• ' Ce récit est un mensonge, madame la Juge. Un mensonge par le fait même de la destination que j'avais choisie : je savais mieux que personne que la glace est la mémoire du monde. '

    Lorsqu'ils se rencontrent à un dîner arrangé par leurs amis, Suzanne et Gabriel ont déjà bien vécu. Le coup de foudre est immédiat. Mais après quatre ans de mariage, leur couple bat de l'aile. Le divorce prononcé, Gabriel part pour le Grand Nord dont il aime les étendues gelées. C'est alors, au coeur d'une tempête, qu'il reçoit un message de Suzanne. Comment réparer ce qui semble perdu ? Du détroit de Béring aux îles jumelles Diomède, ils vont tout faire pour se retrouver et briser en eux la mer gelée.

  • « Joie, tous les humains deviennent frères lorsque se déploie ton aile douce. »Quatre ans avant 1789, quatre ans avant la prise de la Bastille et la Déclaration des Droits de l'Homme, Schiller écrit ce poème qui ne cessera d'accompagner Beethoven.Un Beethoven toute sa vie passionné de fraternité alors que tout se ligue contre lui, sa famille, sa santé, ses amours, ses finances, la noblesse.  À  tous les coups qui le frappent, il répond par un chef d'oeuvre. Jusqu'à ce bout du chemin, le 26 mars 1827, en plein coeur d'un orage. Il meurt en nous laissant, en nous léguant cette joie, les derniers accents de sa neuvième symphonie devenu le chant de l'Europe enfin réconciliée.  Ce livre est le récit de cette passion, le portrait d'un génie fraternel.  Un livre né d'un double amour.Pour l'Europe.Et, bien sûr, pour la musique. Car le trio « Fidelio » que viennent de créer Erik Orsenna, le pianiste Michel Dalberto et le violoncelliste Henri Demarquette raconte, mots et notes mêlés, cette folle et bouleversante passion pour la Fraternité.De quel trésor avons-nous le plus aujourd'hui besoin ?

  • " C'est le prince du En Même Temps, cette stratégie qui, quoi qu'on pense n'est pas moderne : c'était déjà la devise du XVIIIe siècle. Musicien, courtisan, financier, promoteur immobilier, industriel, espion, armateur, auteur d'oeuvres tantôt géniales, tantôt très oubliables, éditeur de Voltaire, il devient révolutionnaire malgré lui. Trop gourmand pour ne pas TOUT vivre à la fois. Et trop joyeux de toutes ces aventures pour en ressentir de la fatigue. Comme l'écrivait Fernando Pessoa, n'être qu'un est une prison."
      E.O.

  • La Grammaire est une chanson douce est une fantaisie joyeuse.
    Jeanne, la narratrice, une jeune adolescente, pourraît être la petite soeur d'Alice, l'héroïne de Lewis Carroll, précipitée dans un monde où les repères familiers sont bouleversés. Avec son frère aîné, Thomas, elle voyage beaucoup : leurs parents sont séparés et vivent chacun d'un côté de l'Atlantique. Un jour, leur bateau fait naufrage et, seuls rescapés, ils échouent miraculeusement sur une île inconnue.
    Accueillis par Monsieur Henri, un musicien poète et charmeur, ils découvriront un territoire magique où les mots mènent leur vie : ils se déguisent, se maquillent, se marient. C'est une promenade dans la ville des mots, pleine d'humour et de poésie, où les règles s'énoncent avec légéreté. Les tribus de verbes et d'adjectifs, les horloges du présent et du passé s'apprivoisent peu à peu, au rythme des chansons douces de Monsieur Henri.

