Littérature générale

  • " Rien ne me paraît plus nécessaire aujourd'hui que de découvrir ou redécouvrir nos paysages et nos villages en prenant le temps de le faire. Savoir retrouver les saisons, les aubes et les crépuscules, l'amitié des animaux et même des insectes, le regard d'un inconnu qui vous reconnaît sur le seuil de son rêve.
    La marche seule permet cela. Cheminer, musarder, s'arrêter où l'on veut, écouter, attendre, observer. Alors, chaque jour est différent du précédent, comme l'est chaque visage, chaque chemin.

    Ce livre n'est pas un guide pédestre de la France, mais une invitation au vrai voyage, le journal d'un errant heureux, des Vosges jusqu'aux Corbières, au coeur d'un temps retrouvé. Car marcher, c'est aussi rencontrer d'autres personnes et réapprendre une autre façon de vivre. C'est découvrir notre histoire sur le grand portulan des chemins. Je ne souhaite rien d'autre, par ce livre, que de redonner le goût des herbes et des sentiers, le besoin de musarder dans l'imprévu, pour retrouver nos racines perdues dans le grand message des horizons. " J. L.

  • « J'approchai l'arbre vers le soir et d'emblée je le reconnus, inchangé malgré les années. Si les arbres vieillissent autrement que les hommes, c'est qu'ils ont autre chose à nous dire. Sur son tronc, la peau s'écaillait par endroits livrant à l'air la chair à vif. Dans le canal, depuis longtemps désaffecté, lentisques et nénuphars couvaient un monde d'hydromètres, d'araignées d'eau, d'élytres bleus. J'écoutai longtemps ce silence. Puis je fermai les yeux et me glissai sous l'écorce. »Qui n'a pas rêvé au moins une fois de se glisser un soir sous l'écorce d'un platane et de devenir tour à tour loir, criquet, hibou, anguille, boa, escargot, grue cendrée, ou ver luisant ? Dans cette première oeuvre de fiction parue en 1980, Jacques Lacarrière nous offre une incursion (on pensera à Lewis Carroll, à Michelet, à Calvino, à Fabre) dans le monde des sensations animales.

  • A proximité de la ville de Troyes, en Champagne, il existe une forêt, une vraie forêt qui s'étale, frissonne et murmure autour de trois grands lacs et qui se nomme Forêt d'Orient.
    C est à l'orée de cette forêt qu'Ancelot - chevalier sans cheval, paladin sans armure, pèlerin sans équipage - rencontre Thoustra, un perroquet ara, curieux de tout et légèrement dyslexique, avec lequel il va cheminer et croiser des êtres, figures, fantômes ou personnages surgis de différentes époques : un stylite sur sa colonne, une grue cendrée et bègue, le Grand Veneur d'une chasse fantastique, une ondine nymphomane, un androgyne transsexuel, une mère porteuse et vierge, et bien d'autres encore.
    Cette fable souriante, avec son regard et son ton malicieux, réinvente les chemins des chevaliers d'antan pour les situer au coeur du monde d'aujourd'hui.

  • « Être, à chaque mot, contemporain du premier homme : Adam des mots » : telle aurait pu être la devise de celui qui partagea sa vie entre son amour de l´écriture et sa passion des civilisations anciennes. Plus célèbre pour ses romans et ses récits de voyages, il a toutefois eu un véritable parcours poétique, plus discret mais issu de rencontres déterminantes, parmi lesquelles le surréalisme avec André Breton, la négritude avec Aimé Césaire, les grands classiques de la Grèce antique, avec la traduction de Sophocle ou d´Hérodote ou la peinture de Giorgio de Chirico. S´ajoute à cette liste celle des voyages, des traversées : Patmos, l´archipel des Cyclades, le Mont Athos, mais aussi la France, entre campagne et ville.
    Celui qui chemine au creux de cette anthologie le comprend aussitôt : le tempérament nomade de son auteur imprime à cette poésie le caractère de l´éphémère, du fugitif. Les figures mythologiques, qu´elles soient argonautes, centaures, néréides ou gorgones, affluent sous la bannière de l´Immémorial Orphée - figure éternelle du poète. La contemplation des paysages, qui offre au langage ses états singuliers, cède devant le récit épique des batailles de l´Aurige, ce conducteur de char dont on retrouva la statue à Delphes. Le cri d´Icare tombant dans la mer résonne comme le cri originel de tout être humain. Cette poésie se situe entre un monde de nature et un monde par-delà la nature, empreint de mythe. De chaque mot, de chaque image, se dégage une sagesse infinie, loin de la contingence des époques, légère comme le nuage et solide comme le minéral. Car les éléments - eau, vent, feu, terre - sont partout présents, seules forces à l´épreuve du temps. Ces poèmes apparaissent donc, selon les termes de l´auteur lui-même, « bucoliques, agraires, forestiers, telluriques, aériens, nébuleux ou céréaliers. » Ils font parvenir jusqu´à nous la voix tout à fait singulière d´un bel esprit, généreux et rêveur.
    Le livre paraîtra à l´occasion de la 13e édition du Printemps des poètes (7 au 21 mars 2011), dont le thème, fort opportun, est « Infinis paysages ».

