• Vive la vie !

    Alphonse Allais

    Extrait : Bois-Lamothe ne s'y trompa pas une seconde. Il reconnut ses haricots blancs, ses noirs, ses bleus, ses rouges, ses violets. Il reconnut ses haricots jaune et violet, bleu et orange, rouge et vert. Le marquis se leva tout droit, battit l'air de ses grands bras secs et s'effondra en arrière sur une vieille pendule Louis XIII, qui n'avait sûrement pas marqué vingt minutes depuis Henri IV. Il était mort.

  • Qu'on ne s'attende pas à un roman d'aventures, encore moins à des souvenirs de voyage : Impressions d'Afrique, paru en 1909, est un laboratoire d'expérimentation littéraire, où l'histoire commence au chapitre I ou au chapitre X, selon le choix du lecteur ; chaque mot en recèle un autre, chaque phrase contient en germe un roman à venir. Edmond Rostand, le premier, fut fasciné ; puis Marcel Duchamp - il dit s'en être inspiré pour La Mariée mise a nu -, Michel Leiris, André Breton, Georges Perc... Et pourtant, ce texte magistral, où les excès de l'imagination n'ont d'égal que l'extrême maîtrise de l'écriture, n'intéressa pas même les éditeurs : Roussel dut le publier à son compte. Est-ce l'oeuvre d'un fou mystificateur ? d'un hermétiste? d'un oulipien avant l'heure ? Peu importe. Comme l'écrivait Paul Reboux : C'est un livre extraordinaire, ahurissant, cocasse, chimérique ; donc, ce n'est pas un livre indifférent.


  • Préface de Marcel Moreau
    Dessins originaux de l'auteur


    En plus d'être une maladie, Angine est une petite fille ; une princesse qui a abandonné le royaume de ses parents aux mains des ennemis pour aller se réfugier chez son oncle. Elle taille la route à bord d'un camion-éléphant vantant les bienfaits du thon à l'huile, accompagnée par le Duc des Vitamines, son fidèle chancelier, très alcoolique et un peu poète. En chemin, elle rencontre Jonathan qui embarque avec eux pour ce long trajet les menant de Lourdes à Jérusalem en passant par La Mecque, dont le but est de mettre la main sur l'oncle introuvable. Mais le voyage ne sera pas de tout repos, une princesse et son trésor ne peuvent que susciter les convoitises...
    Angine fait irrésistiblement songer à une petite soeur d'Alice de Lewis Carroll. Un conte noir, tendre et loufoque qui brouille l'espace temporel.

    Roland Topor (1938-1997), artiste complet et atypique, à l'humour à la fois tendre et cruel et à l'oeuvre foisonnante, fut écrivain, poète, chansonnier, illustrateur, peintre et cinéaste. Il est, entre autres, le co-auteur, avec son complice de toujours Jean-Michel Ribbes, de l'émission télévisée culte Palace.

  • Dans un coin perdu de l'Angleterre, un manoir jadis imposant, aujourd'hui délabré, est divisé en appartements. Les anciens propriétaires des lieux, aristocrates excentriques et désargentés y vivent avec leur fils unique, grand gamin solitaire de trente-sept ans qui ne quitte jamais ses gants de coton achetés par dizaines et jetés à la moindre salissure. Les autres locataires sont tout aussi étranges : Miss Higg, éternellement collée devant le petit écran, confond le réel et l'univers des fictions qu'elle regarde ; un instituteur à la retraite pleure et transpire sans cesse tandis qu'une « femme-chien » aboie et ne connait plus le langage des hommes... L'arrivée d'une nouvelle locataire bien décidée à mettre au grand jour les histoires cachées des uns et des autres va perturber les habitudes de ce monde clos et provoquera bien des drames...

  • Présage

    Hélène Paris

    Conçu comme une collection de dessins signés Hélène Paris, Présage est un ouvrage qui se regarde et se scrute plus qu'il ne se lit.
    Au fil des pages, le lecteur y découvrira un univers pictural fantasque et parfois loufoque : des poissons qu'on caresse, un gondolier canotant sur des mers d'encre, une moule marinière qui palpite, une féministe sans visage...
    Ouvrant grand la porte à un imaginaire poétique où les rêves sont tendres-absurdes, le trait fin et incisif des compositions de Hélène Paris est par ailleurs, ici et là, illustré par des textes de Hécate Vergopoulos. « Illustré », oui, car l'objectif de cet ouvrage est aussi, à l'image de grand-père Douglas - ce curieux personnage qui aurait voué sa vie à la réalisation d'une « grammaire universelle des présages inspirés et raisonnés du corps humain » -, de rudoyer l'autorité de l'écriture.
    Dans Présage, les textes ne valent ainsi que pour leur subjectivité comme autant d'invitations à l'émerveillement,autant de signes pour l'interprétation, autant de présages...