  • « Depuis l'enfance, il est notre ami. Et les animaux de ses  Fables, notre famille. Agneau, corbeau, loup, mouche,  grenouille, écrevisse ne nous ont plus jamais quittés.
    Malicieuse et sage compagnie !
    Mais que savons-nous de La Fontaine, sans doute le plus  grand poète de notre langue française ?
    Voici une promenade au pays vrai d'un certain tout petit  Jean, né le 8 juillet 1621, dans la bonne ville de Château-Thierry, juste à l'entrée de la Champagne. Bientôt voici Paris,  joyeux Quartier latin et bons camarades : Boileau, Molière,  Racine.
    Voici un protecteur, un trop brillant surintendant des  Finances, bientôt emprisonné. On ne fait pas sans risque  de l'ombre au Roi Soleil.
    Voici un très cohérent mari : vite cocu et tranquille de l'être,  pourvu qu'on le laisse courir à sa guise.
    Voici la pauvreté, malgré l'immense succès des Fables.
    Et, peut-être pour le meilleur, voici des Contes. L'Éducation  nationale, qui n'aime pas rougir, interdisait de nous les  apprendre. On y rencontre trop de dames « gentilles de  corsage ».
    Vous allez voir comme La Fontaine ressemble à la vie :  mi-fable, mi-conte.
    Gravement coquine. »
    E. O.

  • «  Figurez-vous que la Terre n'est pas peuplée que d'humains. D'autres êtres, tout aussi vivants que nous, partagent cette copropriété, et pas toujours pour la tranquillité générale.
    De tous les animaux, le cochon nous est le plus proche.
    Il nous accompagne depuis toujours. Nous adorons sa viande, et comme, génétiquement parlant, il nous ressemble comme personne, nous prélevons en lui des valves pour soigner nos coeurs défaillants et de l'insuline pour guérir notre diabète.
    Dans le cochon, tous les dérèglements aussi s'incarnent : l'élevage industriel, la maltraitance, les pollutions. Sans compter les maladies qu'il mitonne au plus profond de son corps bien gras.
    C'est ainsi que pour comprendre notre Terre, ses délices et ses dérives, rien ne vaut un long voyage en compagnie du cochon, de la Bretagne à la Chine, du roi Louis VI au Prix Nobel de médecine Jules Hoffmann, des Métamorphoses d'Ovide aux prophéties (vérifiées) de George Orwell.
    Bien sûr, vous y rencontrerez, mais ne craignez rien, à bonne distance, nombre de personnages intéressants dont quelques virus à l'inventivité redoutable, ma chère chauve-souris, championne de l'immunologie, et le désormais célèbre pangolin.
    Bon voyage aux pays du Vivant !  »Erik Orsenna 
    Petit précis de mondialisation VI
     
    Avec la participation du Dr Isabelle de Saint Aubin

  • Madame Bâ Marguerite est née le 10 août 1947 à Médine (Mali), sur les bords du fleuve Sénégal. Fille d?Ousmane, forgeron, sous-directeur de la chute d?eau, et de Mariama, « traditionniste », c?est-à-dire savante de toutes les choses du passé, Madame Bâ aime la connaissance.Pour retrouver son petit-fils préféré qui a disparu en France, avalé par l?ogre du football, elle présente une demande de visa. On la lui refuse. Alors elle s?adresse au Président de la République Française. Une à une elle répond scrupuleusement à toutes les questions posées par le formulaire officiel 13-0021. Mais nul n?a jamais pu enfermer Madame Bâ dans un cadre.Nom, prénoms, lieu de naissance ? Madame Bâ raconte l?enfance émerveillée au bord du fleuve, l?amour d?un père, l?apprentissage des oiseaux?Situation de famille ? Madame Bâ raconte sa passion somptueuse et douloureuse pour un trop beau mari peul. Enfants ? Madame Bâ raconte ses huit enfants, cette étrange « maladie de la boussole » qui les frappe?Sans fard ni complaisance, Madame Bâ raconte l?Afrique d?aujourd?hui, ses violences, ses rêves cassés, ses mafias. Mais aussi ses richesses éternelles de solidarité, ce formidable tissage entre les êtres.Madame Bâ est d?abord cela : le portrait d?une femme. Une femme africaine, c?est-à-dire une femme qui, plus encore que toutes les autres femmes, doit lutter pour sa dignité et sa liberté.Quinze ans après L?Exposition coloniale, je suis reparti explorer les relations de la France avec son ancien empire. Mais cette fois, c?est le Sud qui nous regarde. E.O.

