• Dans la crise écologique que nous traversons, la dimension politique est à la fois un problème et une solution. Un problème : nos idées et nos institutions ne sont pas à la mesure des défis actuels. Une solution : ni la morale ni la technique ne nous sauveront seules, faute d'une transformation des façons d'agir en commun pour les affaires communes.
    Ce livre entend contribuer au renouvellement de la politique écologique, en montrant que nous ne partons pas de rien. Et c'est tant mieux : nous disposons d'un patrimoine théorique et pratique qui, depuis l'Antiquité, n'a cessé de chercher les voies d'un " bien commun " et d'un " pouvoir de tous ". Le républicanisme et le socialisme démocratiques, en particulier, ont exploré les moyens d'articuler les exigences de liberté, d'égalité et de solidarité. Il est urgent de les actualiser, tant il est clair que la question écologique est aussi une question sociale et démocratique, et que les inégalités sont un facteur décisif de blocage de toute mutation.
    Ces idéaux d'émancipation prennent une portée inédite, à l'heure où l'horizon de la responsabilité s'étend dans l'espace et dans le temps, et où l'on réapprend que le monde commun n'est pas constitué que d'humains. La cité écologique que défend l'auteur implique de refonder la vie démocratique et l'économie dans cette perspective élargie.

  • La crise écologique actuelle prend ses racines dans une histoire faite de possibles, parfois aboutis, d'échecs et de renoncements. Près de deux siècles de politiques environnementales que Serge Audier synthétise ici à la lumière des entraves et des infléchissements qui les ont forgées, les empêchant encore aujourd'hui de répondre efficacement à l'urgence toujours plus criante.
    Depuis la fin du XXe siècle, des signaux d'alarme écologiques ne cessent de retentir : réchauffement climatique toujours plus incontrôlable, destruction exponentielle et dramatique de la biodiversité, déforestations accélérées, pollutions diverses, " plastification " des mers, etc. Pourtant, les défenseurs de la cause écologique peinent à véritablement convaincre l'ensemble de la société ainsi que les décideurs économiques et politiques de la nécessité d'un changement urgent de modèle. Pourquoi les forces politiques, de droite mais aussi de gauche, n'ont-elles pas su ou voulu prendre en charge le défi écologique ?
    C'est à cette question que s'intéresse ce livre de Serge Audier, qui offre une ample fresque inédite sur les racines philosophiques, idéologiques et politiques de la crise actuelle. Au croisement de l'histoire et de la philosophie, cette généalogie intellectuelle examine les logiques doctrinales et politiques qui, depuis près de deux siècles, ont présidé aux prises de position et aux programmes en matière environnementale, à leurs réussites comme à leurs nombreux échecs. L'auteur montre notamment pourquoi, dans de nombreuses régions du monde, la logique socio-économique, politique et culturelle dominante est allée dans le sens d'un modèle productiviste qui a provoqué une destruction accélérée et sans précédent du milieu naturel.
    Parallèlement, il soulève la question des " possibles " non aboutis ou non réalisés, et invite à (re)découvrir des voies alternatives - entre anarchisme et socialisme - qui ont cherché à articuler critique sociale et critique écologique du capitalisme, dans l'horizon d'une " cité écologique " à venir.

  • Si les " ennemis " de la " société écologique " se trouvent assurément du côté des forces du capitalisme et du néolibéralisme, il ne faut pas oublier que la défense de l'environnement a par la suite été marginalisée, voire combattue par les courants dominants de la gauche, qui ont souvent vu dans les " amis de la nature " des réactionnaires romantiques et des adversaires du progrès social. Un livre essentiel pour comprendre et dénouer les blocages intellectuels qui caractérisent notre époque.
    Alors que monte la prise de conscience du péril environnemental, les obstacles à une véritable mutation écologique des sociétés contemporaines restent massifs et les modèles alternatifs peinent à s'imposer. Les traditions intellectuelles de la gauche semblent souvent impuissantes à apporter des réponses. Pire, n'ont-elles pas contribué, par leur culte des " forces productives ", à l'impasse actuelle ?
    La généalogie intellectuelle proposée par Serge Audier revient sur des évidences trompeuses, notamment celle qui voudrait que les mouvements émancipateurs n'aient abordé que très tardivement les enjeux écologiques. On redécouvre certes peu à peu des voix minoritaires qui, de Henry D. Thoreau à William Morris, avaient manifesté très tôt un souci inédit de la nature. Mais en les érigeant en héros solitaires, on contribue à occulter une nébuleuse beaucoup plus large et méconnue qui, entre socialisme et anarchisme, a esquissé les traits d'une " société écologique ". L'objectif de ce livre est d'exhumer et de reconstituer une pensée sociale de la nature et de l'émancipation, construite aux marges du " grand récit " socialiste et républicain.
    De fait, cette tendance dissidente a été ignorée, marginalisée, voire combattue par les courants hégémoniques, qui ont souvent vu dans l'écologie un conservatisme traditionaliste ou un romantisme réactionnaire... Si les " ennemis " de la " société écologique " se trouvent bien entendu du côté des forces du capitalisme, il serait faux et dangereux d'oublier qu'ils font aussi partie de l'histoire même de la gauche et du socialisme dans ses orientations majoritaires, encore prégnantes.

