• On trouvera sous ce titre, voulu par l'auteur, les divers éléments qui composent le "Journal" que René Depestre a tenu durant son séjour à Cuba, de 1964 à 1978. Ce document, entièrement inédit, est exceptionnel sur le plan biographique : il constitue un journal intime, souvent très personnel, qui s'organise parfois en roman d'apprentissage. Il l'est également au niveau historique et sociopolitique, René Depestre s'y révélant en témoin capital mais aussi en acteur, maintes fois critique, de la révolution cubaine. D'une écriture originale, mêlant vision lyrique et lucidité réaliste, ce Cahier d'un art de vivre est surtout l'oeuvre d'un esprit passionnément épris de son époque, qui en témoigne en philosophe tout autant qu'en poète.

  • La tante Zaza, à la beauté légendaire, emmène son jeune neveu en vacances à la campagne. Il a seize ans et, ingénument, elle lui fait partager son lit. L'inévitable se produit. Zaza, plus tard, périra dans un incendie, mais son souvenir adorable restera vivant.
    On retrouve dans ces dix nouvelles la même verve caraïbe, le même érotisme heureux qui appartiennent à l'auteur du Mât de cocagne.
    Prix Goncourt de la Nouvelle 1982

  • Jacmel, en Haïti. En 1938, au moment du Carnaval. C'est la fin de Germaine Villaret-Joyeuse, la chère marraine du narrateur et, en même temps, les noces de l'éblouissante Hadriana Siloé. Conduite à l'église, Hadriana pousse un oui hallucinant de détresse et s'écroule, morte, aux pieds de l'officiant. Mais nous sommes au pays vaudou et il n'y a pas de mort qui tienne. À peine enterrée dans sa belle robe blanche, Hadriana se prête au rituel de la métamorphose, et renaît sous l'espèce mythique d'une zombie. Dès lors, le jeune narrateur laisse se débrider son humour et son imagination, dévoilant la scène haïtienne dans toute sa fantaisie, sa sensualité, sa magie démontée et son désordre. Comme si la joie de vivre et la terreur de passer à trépas relevaient d'une seule et même énergie.

  • Popa Singer

    René Depestre

    Pour fêter dignement le retour de son fils au pays, Popa Singer, matriarche éclairée et indéboulonnable, armée de sa seule machine à coudre et de son utopie personnelle, est bien résolue à résister à sa manière à l'Ubu Roi des Tropiques, le plus atrocement absurde que les Grandes Antilles aient subi : Duvalier, alias Papa Doc. Popa Singer va raconter l'histoire de ce duel à Jacmel, ville natale de l'auteur, comme García Márquez racontait le Macondo de la famille Buendia dans Cent ans de solitude. Tout le récit tient dans une éloquente dialectique entre la monstruosité aberrante de Papa Doc et cette « maman-bobine de fil » qui « fera planer son cerf-volant enchanté dans l'azur féminin de l'histoire, en mère nourricière, ravie d'alimenter en brins de toute beauté la machine Singer à coudre les beaux draps d'un réel-merveilleux germano-haïtien. » La fantaisie rabelaisienne se propage en nomenclatures fantasques qui sont en soi des morceaux de bravoure dignes du Mangeclous d'Albert Cohen. S'il témoigne avec une joyeuse férocité de l'épouvantable caprice du président à vie, le romancier des enjouements amoureux, styliste hors pair et maître d'une langue incomparablement inventive, mêlant allègre faconde et humour au vitriol, ne lâche rien de son verbe en transe ludique, véritable incendie d'allusions et de métaphores pour dire un monde de folie. Prix Goncourt de la nouvelle pour Alléluia pour une femme-jardin (1982), Prix Renaudot pour Hadriana dans tous mes rêves (1988), René Depestre, né en 1926 à Jacmel en Haïti, nous revient avec le fougeux Popa Singer, en immense écrivain porté par une rage de vivre intacte.

  • "Ce divertissement pourrait s'appeler "neuf histoires d'amour". Le narrateur de ces fictions libertines a assez d'esprit et de malice pour commencer par le récit non d'un fiasco mais d'un échec : la jolie guide qui lui fait parcourir la Chine ne veut rien savoir. Toutes les autres rencontres se terminent à la joie contagieuse des deux participants. Il y a aussi la Haute-Savoie et les sports d'hiver, l'express Paris-Prague, la Yougoslavie, un Japon de rêve, et Cristina, ardente Brésilienne infidèle. La fête de l'érotisme solaire se termine à perte de vie en Haïti, comme il se doit, par le "conte de sorcier", feu d'artifice final. Ces textes débordants d'ivresse de vivre, de rires et de conquêtes sont parallèlement nourris par les problèmes qui secouent notre pauvre univers : racisme, guerres, captivités, terrorismes et autres infamies d'État." René Depestre.