  • Je m'appelle Gabriel.
    Je suis né en 1883 à Levallois, capitale des chevaux. Louis était mon père, très gourmand de mariages. Moi, depuis plus d'un demi-siècle, j'aime deux soeurs : Clara, la longue, photographe de shtetls, et Ann, la blonde, une femme d'affaires qui ne se donne que debout.
    Grâce à elles, ma vie aura ressemblé à une exposition coloniale : un faux empire, des rêves trop grands, un spectacle pour les familles...
    Grâce à elles, j'aurai connu l'Amazonie, Belem do Para, le positivisme, le port de Londres, la course automobile, la vie secrète de Clermont-Ferrand, les belles amies de Freud, le visage hideux du Vélodrome d'hiver, la vieille Hué, capitale des tombeaux... Et tant d'autres curiosités.
    Ann et Clara m'auront appris des vérités insoupçonnées, par exemple que le caoutchouc ressemble à la démocratie, il évite les guerres civiles entre les choses, que sans les bicyclettes jamais nous n'aurions perdu Dien Bien Phu, ou que les chagrins d'amour sont plus doux dans la jungle...
    Prix Goncourt en 1988

  • « Cette histoire commence dans la nuit des temps. Un homme qui passe remarque un arbuste dont les branches se terminent par des flocons blancs. On peut imaginer qu'il approche la main. L'espèce humaine vient de faire connaissance avec la douceur du coton.
    Depuis des années, quelque chose me disait qu'en suivant les chemins du coton, de l'agriculture à l'industrie textile en passant par la biochimie, de Koutiala (Mali) à Datang (Chine) en passant par Lubbock (Texas), Cuiabá (Mato Grosso), Alexandrie, Tachkent et la vallée de la Vologne (France, département des Vosges), je comprendrais mieux ma planète.
    Les résultats de la longue enquête ont dépassé mes espérances.
    Pour comprendre les mondialisations, celles d'hier et celle d'aujourd'hui, rien ne vaut l'examen d'un morceau de tissu. Sans doute parce qu'il n'est fait que de fils et de liens, et des voyages de la navette. »
    E.O.

  • Les jeunes héros de La grammaire est une chanson douce ont grandi. Jeanne est une adolescente rêveuse qui s?intéresse aux mystères de l?amour ; Thomas, lui, cherche la clef d?un nouveau monde. L?archipel des Mots est toujours sous la dictature du président Nécrole et la police traque les opposants. Un jour, Thomas disparaît et Jeanne est arrêtée. Sauvée par le cartographe officiel de l?île, elle part avec lui dans un audacieux voyage en planeur à la recherche de son frère. Après avoir survolé l?Impératif et le Conditionnel, ils atterrissent sur l?île des Subjonctifs, les ennemis de Nécrole. Accueillie par un jeune homme roux passionné de liberté, elle va découvrir chez ces joyeux contestataires le pouvoir de l?imagination. Dans l?usine où elle retrouve son frère, les ingénieurs découpent la mer, miroir de nos rêves. Elle comprendra que l?amour ? qui va frapper la redoutable inspectrice, Mme Jargonos ? est aussi une variété du subjonctif, le mode du rêve et du désir. Bien plus qu?une leçon de conjugaison, cette découverte des mots du temps est une belle et grave leçon de vie et nous rappelle que les humains ont besoin du « secours de ce qui n?existe pas ». Curieuse et impertinente, Jeanne est le guide idéal pour cette exploration des subtilités de notre langue. Lire le monde, cette « immense bibliothèque », et le donner à lire pour mieux le partager, quoi de plus enthousiaste ?    

