• Pour lutter contre les stéréotypes racistes qui perdurent à l'égard des femmes et des hommes noirs dans la société française, il faut revenir à leurs origines. De la fin du XVIIIe siècle jusqu'au milieu du XXe, la littérature médicale a élevé au rang de vérité scientifique les préjugés raciaux sur les corps noirs : infériorité intellectuelle, résistance physique, prédominance des émotions ou encore hypersexualité.
    L'ouvrage de Delphine Peiretti-Courtis constitue une première enquête approfondie sur la façon dont fut traitée cette question dans les écrits spécialisés de la période : dictionnaires et traités médicaux, monographies sur les races humaines, rapports de missions coloniales. Elle documente ainsi l'apparition dans les sciences médicales françaises des théories raciales appliquées aux populations africaines, puis leur développement avant leur déclin. Elle éclaire les processus de racialisation du corps, du genre et de la sexualité des peuples d'Afrique. Dans une société où la science se substitue progressivement à la religion comme source du savoir, le schéma racialiste élaboré par les savants est ensuite conforté par le pouvoir politique pour servir le projet colonial : le corps devient un outil de la colonisation.
    En mettant en lumière les mécanismes de formation des stéréotypes ainsi que leur contestation progressive, cet ouvrage permet de comprendre comment les préjugés sont devenus des " savoirs " scientifiques, ancrés durablement dans les esprits, même après leur invalidation complète.

  • Les historiens Catherine Hodeir et Michel Pierre revisitent la toute dernière exposition coloniale, qui s'est tenue à Paris, à la Porte Dorée, en 1931. Apothéose de la fierté coloniale et prélude au démantèlement de l'Empire.
    Vue par des millions de visiteurs en six mois, l'Exposition coloniale de 1931 est l'ultime représentation de la " Plus Grande France ", à l'heure des premières contestations du fait colonial et des premiers craquements annoncant la fin des empires.
    À l'invitation de la France et sous l'égide du maréchal Lyautey, les puissances européennes sauf la Grande- Bretagne présentent, exposent et rivalisent d'exotisme et de scénographies didactiques.
    Dans le bois de Vincennes s'installe la grande fête de l'imaginaire colonial : un décor de pagodes, de cases africaines et de minarets arabes, tout un théâtre de figurants pagayant sur le lac Daumesnil, servant dans les cafés maures ou dansant pour un public qui se presse à la rencontre de cette planète rêvée où l'Occident se mire.
    Premier, voici trente ans, à interroger ce moment de l'histoire coloniale, cet ouvrage fondateur s'enrichit aujourd'hui d'un avant-propos et d'une postface qui examinent sa place et son intelligibilité dans les débats issus de la recherche postcoloniale et décoloniale.

  • Forte de son expérience clinique, Karima Lazali a mené une enquête singulière auprès de la population algérienne pour y déceler les conséquences psychiques de la colonisation française. Elle révèle ainsi dans ce livre original les effets dévastateurs, sociaux et individuels, provoqués jusqu'à aujourd'hui au sein de la société algérienne par 132 ans de violences coloniales.
    Psychanalyste, Karima Lazali a mené une singulière enquête sur ce que la colonisation française a fait à la société algérienne, enquête dont elle restitue les résultats dans ce livre étonnant. Car elle a constaté chez ses patientoeos des troubles dont rend mal compte la théorie psychanalytique. Et que seuls les effets profonds du " trauma colonial " permettent de comprendre : plus d'un demi-siècle après l'indépendance, les subjectivités continuent à se débattre dans des blancs de mémoire et de parole, en Algérie comme en France.
    Elle montre ce que ces " blancs " doivent à l'extrême violence de la colonisation : exterminations de masse dont la mémoire enfouie n'a jamais disparu, falsifications des généalogies à la fin du XIXe siècle, sentiment massif que les individus sont réduits à des corps sans nom... La " colonialité " fut une machine à produire des effacements mémoriels allant jusqu'à falsifier le sens de l'histoire. Et en cherchant à détruire l'univers symbolique de l'" indigène ", elle a notamment mis à mal la fonction paternelle : " Leurs colonisateurs ont changé les Algériens en fils de personne " (Mohammed Dib). Mais cet impossible à refouler ressurgit inlassablement. Et c'est l'une des clés, explique l'auteure, de la permanence du " fratricide " dans l'espace politique algérien : les fils frappés d'illégitimité mènent entre frères une guerre terrible, comme l'illustrent le conflit tragique FLN/MNA lors de la guerre d'indépendance ou la guerre intérieure des années 1990, qui fut aussi une terreur d'État.
    Une démonstration impressionnante, où l'analyse clinique est constamment étayée par les travaux d'historiens, par les études d'acteurs engagés (comme Frantz Fanon) et, surtout, par une relecture novatrice des oeuvres d'écrivains algériens de langue française (Kateb Yacine, Mohammed Dib, Nabile Farès, Mouloud Mammeri...).

