• La nuit. Belle leçon d'art et de beauté ! On l'inflige à un oiseau ? Comme à l'objet dont la fuite et le fin gazouillis de joie ont un son égal. Quel vol ? Quel cri est-ce ? C'est une rage qu'il faille le dire dans ce poème. L'ai-je mis en ordre ? Il est naturel d'oser des visions de choses diurnes sur des choses nocturnes. Des jours. Naturel d'oser l'ordre de dissiper l'obscurité dans chaque faille. L'oiseau a une limite. Il est enragé en vol. Le mur du son. Énorme ! Et de la nuit la fin est prévue. La voici. C'est à toi. Un oiseau ou toi avez l'opportunité de tirer la leçon alors tire-la.

  • Éléments de langage rassemble trois livres parus, naguère, séparément. Mais, par ce geste neuf qui les réunit, est mis en évidence un moment clé dans l'écriture de Quélen - et la forte cohérence de sa démarche. Son oeuvre cherche, par un concentré d'instants, de lieux, de gestes, d'événements différents, à faire résonner, du rapport entre le corps et le monde, le « timbre secret, d'aucune langue ». La douleur pour articuler l'un à l'autre est passée au crible d'un tri en vue de tenir « le moins de place possible : exercice de la pensée. » Une forme se dégage alors, bien identifiable. Brève, précise. Il y a dans tous ces textes « une beauté simple et sans apprêt, une part de calcul, un mouvement dans leur immobilité ». Ainsi Gérard Noiret peut écrire, dans La Quinzaine littéraire, que « Dominique Quélen atteint du premier coup une perfection qui le singularise. » Stupéfiante.

  • Lire ce que j´en écrivais, en décembre 2007, sur remue.net, à la réception de ce texte, par lequel j´ai pris connaissance du travail de Dominique Quélen :
    A quoi pensait Honoré de Balzac quand il a écrit cette phrase, lui qui n´était ni grand ni maigre, et qui s´est battu sans cesse contre le temps ?
    Et pourquoi Balzac n´a pas corrigé ni rayé cette phrase, qui est une phrase d´évidence, un caillou de lettres, évidemment la littérature à cet instant qui passe, qui s´arrête, repousse l´auteur et tant pis.
    Et pourquoi cette phrase, longtemps après Balzac, y est reprise par les mains de Pierre Michon qui en fait le titre d´une préface à Mémoires de deux jeunes mariés, chez POL La Collection, reprise en volume chez Verdier ? Est-ce que c´est de Pierre Michon que la tient Dominique Quélen ?
    [...] soit par exemple le fragment VI (il y en a XX) :

    Acceptant le don d´une vie réduite au geste de verser chaque jour dans le suivant. Aspirant au simple bouleversement d´humeur.
    Pousser une petite charogne sur le bord du chemin occupe un instant. Ce n´est plus à la fin ni plumes ni poils, mais une sombre manne en vain répandue. La terre, en dessous, est maintenue dans un étrange état, comme seule en peut donner l´idée d´une macération d´esprit dans un objet. Souverain séjour où tout s´accomplit. Rien ne diffère plus, et des tomberaux lointains défilent avec lenteur devant une paroi d´arbres auxquels s´appuie l´horizon. D´avoir à continuer, on est ému d´une émotion violente.

    Je ne crois pas qu´on lise cela souvent : c´est comme le temps est un grand maigre, la phrase, on ne saurait pas dire pourquoi ni comment c´est littérature. C´est inéluctable, c´est là.
    Ainsi l´étonnant et très fort Loque, accueilli par remue.net, que Dominique Quélen a lu lors de la deuxième nuit remue : ici à l´écoute. J´ajoute le fragment XII :

    Ainsi nous sourions faiblement, étant presque morts, à lire la fable de notre vie dans de grands volumes qu´il faut manier avec soin. Tout y est superbe de nombre et de proportions, le dessin n´en est pas brouillé par les détails. Des héros fades sortent grandis d´épreuves pareilles aux nôtres en apparence. Les yeux voient clair, les mains sont plates comme des truelles. Et pas de mauvaises herbes entre les marbres, pas de citernes d´eau croupie sous des halles en plein vent, pas de parfums s´évaporant avant qu´on les ait respirés, rien qui ait l´air de sortir à l´instant de derrière. Et pas trace non plus du fléau de l´homme :
    Jusque-là tapi en nous, il dissimule un peu de monnaie dans sa main et tout seul au fond de quelque arrière-cuisine, sans remettre à demain de vivre, il s´apprête à dîner des restes du repas de midi de la veille.


    Le pari, et c´est une nouvelle expérience sur la palette de publie.net, est fait avec l´auteur, Dominique Quélen, et le premier éditeur de ce texte : Jacques Josse (dont on peut lire les Dormants sur publie.net).
    Les éditions Wigwam, fondées par Jacques Josse, c´est un abonnement à une parution régulière, de haute qualité typographique, des objets manufacturés dans la tradition de l´imprimerie. Des textes brefs, dont celui de Dominique Quélen.
    Alors, aujourd´hui, à vous le choix : commander le texte numérique, commander le texte papier, ou disposer des deux ensemble, garder le toucher du papier, la commodité de la lecture eBook.
    Pour nous, un apprentissage : les lois concernant les marges, les interlignes, la tourne de page, tout change. Apprendre à travailler ensemble, auteur, éditeur papier, éditeur numérique, c´est entrer dans le terrain mouvant très neuf où, sur nos supports numériques, vous voulons retrouver ce même poids silencieux, décisif, du poème.
    C´est un parfait hasard chronologique que le texte de Dominique Quélen rejoigne sur publie.net Alors j´ai dit au Maigre de Michèle Dujardin, mais il n´y a jamais de hasard complet. Et Dominique Quélen reviendra bientôt sur publie.net dans la collection L´Inadvertance de François Rannou et Mathieu Brosseau.

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