  • « Un père et un fils n'échangeaient guère. Vient un été où ils divorcent ensemble. Le fils de sa première femme. Le père de la mère du fils. Alors le père et le fils ne vont plus arrêter de parler d'amour.
    Tout nous réussit sauf nos amours. Nos échecs viendraient-ils d'un gène familial, le gène des amours impossibles ? Et ce gène, ne viendrait-il pas de Cuba, l'île aux mille tentations et berceau de la famille ? »Erik Orsenna
    De Bréhat à Cuba, voici l'histoire d'une famille, et surtout de deux hommes. La vie les soude à un moment où chacun n'y croit plus : leurs amours se succèdent, la solitude va et vient, avec la fatalité des marées. Parce que ces deux « éclopés de la conjugalité » ne restent pas en rade, ils remontent au fil de leurs discussions jusqu'à leur aïeul Augustin, tailleur de profession, pianiste improvisé, parti tutoyer le destin et les femmes à Cuba. Cet homme timide initie la malédiction familiale par une existence extrêmement romanesque, il y a 150 ans. Quant au narrateur de
    L'Origine de nos amours, il porte en lui un « chromosome narratif » qui raconte les bonheurs et les bourrasques de chaque destin avec rythme, avec humour, avec talent.

  • Une jonque qui transporte une troupe de comédiens accoste un jour dans l'île où vivent nos amis Jeanne, son frère Thomas, M. Henri... Le soir-même, ils jouent Roméo et Juliette, faisant rêver d'amour tous les habitants de l'île. Le lendemain, stupeur ! la jonque est partie. Elle a emporté avec elle les accents et les épices.
    L'île découvre alors comme la vie est morne sans eux. Comment avaler, jour après jour, du riz sans safran ? Comment s'émouvoir ou s'émerveiller s'il n'y a plus d'accent aigu sur le e ?
    Jeanne décide de partir à leur recherche, d'autant plus que son frère s'est embarqué avec la troupe pour travailler comme souffleur. Son périple va la mener jusqu'en Inde, dans une vallée magique où se réunissent chaque année des comédiens du monde entier pour un festival secret de théâtre et d'épices. Ne viendraient-ils pas là pour se faire épicer ?
    Mais les accents se sont installés plus haut, sur les contreforts de l'Himalaya. Elle a retrouvé Thomas, qui mènera l'expédition jusqu'à la villégiature des accents, où se rassemblent régulièrement tous les accents du monde.
    Sur ces hauteurs, Jeanne va commencer à découvrir ce que c'est qu'aimer : accentuer sa vie. Elle poursuivra cette exploration dans le prochain livre qui traitera, avec un chef d'orchestre, de la ponctuation.
    L'AUTEUR
    Erik Orsenna, de l'Académie française, est l'auteur de L'Exposition coloniale (prix Goncourt, Seuil, 1988), Grand amour (Seuil, 1993), Deux étés (Fayard, 1997), Longtemps (Fayard, 1998), Madame Bâ (Stock, 2003), Portrait du Gulf Stream (Seuil, 2005), Voyage au pays du coton (Fayard, 2006) et Salut au Grand Sud (Stock, 2006).
    Les illustrations sont de Montse Bernal.

  • Mali, ô Mali

    Erik Orsenna

    Voulez-vous les dernières nouvelles du Mali ?
    Madame Bâ Marguerite se propose de vous y emmener. Cette dame, qui n'est pas humble de nature, se prend pour une Grande Royale, une Jeanne d'Arc africaine. Elle veut libérer son pays des djihadistes et c'est son petit-fi ls, exfootballeur devenu griot, qui raconte sa campagne mi-glorieuse, mi-désespérée.
    Sur les pas de ce duo, vous rencontrerez les femmes échappées de justesse aux horreurs de la charia. Vous découvrirez l'économie très puissante et très illégale dont vit grassement le Sahara. Vous ferez connaissance avec des petits capitaines, soldats d'opérettes, terrorisés par les combats. Vous tomberez sous le charme de leurs épouses prédatrices, frénétiques de la Visa Premier. Vous remonterez le fl euve Niger en évitant toutes sortes de périls. Vous verrez comment et pourquoi bandits et djihadistes s'entendent comme larrons en foire. Vous saluerez des musiciens et des tisserands, inlassables créateurs des liens qui fabriquent un pays. Vous atteindrez juste à temps Tombouctou pour assister à l'arrivée des Français... Surtout, vous plongerez dans la réalité du Mali, sa vaillance, sa noblesse.Mali, ô Mali ! Comment ne pas comprendre que ta fragilité est la nôtre ?E.O.

