• Brasser la ville du matin au soir dans les bruits et les fureurs. Entre rêve américain et espoirs déçus, les voix se superposent et enflent la mémoire du pays perdu et du pays à venir. Une famille trébuche dans les corridors de la survie. Ne reste que ces rumeurs colportées de fenêtres en quartiers. Les rumeurs sont ce qui demeure quand les horizons sont absents. Le roman prend des allures de polar lorsque Babette, l'aînée de la famille, disparaît avec Monsieur Erickson, le riche commerçant à qui elle offre la fraîcheur de ses seize ans. Les Brasseurs de la ville est un inventaire à l'haïtienne des questions sociales, idéologiques et économiques.

  • J'étais " imbibée " de littérature haïtienne quand je suis arrivée sur l'île la première fois. À Port-au-Prince, j'ai comme tout " re-connu ". Au gré des séjours, entre 2007 et 2014, j'ai observé, appris, senti, vécu des choses an pil (beaucoup) et qui se sont empilées. J'écris ici en passeuse impliquée pour ceux qui n'imaginent pas les richesses de cette ville, et peut-être aussi pour ce que nous (Occidentaux, pour résumer) avons oublié en terme d'humanité. J'écris pour saluer le courage, la dignité et cet art de s'élever au-dessus du bourbier quotidien en ayant recours à une pléiade de petits et grands dieux dont celui de la création me touche le plus directement. Ce livre associe des scènes données, des rencontres, des parcours. Je regarde Port-au-Prince, et parmi les fenêtres qui se sont ouvertes à moi: la quête de repères dans une ville meurtrie par le séisme; un passage saisissant au " club des jeunes du monde " de Carrefour via Gary Victor; un échange sur la condition homosexuelle dans la capitale avec le vidéaste Maksaens Denis; un portrait de la grande dame de la danse haïtienne, Viviane Gauthier,97 ans; une visite chez l'homme-cri, Frankétienne; des conversations avec les sculpteurs de la grand-rue; une incursion dans le monde paysan à travers les yeux de Yanick Lahens et Emmelie Prophète; le tour de la chambre de travail de Makenzy Orcel et des ateliers d'écriture de Lyonel Trouillot; la poésie chantée, de Georges Castera à James Noël; le théâtre courant les rues; les heures passées autour des tables où l'on refait le monde, un oeil sur les cafés-bordels où tant d'écrivains ont trouvé leurs muses... Chérir Port-au-Prince, avec un appel constant à lire les auteurs haïtiens, s'inscrit dans la vision d'un monde qui se mondialise aussi par la circulation des imaginaires: quel que soit le lieu, je m'attache à éclairer les visages et les enjeux de la création dans un paysage où la beauté a comme partout droit de cité.

  • Sous les luxuriants tropiques, Raoul Maubusson, fils de colons français, raconte son histoire : « Je suis né tout en rondeur le 13 décembre 1927 à Fort-de-France... »
    Déchirements de l'enfance et histoire d'amour fou, Raoul Maubusson vit avec Sylvie Roy-Ledoux une vie de désirs et de tourments. Tout les sépare, tant la peau
    que l'origine. Entre ces deux mondes, qui se rencontrent par hasard, monte un chant d'espérances avortées, une cantilène vorace, une incantation hallucinée dans la nuit des humains. Les chants incomplets est une fable puissante,
    soutenue par une écriture fluide et riche, qui n'est pas sans rappeler les grands maîtres de la littérature caribéenne.

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