  • Henri Postel, homme d'action d'une île tropicale écrasée sous la dictature de Zoocrate Zacharie (surnommé le Grand Électrificateur des âmes), s'est fermement opposé au tyran. On l'a déchu de son mandat de sénateur et contraint, pour l'avilir, à gérer un piteux bazar dans un quartier populaire de la ville. Il s'inscrit au grand concours annuel du mât de cocagne suiffé qui lui permettrait non seulement de remporter un triple trophée - un gros chèque, des objets de valeur, un fusil mitrailleur -, mais surtout d'aider sa cité à avoir une conscience approfondie de ce qu'un individu, même isolé et apparemment vaincu, peut faire pour retrouver l'estime de ses concitoyens et leur redonner le goût perdu de l'action collective. La savoureuse verve de l'écrivain franco-haïtien René Depestre se met au service de la satire, de la révolte et de l'amour.

  • "Certains poètes contemporains donnent l'impression de n'être que des cerveaux, de purs produits de matière grise tarabiscotée. Quelques mots sur une page, des collisions verbales aléatoires, un vague tropisme mallarméen, un culte du mot seul, une religion de la phrase pour elle-même, une manie du blanc et de l'espace, de quoi générer un autisme de bon aloi, et s'assurer qu'on ne sera pas lu, aimé, compris", écrit Michel Onfray dans la préface de ce recueil.

  • Poète, romancier, René Depestre est l'une des figures les plus originales de l'avant-garde artistique et intellectuelle de l'après-guerre. Sa vie suit les chaos de l'histoire et en épouse un temps les espoirs : à Paris, il rencontre André Breton, Louis Aragon et les surréalistes, et débat avec le représentant du mouvement de la négritude, Aimé Césaire ; en Tchécoslovaquie, il se lie d'amitié avec Pablo Neruda ; à Cuba, il s'engage auprès de Che Guevara et soutient le régime de Castro. C'est toute l'effervescence de cette vie d'engagements, et de désillusions aussi, que restitue ce livre. Il revient sur les grandes questions de la décolonisation et de la négritude. René Depestre, qui se définit lui-même comme « Haïtien errant », entend dépasser les séparations raciales, qui sont autant de pièges où s'appauvrit la diversité des cultures et des corps. « Porter tendrement sa couleur de peau », cette paix ne s'obtient que si l'on sait conjuguer la force de l'art et l'ardeur de l'action. Texte établi par Jean-Luc Bonniol. René Depestre est poète, romancier et essayiste. Il a publié de nombreux recueils de poésies, dont Étincelles. Il a travaillé au secrétariat de l'Unesco jusqu'en 1986, et il a obtenu le prix Renaudot en 1988 pour son roman Hadriana dans tous mes rêves. Jean-Luc Bonniol est anthropologue et historien, professeur émérite à l'université d'Aix-Marseille, spécialiste des sociétés créoles. 

  • Par cette rencontre à deux voix, Gaël Faye nous invite à voyager dans l'univers poétique de René Depestre. C'est un parcours entre révolte et tendresse, plein d'ironie, de malice et de joie de vivre, partagé par deux humanistes qui se vouent un mutuel et profond respect. Les voix touchantes du "vieux nomade" et du "jeune talent" font résonner la force et la modernité des poèmes de René Depestre, bouleversant témoignage d'un écrivain qui a habité la terre en poète, selon l'expression d'Hlderlin.
    © 2006 Éditions Seghers (P) 2018 Éditions Thélème

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Bonjour et adieu à la négritude est le résultat de plusieurs années de recherche et d'expériences vécues dans différents pays de la Caraïbe et de l'Amérique latine. L'auteur passe au crible le processus historique qui devait intervertir l'ordre des apparences et de l'essence des êtres humains, en donnant une signification morale et esthétique à la couleur de leur peau et à leurs traits physiques. Ainsi se trouve démythifiée l'époque où, au visage du monde, le "noir" fonctionnait comme une verrue de l'Histoire, et le "blanc" comme un grain de beauté. Une fois décolonisées, les notions mythiques de "blanc", de "noir", de "jaune", de "métis" et d'"indien" révèlent ce qu'elles ont toujours été : des pièges grossiers, des signes de l'imaginaire du colonialisme, des figures illusoires de "l'inhumanité de l'homme envers l'homme". A travers une approche du mouvement qui a défini le concept de négritude, René Depestre plaide aujourd'hui pour une mutation d'identité qui ferait de tous les humains une glorieuse aventure individuelle et collective. Adieu à la négritude, et après, qui être ?

  • Une série d'essais et d'entretiens inédits ou parus dans des revues confidentielles, au travers de chapitres sur la contestation surréaliste, la négritude debout, de textes sur Césaire, Senghor, Breton, Che Guevara, le regard d'un poète sur son siècle.

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