  • « Dans dix ans, dans vingt ans, aurons-nous assez d'eau ?
    Assez d'eau pour boire ? Assez d'eau pour faire pousser les plantes ? Assez d'eau pour éviter qu'à toutes les raisons de faire la guerre s'ajoute celle du manque d'eau ?
    Dans l'espoir de répondre à ces questions, je me suis promené. Longuement. Du Nil au Huang He (Fleuve Jaune). De l'Amazone à la toute petite rivière Neste, affluent de la Garonne. De l'Australie qui meurt de soif aux îles du Brahmapoutre noyées par les inondations...
    J'ai rencontré des scientifiques, des paysans, des religieux, des constructeurs de barrages, des physiciens alpinistes qui mesurent sur tous les toits du monde la fonte des glaciers. J'ai passé du temps avec les médecins de Calcutta qui luttent contre le choléra. J'ai écouté d'innombrables leçons, dont celle du scarabée de Namibie et celle du kangourou. Quelles sont leurs techniques pour survivre en plein coeur du désert ?
    Peu à peu, j'ai fait plus ample connaissance avec notre planète. J'ai vu s'aggraver partout les inégalités, notamment climatiques. Mais j'ai vu aussi la réussite du pragmatisme, de belles coopérations entre administrations et entreprises privées. J'ai vu des illusions et des férocités à l'oeuvre.
    De retour de voyage, voici maintenant venu le moment de raconter.
    Un habitant de la planète sur six continue de n'avoir pas accès à l'eau.
    Un sur deux vit sans système d'évacuation.
    Pourquoi ? »
    E. O.

  • « Un jour, je me suis dit que je ne l'avais jamais remercié. Pourtant je lui devais mes lectures. Et que serais-je, qui serais-je sans lire et surtout sans avoir lu ? Pourtant, c'est sur son dos que chaque matin, depuis près de soixante années, je tente de faire avancer pas à pas et gomme aidant mes histoires. Et que serait ma vie sans raconter ? Je n'avais que trop tardé. L'heure était venue de lui rendre hommage. D'autant qu'on le disait fragile et menacé. Alors j'ai pris la route. Sa route. 
    De la Chine à la forêt canadienne, en passant par la Finlande, la Suède, la Russie, l'Inde, le Japon, l'Indonésie, Samarcande, le Brésil, l'Italie, le Portugal et bien sûr la France, j'ai rendu visite aux souvenirs les plus anciens du papier. Mais je me suis aussi émerveillé devant les technologies les plus modernes, celles qui, par exemple, arrivent à greffer des virus capables de tuer les bactéries, celle qui, grâce à des impressions électroniques, permettent de renseigner sur le parcours d'un colis les chocs qu'il a reçus et si les conditions d'hygiène et de froid ont tout du long bien été respectées. 
    Cher papier ! Chère pâte magique de fibres végétales ! Chère antiquité en même temps que pointe de la modernité ! La planète et le papier vivent ensemble depuis si longtemps : plus de deux mille ans. Le papier est de la planète sans doute le miroir le plus fidèle et par suite le moins complaisant. » E. O.

