre et le signe monnayé, le trésor et la monnaie, le mythe et l'utilité fonctionnelle.

  • Soleil, Lune, Étoiles : leur présence, si l'on fait appel à ses souvenirs de lectures, n'est pas très fréquente dans les oeuvres romanesques ou épiques du xiiième siècle. Mais si leurs apparitions sont rares, elles ont toujours, ou presque, une fonction que l'on peut qualifier dès maintenant de magique ou de mystique ; soleil, lune, étoiles remplissent alors le rôle de signes ; ils annoncent des situations, des conjonctures romanesques parfois conventionnelles, parfois plus originales : ils s'intègrent alors dans l'action ; ou ils font partie d'un climat amoureux, ils sont les attributs de scènes courtoises ; ou ils ouvrent un chemin mystique aux héros. Ils remplissent assez rarement un rôle utilitaire, plus rarement un rôle purement esthétique, suscitant la seule émotion artistique chez l'auditeur, ainsi que le public moderne y est habitué depuis les romantiques : « Pâle étoile du soir, messagère lointaine... » écrivait Musset.

  • Le Parlement de Provence aurait eu 500 ans en 2001 si la Révolution française n'avait mis fin à sa carrière en 1790. Pendant trois siècles, il a été la principale instance judiciaire de la province, et son histoire se confond avec celle de l'Ancien Régime provençal, Le Parlement constituait le tribunal supérieur du ressort de Provence. Il était aussi mêlé à l'Histoire nationale, et, à ce titre, il était un des intermédiaires entre le Roi et les Provençaux. Les parlementaires ont aussi marqué profondément de leur empreinte la capitale provençale, qui était leur siège. Cet ouvrage rassemble seize communications présentées au colloque tenu à Aix en avril 2001 : huit concernent le Parlement d'Mix, de son origine à sa mort et les affaires qui y ont été traitées ; cinq évoquent les parlementaires en tant que groupe social et à travers leurs attitudes religieuses et culturelles ; trois enfin élargissent le propos, avec des comparaisons sur la justice à l'époque des Lumières, notamment dans la péninsule ibérique.

  • Pour éclairer l'histoire d'Avignon et du Comtat Venaissin, trop vite rendue au ténèbres, après son âge d'or pontifical, René Moulinas a creusé son sillon dans la part encore dormante des archives du Vaucluse, dans une quête des faits culturels et religieux. Ce recueil, qui rassemble des contributions de vingt-deux auteurs, explore, en forme d'hommage, des domaines historiques familiers à René Moulinas. De la fin du Moyen Âge au début du XIXe siècle, dans le sud-est de la France, chrétiens et juifs ont cohabité, du fait du maintien de ces derniers sur les terres pontificales comtadines. Cet ouvrage présente divers aspects de la vie de ces communautés catholiques, protestantes, juives, dans ce qui fait leur identité, ainsi que dans leurs relations.

  • Le morphème, qui est un des grands acquis théoriques de la linguistique moderne, semble maintenant un peu oublié par les linguistes et les grammairiens, qui en reviennent paresseusement au mot de la tradition. Ce livre voudrait proposer une théorie du morphème et de l'analyse en morphèmes qui soit compatible avec une véritable théorie du mot. Il illustre les concepts de cette théorie en s'appuyant beaucoup sur le français, mais aussi en essayant de décrire des langues typologiquement plus ou moins différentes comme l'allemand, le russe, le latin, le grec, ou encore le finnois, le hongrois, le chinois, le japonais, l'arabe, l'hébreu, ainsi que les langues des débuts de l'écriture que sont le sumérien et l'égyptien. Il le fait en prenant comme corpus des versets du premier chapitre de la Genèse, et les conjugaisons de l'espagnol, de l'italien et du latin. Ce livre s'adresse avant tout aux étudiants de premier cycle en lettres modernes, en sciences du langage et en langues vivantes. Il s'adresse à tout débutant qui n'a jamais fait de morphologie, ou d'analyse en morphèmes, et définit donc tous les concepts qu'il emploie. Il s'adresse aussi aux linguistes, auxquels il propose une synthèse cohérente et actuelle de linguistique descriptive.

