• Une étude de l'oeuvre de l'écrivain autrichien, porte-parole de la jeune génération contestataire dans les années 60, auteur de L'angoisse du gardien de but au moment du penalty. Copyright Electre

  • Un jardin en Allemagne est le récit d'une enfance allemande, en 1937-1938, dans un village du Holstein, à quelques kilomètres de Hambourg. Encore invisible dans cette campagne, la mort nazie a déjà pétrifié l'Allemagne à jamais. La peur monte peu à peu et tout est déjà marqué par le départ proche de l'enfant qui sera chassé, sans espoir de retour, de son pays. En proie à la difficulté de s'affirmer, aussi bien dans son identité qu'auprès de ses proches, le jeune garçon se sentira coupable dans ses rêveries solitaires, quand il ne sera pas choqué par ce qu'il surprend : l'image de sa mère entrevue dans son intimité, la punition d'un de ses camarades par son père, ou bien l'étrange mot juif dont il ne comprend pas le sens mais dont, d'avance, il sait tout. C'est l'Allemagne entière, seulement devinée, qui va se détacher de lui, de cet enfant désigné comme coupable et qui s'exalte d'être. Les derniers jours au village natal, à onze ans, seront vécus avec une intensité si grande que toute sa future vie d'adulte sera comme bâtie dessus.

  • Tout au bout de la rue du Garde-Chasse, aux Lilas, le regard s'étend à l'infini et parcourt d'un coup toute la distance qui s'étend jusqu'à l'Allemagne du Nord où fut vécue la première enfance du narrateur, dans le village natal, près de Hambourg. L'horizon évoque la découverte des couleurs et des sens, mais aussi des origines (juives) et de la culpabilité du corps autour de laquelle se disposeront tous les épisodes ultérieurs. Puis le regard descend jusqu'aux Alpes françaises où il fut accueilli, à l'âge de onze ans, dans une maison d'enfants, et caché dans une ferme (à Megève) en 1943 pour échapper aux Allemands. Plus tard, dans cette même Savoie, aura lieu la découverte de la volupté masochiste et de la jouissance de la punition liées à l'angoisse de la survie. En 1949, un voyage en Allemagne le mettra en présence de sa faute, de son innocence perverse et, revenu à Paris, il reverra comme en un film les images de ses fuites, le coeur battant, au temps de l'Occupation. Le colporteur qu'on tue ou le petit trafiquant qui meurt, c'est toujours la même mort. Tout paysage ainsi fait alterner la joie de voir et l'angoisse de se souvenir.

  • Pris entre son Allemagne d'origine et la France quotidienne, un jeune homme oscille entre les impressions venues de l'un et de l'autre pays, entre les angoisses de son enfance - il fut chassé d'Allemagne en 1938 par les lois de Nuremberg qui le désignèrent comme juif - et ses aventures à la fois misérables et insignifiantes. Éperdument solitaire, tant par le genre de vie que par les habitudes, il parcourt, comme à l'instant de la mort, toute sa vie en une seule journée ; au bout de laquelle on ne sait s'il succombe à ses fantasmes dérisoires, ou à quelque tentative de les réaliser. Assailli par les souvenirs obsessionnels, il entretient avec soin en lui d'absolues matités, des hontes, de la morve d'écolier en pénitence. La gêne d'être ne le lâche pas. Il s'exalte au souvenir des châtiments de son adolescence. Retours vers l'Allemagne de l'après-guerre, trajets dans la banlieue parisienne et visions de ce pensionnat où se déroula son enfance s'entremêlant au point que tout est réel en même temps ; le passé et le présent ne se distinguent plus. Ce personnage n'est pas sans faire songer parfois au Malte Laurids Brigge de Rilke et on peut se demander : cette vie, fut-elle rêvée, fut-elle vécue ? Villes, cieux, montagnes, champs, lacs apparaissent les confidents de ce vagabond, enfant du romantisme, survivant comme malgré lui, par la grâce de son talent.

  • Heidegger a toujours été en France un sujet brûlant. La publication des Cahiers noirs ainsi que les révélations sur l'édition des Œuvres complètes ont récemment nourri la polémique en apportant de nouveaux éléments à charge. Et si, au-delà de ces débats, on écoutait la langue de Heidegger ? Si on auscultait ses textes ? " Gefolgschaft ", " Einsatz ", " Ereignis " : autant de termes appartenant à la fois au vocabulaire nazi et au système philosophique heideggérien. L'appropriation d'un tel langage marque un engagement profond qui n'a rien d'occasionnel. Cet ouvrage rare et décisif restitue la langue de Heidegger dans l'histoire de l'allemand, de Luther à Fichte. Il dévoile les implications politiques d'une terminologie qui, en passant dans la traduction d'une langue à l'autre, échappent souvent au lecteur français. Une telle contamination constitue symboliquement l'un des événements les plus importants du XXe siècle philosophique, dont on ne finira pas de mesurer la portée et les conséquences.