  • Dans les années 1950 et 1960, les dirigeants français ont mené au Cameroun une guerre secrète. Pour garder la mainmise sur ce pays clé de son empire, la France a inventé une politique africaine néocoloniale. Alors qu'elle écrasait dans le sang le mouvement nationaliste porté par l'Union des populations du Cameroun (UPC), elle octroya au pays une " indépendance " de façade et plaça à sa tête une dictature " amie ". S'appuyant sur d'innombrables témoignages et des milliers d'archives, les auteurs détaillent les étapes de cette guerre méconnue. Ils racontent comment furent assassinés les leaders de l'UPC : Ruben Um Nyobè en 1958, Félix Moumié en 1960 et Ernest Ouandié en 1971. Ils montrent comment l'administration et l'armée françaises, avec leurs relais locaux, ont conduit une effroyable répression : bombardements des populations, escadrons de la mort, lavage de cerveau, torture généralisée, etc. Et ils expliquent finalement pourquoi cette guerre, qui a fait des dizaines de milliers de morts, a transformé le Cameroun en laboratoire de la " Françafrique ", ce pacte néocolonial grâce auquel les élites françaises et africaines s'accaparent les richesses du continent et privent les peuples de leurs droits.

  • Longtemps passées sous silence, la sexualité dans les empires coloniaux et la domination sur les corps apparaissent aujourd'hui comme des sujets de recherches majeurs. Les héritages de cette histoire font désormais débats dans nos sociétés de plus en plus métissées et mondialisées. Six siècles d'histoire ont construit des imaginaires, des fantasmes et des pratiques analysés dans cet ouvrage au fil des cinquante contributions de spécialistes internationaux.

    Coordonné par un collectif paritaire de dix chercheur.e.s de plusieurs disciplines, l'ouvrage Sexualités, identités et corps colonisés tisse des liens entre passé et présent, et explore les nombreuses facettes de cette histoire. La publication de Sexe, race & colonies en 2018 a initié débats et polémiques, mais a aussi reçu un écho sans précédent. Ce nouveau livre va plus loin.

    Aux quinze articles majeurs du précédent ouvrage, réédités pour les rendre accessibles au plus grand nombre, ont été ajoutées trente contributions inédites éclairant la transversalité de cette question dans tous les empires coloniaux jusqu'aux sociétés postcoloniales actuelles. Ce livre permet de saisir comment la sexualité et les hiérarchies raciales ont été consubstantielles à l'organisation du pouvoir dans les empires et à l'invention d'imaginaires transnationaux. Déconstruire les regards coloniaux qui sont omniprésents dans nos représentations suppose de regarder en face cette hégémonie sexuelle mondialisée et ce passé, aussi complexe soit-il. C'est à ce prix qu'une décolonisation des imaginaires sera possible.

    Avant-propos d'Antoine Petit, président du CNRS

    Postfaces de Leïla Slimani et Jacques Martial

  • Les bateaux de l'espoir

    Vichy, les réfugiés et la filière martiniquaise

    Entre la débâcle de mai-juin 1940 et la fin de l'année 1941, quelque 5 000 hommes, femmes et enfants gagnèrent la Martinique depuis Marseille à bord de cargos, échappant ainsi à l'Europe embrasée. Certains étaient juifs, d'autres républicains espagnols ou socialistes antinazis. Parmi eux, le révolutionnaire Victor Serge, le cinéaste Jacques Rémy ou la romancière Anna Seghers.

    L'épisode est peu connu, et pourtant cette filière se révéla être une formidable voie de secours. Fort de plus de vingt années de recherches en France, en Allemagne, en République Tchèque, en Amérique du Nord et aux Antilles, dans des archives publiques ou familiales, Éric Jennings raconte cette aventure exceptionnelle.

    S'intéressant aux questions liées aux migrations et aux luttes anticoloniales, l'auteur examine cette voie d'exil, contemple la traversée, l'arrivée à Fort-de-France et le ré-internement de la majorité des voyageurs par des autorités coloniales inquiètes de cet afflux de migrants. Il retrace également des rencontres, notamment entre des réfugiés et les chantres de la négritude, comme Aimé Césaire. Il explore enfin la clôture de cette route de secours, en insistant sur le rôle des autorités américaines. L'arrivée de réfugiés aux noms à consonance allemande avait fini par alarmer Washington...