  • « Le 13 août 1476, au large du Portugal, le bateau que commande Christophe Colomb fait naufrage.
    Le futur amiral vient d'avoir vingt-cinq ans. Par miracle, il réussit à regagner la côte et trouve refuge à Lisbonne auprès de son frère cadet, Bartolomé. Lequel exerce la profession de cartographe.
    Depuis le début de ce xve siècle, le monde s'ouvre. Et le Portugal est le moteur principal de cette ouverture. La Renaissance commence par des expéditions lointaines. Sous l'impulsion d'Henri le navigateur, des caravelles partent chaque mois pour aller explorer les côtes de l'Afrique. À Lisbonne, capitale du savoir, se retrouvent toutes les corporations de la découverte : mathématiciens savants du ciel, cosmographes, géographes, constructeurs de bateaux et des outils de navigation... cartographes.
    Huit années durant, les deux frères vont travailler ensemble et préparer le voyage auquel Christophe songe depuis l'adolescence : c'est l'Entreprise des Indes, gagner Cipango (le Japon) et l'empire du Grand Khan (la Chine). Mais au lieu de la route habituelle, celle de la soie, vers l'est, on affrontera l'océan, plein ouest.
    En 1484, leur projet sera rejeté par le Comité des Sages qui conseille le Roi Jean II. C'est la raison pour laquelle Christophe ira tenter sa chance auprès des monarques espagnols, Isabelle et Ferdinand.
    Un maître cartographe, un rhinocéros, un fabricant de veuves, une maîtresse d'école pour les oiseaux, une bécassine, une prostituée réputée principalement pour la qualité de ses oreilles, Marco Polo, quelques Dominicains, des chiens dévoreurs d'Indiens, tels sont quelques-uns des personnages secondaires de ce récit.J'ai voulu m'attacher à cette période peu connue de l'histoire de la curiosité humaine. Ce moment où naît une nouvelle liberté en même temps que se développe l'Inquisition et que les Juifs sont chassés. Ces années où se conçoit peu à peu l'unité de la planète, préalable à la première mondialisation, qui ne va plus tarder.
    Pour ce faire, j'ai osé donner la parole au jeune frère, Bartolomé. C'est lui qui parle, c'est lui qui raconte : il est complice, et premier témoin de l'Entreprise depuis ses tout débuts. C'est aussi lui qui s'interroge : pourquoi, et comment, cette belle passion de la Découverte s'est-elle changée en génocide des Indiens ? À quoi sert de découvrir si l'on tue ce et ceux que l'on découvre ? »Erik Orsenna

  • "A Versailles, souvent je tends l'oreille, rêvant de retrouver une amitié, une conversation quotidienne et qui dura trente-cinq ans. Entre Louis XIV et André Le Nôtre. Le monarque le plus puissant à qui tout doit céder, même le temps. Et l'homme de la terre, le saisonnier, celui qui reste du côté de la nature, même s'il la force comme personne avant lui.
    "Ensemble ils ont écrit le plus grand livre du monde - mille hectares -, le roman du Soleil incarné. La seule histoire occidentale qui impressionnait Quianlong, l'empereur de Chine, le créateur du jardin de la Transparence parfaite.".

  • Après La grammaire est une chanson douce, après Les Chevaliers du Subjonctif, après La révolte des accents, Erik Orsenna poursuit les aventures grammaticales de son héroïne Jeanne et de son frère Tom. Ou comment vont-ils découvrir cette fois l'art de ponctuer leur vie...
    Jeanne a seize ans désormais. Depuis les débuts de son exploration de la grammaire, elle a grandi et s'est enhardie. Elle est aujourd'hui à la tête d'un commerce illicite : elle rédige et monnaye les devoirs des élèves de l'île. De fil en aiguille, elle va devenir le nègre des hommes politiques et rédiger leurs discours. C'est à cette occasion, l'élargissement de sa clientèle au monde politique, que l'importance de la ponctuation lui saute aux yeux, ou plutôt aux oreilles. Avec l'aide de Tom, son frère musicien, elle apprend les bases de la musique et du rythme pour parfaire les discours qu'elle écrit. Car qu'est-ce qu'un discours sinon une sorte de chanson où la musique, le ton, le rythme jouent un rôle aussi grand que les paroles ?
    Jeanne va trouver à cette recherche un intérêt tout particulier. Car elle est tombée amoureuse. Et la ponctuation n'a-t-elle pas été inventée pour exprimer les sentiments, marquer le rythme du coeur, noter les nuances affectives ?
    Alors comment ponctuer un texte ? Comment animer sa vie ? Et si, au lieu de la subir, on la dansait ?