  • Nous sommes en Anatolie, au XIIIe siècle, au temps des sultans seldjoukides et des invasions mongoles. Yunus Emré, derviche errant et poète troubadour, est la figure exemplaire d'un être à la recherche de la vérité. Ce roman, étourdissant voyage au coeur de l'Homme, prend des allures de conte quand il relate les pouvoirs miraculeux et les incroyables prodiges accomplis par les saints errants, sans pour autant nous éloigner du monde actuel par ses constantes réflexions sur les chemins et interrogations de notre époque.

  • Qu'aurait pensé La Bruyère du téléphone portable ? Comment Rimbaud, Nerval ou Baudelaire auraient décrit les pylones et les cuves qui jalonnent nos autoroutes ? Familier de la Grèce et de l'Orient, Jacques Lacarrière a poursuivi son itinérance dans notre Occident contemporain, en portant un regard singulier sur les innovations qui ont envahi notre quotidien.
    Avec finesse et humour, il révèle la beauté cachée dans les lieux ou les objets a priori les moins poétiques - supermarchés, aéroports, smartphones, etc. -, pour peu que l'on change son regard. Ainsi en est-il de ces grues gigantesques emmanchées d'un long cou, qui n'ont rien à envier aux animaux des fables de notre enfance...
    Douze textes inédits formant la seconde partie et une préface de l'ethnologue Pascal Dibie prolongent cet inventaire de la modernité. « L'infini est en nous », conclut Jacques Lacarrière. Avec l'aide des mythes et symboles qui peuplent notre imaginaire, nous pouvons aborder allègrement les apparentes incongruités de la modernité.

  • Homme-oiseau nanti d'ailes artificielles, premier aéronaute de l'espace, shaman ou initié appelé à monter au ciel, homme-papillon qui se brûle au soleil, avorton volant, homme-émissaire sacrifié et précipité dans le vide, homme volatil et sublimé, utopiste manqué et créature surgie des jeux obscurs de mots célestes, Icare est tout cela en même temps.
    Parmi toutes les figures et les clés d'interprétation proposées par Jacques Lacarrière, chaque lecteur aura le choix : cette réflexion sur un mythe inusable est prétexte à un envol aussi savant qu'imaginatif.

  • " 0ui, forts et denses, éclairants, lumineux furent finalement ces jours de l'été 1944.
    Ces jours qui contribuèrent si fortement à hâter la fin de mon adolescence. Quand les parents furent de retour, une fois la ville libérée, ils pensaient nous retrouver intacts, je veux dire tels que nous étions auparavant. Mais nous avions grandi, mûri, et tant changé que s'ils avaient eu ne fût-ce qu'une once d'intuition, ils n'auraient même pas dû nous reconnaître. C'est à ce moment-là, quand tout autour de nous n'était que ruines, que la ville presque entière était à reconstruire et l'avenir à repenser, que je décidai seul, absolument seul (mais avec la complicité du tilleul) de ce que je ferais de ma vie : être cigale et jamais fourmi.
    " Récit, roman, journal, pages d'une autobiographie réduite à quelques mois, ce texte retrace les jours tragiques et cruciaux d'août 1944 où l'auteur fut témoin des combats qui libérèrent la ville d'Orléans. Mais par ses continuelles échappées vers le passé et le futur, ses fréquentes rêveries, réflexions, diversions, Jacques Lacarrière nous entraîne bien au-delà des faits décrits, dans l'engagement d'une vie qui se confond avec l'écriture.

empty