    Les craintes d'aujourd'hui autour d'une potentielle cinquième colonne parmi une masse de réfugiés – et les terribles conséquences de ces craintes sur des opérations de secours – n'ont donc rien de nouveau.

  • Une réflexion sur la France coloniale de Ferry à de Gaulle, en passant par Alger, pour ouvrir les débats difficiles mais essentiels auxquels les Français du XXIe siècle sont confrontés.
    L'histoire de la France coloniale, dont les territoires éparpillés sur quatre continents faisaient rêver les écoliers de la IIIe République, est loin d'être close. Mémoires et groupes de pression s'activent pour en tirer les leçons qui leur conviennent. Les politiques s'en mêlent a coups de " lois mémorielles ". Mais que faut-il entendre exactement par " colonies " et " colonisation " ? Faire le bilan de ce " passe qui ne passe pas " ne peut consister a refaire le procès du système colonial ni a glorifier une épopée. Jean-Pierre Rioux rappelle les étapes de la colonisation française, dresse les portraits des grands artisans de cette histoire, et pose un certain nombre de questions : qu'impliquait le rêve de Jules Ferry ? L'entreprise coloniale fut-elle économiquement rentable ? Comment évaluer l'action de De Gaulle outre- mer ? Enfin, comment lier les débats sur les prolongements du malheur colonial aux interrogations que suscitent l'état de la France, son " identité " toujours en chantier, son pacte républicain et sa présence au monde ?

  • Le rôle crucial de l'armée française au Sahel de 1860 à 1960, comme préfiguration de son rôle d'aujourd'hui.Ce livre retrace pour la première fois la conquête de la zone sahélienne amorcée en 1860. Dans un espace immense s'étirant de la Mauritanie au Tchad, et face à une situation particulièrement complexe et mouvante, l'armée a inventé de toutes pièces des unités spécialement adaptées aux contextes ethnique, religieux, climatique et sanitaire de cette partie de l'empire et est parvenue à mettre un terme aux rezzous (pillages). Passé ces guerres endémiques s'ouvre une nouvelle ère, à compter des années 1930, celle de l'" apprivoisement " opéré par les méharistes et les médecins " du bout de la piste ", qui offrirent à ces territoires une stabilité jamais connue par la suite.
    Puisant dans une documentation inédite extraite des archives de l'armée à Vincennes et de celles conservées à Dakar, cet ouvrage est d'une brûlante actualité à l'heure où l'engagement militaire français dans la ceinture sahélienne (actuel dispositif " Barkhane ") semble dans l'impasse. Il donne ainsi à comprendre les racines de ce conflit vieux de plus d'un siècle.
    Directeur de recherche au CNRS, Emmanuel Garnier est par ailleurs professeur et chercheur invité aux universités de Cambridge, de Genève et au MIT. Ses recherches sont consacrées à l'histoire des risques naturels, militaires et sanitaires en Europe, Chine et Afrique. Il a publié entre autres Terre de conquêtes. Les forêts vosgiennes sous l'Ancien Régime
    et Les Dérangements du temps, 500 ans de chaud et froid en Europe.

  • Le 14 juillet 1953, la traditionnelle manifestation célébrant la fête nationale prend un tour tragique lorsque la police ouvre le feu sur le cortège. Les tirs ciblent essentiellement les représentants du parti nationaliste algérien et font de nombreuses victimes. Fruit de 4 ans d'enquête, le livre de Daniel Kupferstein décrypte les faits au plus près des témoignages d'époque et fait lumière sur ce non-dit de l'Histoire qui servit de déclencheur à la "guerre de libération" initiée par le FLN.
    Le 14 juillet 1953, la gauche communiste et syndicale célèbre la fête nationale, comme c'est la tradition, par une manifestation à Paris. Y participent, à la fin du cortège, plusieurs milliers de militants du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD), le parti nationaliste algérien. Quand ils arrivent place de la Nation, des heurts se produisent et les policiers tirent froidement sur les manifestants algériens. Six d'entre eux sont tués, ainsi qu'un militant de la CGT. Et on compte des dizaines de blessés par balles.
    Pendant un demi-siècle, ce drame va être effacé des mémoires et des représentations, en France comme en Algérie. Pour comprendre les raisons de cette amnésie et faire connaître les circonstances de l'événement, Daniel Kupferstein a conduit une longue enquête, pendant quatre ans. Elle lui a permis de réaliser en 2014 un film, que ce livre prolonge et complète. On y découvrira les témoignages inédits de nombre d'acteurs de l'époque, ainsi que les ressorts de l'incroyable mensonge d'État qui a permis l'occultation de ce massacre.
    Et on comprendra le rôle essentiel de " déclic " joué par ce dernier dans le déclenchement par le FLN de la " guerre de libération " en novembre 1954.
    " L'originalité de l'approche de Daniel Kupferstein réside dans sa méthode de cinéaste documentariste. Si ce livre s'appuie sur la consultation d'archives inédites, sur une lecture attentive de la presse de l'époque et des moindres évocations du 14 juillet 1953 au cours des années qui suivent la tragédie, sur une fréquentation des études consacrées à la guerre d'Algérie, une part essentielle est constituée par la recherche des témoignages. Ce qui en fait la richesse, c'est bien la rencontre avec les acteurs de cet épisode sanglant, avec leurs proches, aussi bien du côté des victimes que des forces de répression, et avec tous ceux dont la vie, aujourd'hui encore, est entravée par les non-dits, les mal-dits de l'Histoire. "
    Didier Daeninckx