  • Il était une fois, Gabriel, un homme acharné à demeurer normal. Par normal, il entendait marié une seule et bonne fois pour toutes. Et, pour se prévenir de son hérédité ô combien nomade, il s'était choisi un métier de paix et de racines: les jardins.
    Que Dieu soit maudit et tout autant célébré dans les siècles des siècles.
    Par un jour de grand froid, une passion arrive à notre Gabriel. Elle s'appelle Elisabeth, c'est la plus belle femme du monde. Hélas, deux enfants l'accompagnent et un époux l'attend: commencent le miracle et la douleur de l'adultère durable. Non les frénésies d'une passade mais trente-cinq années d'un voyage éperdu.
    A Paris, Séville, Sissinghurst, Gand et Pékin, Gabriel et Elisabeth, ces deux amants à l'ancienne, vont se fuir et se retrouver dans les larmes, les vertiges éblouis du corps et la géographie.
    Peu à peu, ils vont s'inventer la seule demeure qui résiste aux protestations de la morale: une légende.
    Ils vont découvrir que la seule vérité, la seule dignité, la seule aventure, c'est le temps.
    Voici le portrait de cet animal indomptable et démodé: un sentiment.
    E.O.

  • « Ils étaient deux frères. Le cadet n'avait eu qu'un amour. Un seul amour depuis la jeunesse. Un amour un moment parti. Et puis revenu. Et puis épousé, trente ans plus tard, pour entrer ensemble dans la vieillesse. Peut-être aussi pour regarder avec moins de vertige le temps qui s'en allait ?L'aîné, dans ses jours les plus optimistes, se persuadait que lui aussi avait aimé. Était-ce sa faute si cet amour, la force d'amour qu'il portait en lui, s'était morcelé en de multiples, trop multiples visages, en de divers, trop divers et trop semblables corps ? Les autres jours, tous les autres jours et toutes les nuits, sans exception, il savait qu'il n'avait pas aimé.Ainsi vivaient les deux frères, dans la même ville mais chacun d'un côté du fleuve : le frère à l'amour morcelé (l'aîné) et son cadet (le frère à l'amour unique). » Erik Orsenna

  • « Faisons un rêve. Il était une fois un pays de lecteurs. C'est-à-dire un pays où chacun, chacune, dispose d'un lieu, près de chez lui, de chez elle, un troisième lieu entre domicile et travail, un lieu chaleureux où il, où elle se rend pour découvrir et se découvrir, apprendre, imaginer, échanger, voyager. Un lieu qui lui donne une confiance en soi et le goût du possible. Ce pays, c'est le nôtre, c'est la France. Il dépend de nous qu'il existe. »

  • Imaginez la plus vaste des étendues bleues, saupoudrée jusqu'à l'horizon d'une centaine de rochers roses entre lesquels glissent des voiles. Au loin, l'île principale veille sur cette grande famille à fleur d'eau. En ce paradis, nous vivions de juin à septembre. Un beau jour, à deux pas de notre maison, vient s'installer Gilles, un personnage étrange. Allure de faune, métier improbable: traducteur. L'éditeur Arthème Fayard lui a confié une tâche impossible: la version en langue française du chef-d'oeuvre de Nabokov, Ada ou l'Ardeur.
    Bien sûr, il peine. Bien sûr, il traîne. Arthème s'énerve. Alors, l'île entière lui vient en aide. Durant deux étés, nous avons apporté à Gilles notre contribution enthousiaste et incompétente.
    Depuis longtemps, je voulais raconter ces deux étés. Rendre hommage à la navigation des mots, à la jalousie de la mer, à nos complicités d'alors qui n'allaient plus jamais cesser.
    Je sais maintenant que je dois à cette aventure d'il y a vingt ans l'apprentissage de l'enchantement.
    E.O.

  • 1945. Louis et Bénédicte se rencontrent, se sourient, puis se marient. Louis s'engage dans la reconstruction du pays, et Bénédicte fait de la jalousie son métier. Clara, leur fille, découvre le don des larmes : pleurer sera son seul plaisir. Quant à Charles, son petit frère, il s'étonne, à cinq ans, de n'être pas déjà ministre de l'Intérieur. Une comédie française raconte la course irrésistible de ces quatre personnages dans les coulisses de l'Histoire des vingt années d'après-guerre.
    " Il faut se laisser porter par ce flot de talent généreux, comme par une pleine eau. "
    Le Monde

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