  • Recette miracle pour la bonne humeur :
    - Prenez un héros banal : Anton Buridan;
    - Ajoutez-y une entreprise de pompes funèbres malhonnête;
    - Saupoudrez d'un peu de filous en mal de reconnaissance;
    - Mélangez avec une entreprise de kidnapping honnête;
    - Malaxez le tout copieusement.
    Lisez sans attendre et sans modération la composition obtenue.
    Vous obtiendrez des éclats de rire et un sourire persistant.
    Franck Leduc
    Une scolarité scientifique traditionnelle et exemplaire. Une réussite professionnelle en conséquence. Logique. Un honnête père de famille. Pourtant... Qui imaginerait que, dès la nuit tombée, tel mister Hyde, Franck Leduc se transforme en un écrivain fantasque aux univers variés. Le paradoxe de sa personne réside dans sa capacité à réinventer le quotidien: les situations les plus loufoques ou ubuesques surgissent naturellement, sous sa plume, avec toute la précision horlogère dont le réel est capable.
    Vous aimez être surpris et rire aux larmes en découvrant des personnages se retrouver prisonniers de leurs propres pièges ? Vous voulez vibrer avec eux lorsqu'ils seront en prise avec un réel tout aussi absurde que ne peut l'être la vie ? Faites confiance à Franck Leduc pour vous guider dans le dédale du monde, vous montrant scène après scène, les tableaux imaginaires qu'il a écrits pour vous.

  • Augustin Kerr est détective privé. Il a rendez-vous chez un certain Anthony Wecker.
    Quand il arrive chez ce futur client c'est pour y découvrir un cadavre, un type évanoui et un sosie de David Douillet plutôt survolté.
    Il y a aussi une enveloppe contenant 5000 euros et un mot promettant un second versement du même montant en échange de la marchandise.
    Quelle marchandise ? That is the question !
    Un privé comme on n'en fait plus, un cadavre, des disparus, une curieuse propriété normande, un homme politique pas net, une sculpturale commissaire de police : une enquête aussi trépidante qu'hilarante.
    De l'humour, de l'action, des personnages originaux bien campés. Une intrigue joliment ficelée.

    Un style bigrement original qui rappelle aussi bien San Antonio et Léo Malet que Boris Vian.

  • Alphonse Allais (1854-1905)

    "Il importe tout d'abord de dissiper une des plus grossières erreurs de ce temps et des plus néfastes.
    Le Captain Cap n'a jamais existé, assure-t-on couramment au sein de certaines sphères d'habitude mieux informées.
    Qu'en savent-ils, ces gens ?
    J'admets que vous affirmiez l'existence de quelqu'un, quand vous le connaissez, ce quelqu'un, quand, sûr de vos sens, vous l'avez vu, senti, palpé, entendu.
    Et encore, se méfier de l'hallucination.
    Mais, de ce que les hasards de la vie ne vous ont jamais mis en contact matériel avec un quidam, prétendre et conclure que ce quidam n'existe pas ou n'existe point, c'est pousser trop loin la théorie du regretté saint Thomas.
    Raisonnement pareil à celui de ce gentleman qui disait au président du tribunal correctionnel :
    - Trois témoins affirment m'avoir vu commettre ce larcin. Mais je vous en citerai, moi, quinze mille qui ne m'ont pas vu !
    N'insistons pas.
    Le Captain Cap a donc bien existé."

    Il n'y a pas plus loufoque que le Captain Cap, cet aventurier qui, rentré en France, se lance dans la politique pour rétablir les "vraies" valeurs ! Le Captain Cap a des idées "étranges" sur tout ! et pour chacune de ces idées... une recette de cocktail !
    Toujours l'humour absurde d'Alphonse Allais !

  • Saint Huître, ce jeune ch'timi fâché, déçu, impuissant, le bourdonnement revenant toujours en tête, ce petit gaulois pour qui le réveil est une forme abstraite de deuil désire qu'on l'oublie pour l'éternité mais ne cesse pourtant de se répéter que tout ira bien, malgré un destin déplorable - voulu ou non. Voilà de la littérature héroïque, parfois romantique, baignée dans une mélancolie profonde, celle d'un petit loser qui survit par sa prose, malgré le fait que survivre coûte cher. C'est la poésie d'un auteur dont les derniers vestiges brûlants de sa dignité s'écoulent de son entrejambe. Ces vers d'un noir vital me donnent une envie de vivre semblable à ce que la lecture de ces trois grands écrivains français révoltés : Céline, Houellebecq et Rimbaud, peut offrir. Cette poésie brassée d'insouciance et de mélancolie, une mélopée au travers de laquelle s'exprime la toute puissante folie, cette poésie-là me nourrit profondément. (Jan Ritsema)

  • L'oeuf d'Einstein

    Romain Puértolas

    Lors d'un banquet, Christophe Colomb aurait proposé à ses illustres convives un étonnant défi : faire tenir un oeuf dur debout dans sa coquille. N'ayant pour réponse que le silence, le navigateur aurait alors tout simplement écrasé la base de son oeuf sur la table en s'écriant : "Il suffisait d'y penser !". Cinq cents ans après, Urbain Parcoeur, jeune journaliste stagiaire franchouillard exilé aux États-Unis, et ayant pleinement intégré les coutumes des lieux, s'apprête à faire la plus grande découverte scientifique de son siècle : l'univers est un gigantesque oeuf dont il suffit d'écraser la base pour créer un passage spatio-temporel vers le passé. Cela tombe bien, car sa petite vie, insignifiante jusque-là, vient d'être frappée, un peu en avance, par les signes avant-coureurs de la fin du monde annoncée par les Mayas et le décès d'un être cher. Fort de ses 195 kilos et de sa compréhension des théories d'Einstein, écraser l'univers ne devrait pas supposer de gros problème pour lui. Il suffisait d'y penser !

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