  • Aimant cueillir les fleurs variées de l'imaginaire dans l'espace qu'il appelle son « jardin secret », André Moisan n'est pas sans évoquer ces clercs du Moyen Âge qui savaient allier le soin des réalités célestes et l'amour des belles lettres. Par ce volume de Mélanges, ses collègues et ses amis ont voulu rendre hommage à l'engagement scientifique et à la modestie d'un « chercheur de l'ombre », au travail et à l'érudition d'un homme qui, inlassablement et en marge de l'institution universitaire, a contribué jour après jour à l'ouverture et à la diffusion des connaissances dans le vaste domaine qui était le sien : l'épopée française. Malgré la diversité des textes abordés et la variété des approches choisies, ce volume s'organise autour de ce thème unique qui lui confère, par sa richesse et par son ampleur, souplesse et cohérence. Épopée et hagiographie, épopée et historiographie, rayonnement européen de l'épopée en constituent en effet les lignes directrices. Certains essais ont privilégié une approche linguistique, d'autres ont insisté sur la dimension spirituelle de divers textes ; l'étude des sources, les mises en valeur thématiques, l'analyse des effets d'intertextualité, la confrontation de plusieurs versions d'une même oeuvre sont les autres lieux de cette réflexion plurielle qui vient enrichir notre connaissance d'un genre auquel André Moisan, comme en témoignent les cinq volumes de son Répertoire et ses nombreux travaux, a consacré sa brillante énergie. Ce livre d'hommage constitue donc, pour sa part, un apport, à la fois riche et généreux, aux études médiévales.

  • Ce volume 47 de la collection « Senefiance » offre le texte des 29 communications qui ont été prononcées lors du colloque organisé par l'équipe de recherche du CUER MA (EA 2077) les 2, 3 et 4 mars 2000 à l'Université de Provence. Les intervenants ont porté leur réflexion soit sur des oeuvres précises (Fierabras, Aliscans, Eneas, Bisclavret, Silence, Merlin, Lancelot en prose, Queste del saint Graal), soit sur une vaste partie ou l'ensemble d'un domaine littéraire (lyrique occitane, chanson de geste, roman d'antiquité, roman arthurien, fabliau, théâtre, hagiographie). La connaissance de realia propres à la vie monastique ou aux pratiques funéraires permet des rapprochements intéressants avec la littérature, en éclairant des détails descriptifs ou des allusions. L'étude de l'imaginaire du vêtement révèle ses richesses mais aussi celles dont se pare la rhétorique lorsqu'elle joue des métaphores. Enfin, cinq de ces communications portent sur les littératures germanique et persane et ouvrent ainsi le champ à des études comparatives.

  • L'on n'est jamais trahi que par les siens. S'il y a du vrai dans cet adage, les relations familiales, où s'expriment parfois les solidarités les plus fortes, ne seront-elles pas aussi l'occasion des dissensions les plus douloureuses ? La parenté peut susciter parfois de bien curieuses rivalités, et l'épopée, qui accorde tant d'importance aux liens familiaux, en propose des exemples fort variés. Souvent, les Sarrasines rejettent leurs pères, leurs frères, leurs époux. Ailleurs, Ganelon trahit son beau-frère l'empereur, et Roland son fillastre. Mais les oppositions les plus inattendues sont parfois les moins brutales.

  • À qui parcourt la littérature médiévale apparaît clairement l'importance du motif du coeur au sein de multiples genres littéraires. Les occurrences de « cuer » sont multiples et interviennent en de nombreuses circonstances. Le coeur se révèle ainsi être la racine de quantité d'équations posées au centre du tumulte des sentiments humains, ...

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