  • Un « appelé » français né allemand revit ses origines dans l'Allemagne de l'après-guerre, où il cherche une identité définitivement scindée. Conçu comme un testament, ce texte reprend tous les thèmes de l'oeuvre de Goldschmidt : l'exil, l'orphelinat, les premiers émois sexuels et, surtout, une vie partagée entre l'Allemagne où il n'a jamais vécu et la France, sa vraie patrie. Tous ces tiraillements, qui fondent la matière même de son écriture, s'ancrent dans l'expérience qu'il fit très jeune dans sa chair : avoir été juif sous le nazisme.

  • La vie et l'œuvre de Georges-Arthur Goldschmidt sont un aller et retour permanent entre l'Allemagne où il naît en 1928 et la France où, devenu français, il s'est installé depuis la guerre. Mais aussi entre l'histoire et la langue de ces deux pays longtemps ennemis. Il écrit le plus souvent en français et traduit de l'allemand. Son œuvre se partage entre des fictions ou récits, pour certains d'inspiration autobiographique, des essais littéraires, et des traductions devenues fameuses de Nietzsche ou de Peter Handke. Homme de revues, se jouant des frontières des disciplines, il a publié de nombreux articles dans La Quinzaine littéraire, Allemagnes d'aujourd'hui, L'écrit du temps, Europe, Critique, Romantisme, Che vuoi ?. C'est à la découverte de cette activité critique, nourrie par une exceptionnelle acuité et un revigorant nonconformisme intellectuel qu'invite cet ouvrage. Qu'il s'agisse de la langue d'Heidegger, imprégnée de l'idéologie nazie ou de l'œuvre de Heine, des rapports auteurtraducteur, des difficultés de traduire Freud en français, de l'expression de l'espace dans la littérature, le même esprit libre et la même fraîcheur d'approche se montrent à l'œuvre.

  • Orphelin, Arthur Kellerlicht, un jeune Allemand d'origine juive mais de confession protestante, est contraint de fuir l'Allemagne nazie. D'abord réfugié dans un pensionnat en Haute-Savoie, il s'installe à Paris au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale pour y suivre des études de lettres. Cette nouvelle éducation va de pair, chez l'adolescent qu'il est alors, avec l'éveil de troubles érotiques liés aux châtiments corporels. Quelques années plus tard, Arthur revient dans l'Allemagne d'après-guerre à l'occasion de vacances scolaires. Il retrouve sa famille, la maison natale dans la région de Hambourg. Désormais pénétré de culture française, il vit le tourment de se découvrir étranger à sa propre langue, à ses origines.
    L'obsession du masochisme et de la faute traverse ce récit initiatique, où l'inquiétude du jeune héros rejoint la question plus profonde des rapports de L'Allemagne avec son propre passé. C'est aussi un texte sur l'exil et le déracinement, une quête identitaire que poursuit l'auteur à travers son oeuvre romanesque et autobiographique, depuis Le Miroir quotidien (1981), puis Un jardin en Allemagne (1986), La Forêt interrompue (1991) et La Traversée des fleuves (1999).

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Au départ, c'est l'Allemagne du XIXe siècle, celle des sapins de Noël et des contes de Grimm, et, plus récemment, celle des romans de Thomas Mann, mais déjà prise dans la gangue du crime et de l'horreur nazis. Puis, après un précaire intermède florentin, c'est la Haute-Savoie sous l'Occupation et un internat - lui aussi du siècle passé, où les châtiments corporels sont la règle - sous la menace constante des rafles d'enfants juifs.
    A l'arrivée, c'est Paris et un destin de Français normal : professeur, père et grand-père, qui écrit, comme tout le monde. Et qui traduit beaucoup, ce qui est plus rare.
    Cet itinéraire, celui de Georges-Arthur Goldschmidt, part d'une vieille famille libérale de la bourgeoisie juive, apparentée à celle du poète Heinrich Heine et étroitement mêlée à l'histoire de la ville de Hambourg, d'une enfance allemande donc. Il passe par une adolescence française et provinciale, plongée au coeur de l'aventure littéraire, de l'exaltation, de la honte des premiers émois, et aboutit à la famille et à la fonction publique dans l'enseignement laïque.
    "Devenu enfin adulte", comme il le dit lui-même, l'auteur, juif de souche, protestant de naissance, catholique par conversion, puis agnostique par conviction, voit se croiser en lui le monde perdu des grands bourgeois de Hambourg et le monde nouveau de Belleville. Des plaines de l'Elbe jusqu'aux collines de la Seine.

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