  • Pour beaucoup, le néo-libéralisme constitue le phénomème majeur de notre temps. C'est lui qui donnerait la clé de la crise économique et financière, des nouvelles formes de management, ou encore de la "privatisation du monde". Il est pourtant difficile d'y voir clair à travers cette notion. Le néo-libéralisme, est-ce le "laisser-faire" ou bien l'avènement d'un Etat fort au service de la concurrence ? S'agit-il d'un modèle hyper-individualiste et libertaire, ou bien d'un nouveau conservatisme normalisateur ?Pour s'y retrouver, ce livre propose une généalogie internationale des idées néo-libérales depuis les années 1930, à travers ces moments que furent le Colloque Walter Lippmann (1938) et la société du Mont Pèlerin (1947). Il montre comment la crise du libéralisme, après le Krach de Wall Street, a entraîné des révisions et des réaffirmations doctrinales visant à sauver les idées libérales. Mais, loin de toute vision complotiste et linéaire, il soutient aussi que la redéfinition du libéralisme a fait l'objet de conflits féroces entre ceux que l'on appellera les "néo-libéraux".Sur cette base sont établies des distinctions historiques et conceptuelles entre des mouvements que l'on confond trop souvent : le conservatisme, le néo-conservatisme, le libertarisme et le néo-libéralisme. Revenant sur le travail des think tanks et des principaux théoriciens de ces mouvances, le livre montre aussi la présence de traditions nationales hétérogènes. Alors que la "droitisation" de l'Europe semble aujourd'hui en marche, une telle mise en perspective permet de mieux déchiffrer la crise de légitimité du capitalisme et les réponses politiques qui lui sont données.

  • Une brillante plongée aux sources du discours anti-68, long travail de sape qui a présidé aux grands bouleversements des années 1980 et à la " restauration " intellectuelle et politique en cours.
    La haine de Mai 68 est devenue un thème à la mode. Le slogan de Nicolas Sarkozy, lors de la campagne présidentielle de 2007, sur l'indispensable liquidation du legs de 68, ne doit donc pas être réduit à un propos de campagne. Il s'appuie en réalité sur un travail idéologique qui a commencé dès les lendemains des événements et qui s'est poursuivi de commémoration en commémoration, jusqu'à devenir une vulgate à la fin des années 1990. Faut-il voir, dans cette fièvre anti-68, une simple " rhétorique réactionnaire " ? Quelles en sont les origines ? Quarante après, Mai 68 méritait-il de tels réquisitoires ? Pour répondre à ces questions, ce livre reconstitue la généalogie intellectuelle de ce discours. L'auteur montre ainsi comment Mai 68 n'a cessé d'être attaqué depuis des bords politiques opposés, de la droite extrême à la gauche communiste. Il souligne aussi que ce long procès s'est accompagné de profondes mutations dans le monde intellectuel, marqué par une contre-offensive libérale et conservatrice, une réaffirmation de " l'humanisme " et un retour au mythe républicain. Il montre enfin que cette entreprise de liquidation, justifiant un retour à des positions conservatrices, s'est accomplie à partir d'interprétations erronées de Mai 68. La Pensée anti-68 offre ainsi, pour la première fois, une discussion d'ensemble de tout un pan de la pensée française qui a voulu tourner la page des " maîtres à penser " des années 1960.

  • Tenu en 1938, le colloque Lippmann est considéré comme un acte fondateur de l'offensive libérale dans le monde (bien avant la naissance de la Société du Mont Pélerin).

    Plus souvent cité que lu, il mérite d'être exhumé pour comprendre les enjeux idéologiques et politiques qui ont présidé à la naissance d'une internationale libérale dont le rôle sera essentiel dans les transformations économiques planétaires de la fin des années 1970.

    Serge Audier met en lumière les tensions, voire les contradictions, qui ont marqué ce moment inaugural de l'histoire du néo-libéralisme. À travers ces tensions se dessinent aussi les impasses de la doctrine néo-libérale telle qu'elle a été mise en oeuvre, dans les années 1980, avec la contre-révolution thatchérienne et reaganienne.

  • This book is an introduction to and translation of the 1938 Walter Lippmann Colloquium held in Paris, which became known as the intellectual birthplace of neo-liberalism. Although the Lippmann Colloquium has been the subject of significant recent interest, this book makes this crucial primary source available to a wide, English-speaking audience for the first time. The Colloquium features importantoften passionatedebates involving well-known intellectual figures such as Walter Lippmann, Louis Rougier, Friedrich Hayek, Ludwig von Mises, Michael Polanyi, Jacques Rueff, Alexander Rüstow and Wilhelm Rpke. Many of the topics addressed at the Colloquium, such as the proper methods of economic intervention, the relationship between the market economy and democracy, and the relationship between economic liberalism and political liberalism are issues that still vie for our attention in the aftermath of the Great Recession. 

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