  • En étudiant la culture matérielle des esclaves, l'archéologie - et en particulier, depuis une vingtaine d'années, l'archéologie préventive - contribue de façon décisive aux recherches sur l'esclavage colonial. La traite, l'habitat, la vie quotidienne, le marronnage ou les pratiques funéraires bénéficient ainsi d'une documentation nouvelle, dont cet ouvrage rend compte grâce aux contributions des meilleurs spécialistes internationaux. L'archéologie a joué, depuis les années 2000, un rôle décisif afin de renseigner sur les conditions de vie des esclaves, leurs habitats, les établissements où ils furent asservis (souvent détruits mais dont subsistent les fondations), les enclaves du marronnage, les rites d'inhumation, l'état sanitaire des défunts, leur âge, leur sexe, etc. En étudiant la culture matérielle des populations asservies, l'archéologie - et en particulier depuis une vingtaine d'années l'archéologie préventive - contribue en effet de façon déterminante aux recherches sur l'esclavage colonial et offre une documentation nouvelle.
    Confrontant études de cas et synthèses sur l'archéologie de l'esclavage aux États-Unis, à la Barbade, à Cuba, au Brésil et aux Antilles françaises, en Afrique de l'Est, du Sud et de l'Ouest, à La Réunion et à l'Île Maurice, cet ouvrage fait le point sur les avancées récentes de la connaissance de la traite, de l'esclavage et du marronnage et propose une meilleure prise en compte du patrimoine archéologique du système esclavagiste, de sa conservation et de sa mise en valeur.

  • La traite négrière fut un crime contre l'humanité. La loi Taubira votée en 2001 le reconnaît et, à ce titre, prévoyait des réparations. Mais l'article qui en parlait fut écarté en commission des lois. Pourtant, la question n'était pas totalement nouvelle en France. Ainsi, en 1849, au lendemain de l'abolition de l'esclavage, des indemnités furent votées... mais au bénéfice des anciens propriétaires d'esclaves. Cet ouvrage rassemble quarante textes majeurs sur ce thème des réparations, de Condorcet à Desmond Tutu, en passant par Martin Luther King, Malcolm X, Frantz Fanon ou Aimé Césaire. La question est fortement débattue dans plusieurs pays mais, chez nous, on ne veut pas en entendre parler. De fait, c'est le premier livre en France sur le sujet : il a pour but de briser un tabou. Constituée et présentée par Louis-Georges Tin, cette anthologie permet de renouveler la réflexion sur la colonisation en particulier et les rapports Nord-Sud en général.

  • La pacification permet de briser les résistances indigènes et de fonder la colonisation. Grâce à elle, l'administration peut imposer à la foi sa domination et l'ordre colonial. Des penseurs comme Alexis de Tocqueville et John Stuart Mill, ou des militaires comme Bugeaud, Gallieni, Lyautey, mettent en avant, à quelques nuances près, ses visées pratiques.Tout au long des XIXe et XXe siècles, les multiples opérations de pacification ont ainsi rythmé l'histoire des rapports entre les métropoles européennes et leurs colonies, protectorats et mandats.L'équipe d'historiens, de politistes, de juristes et de géographes réunie sous la direction de Samia El Mechat montre la diversité des situations et des stratégies, de la lutte des Britanniques contre les pirates Qawasims du Golfe arabo-persique aux relations ambiguës entre les autorités françaises et vietnamiennes. Sir Garnet Wolseley en Afrique du Sud ou Théophile Pennequin en Cochinchine fournissent les exemples les plus significatifs des acteurs à l' oeuvre.Loin de se limiter au passé colonial, ce livre poursuit la ré flexion jusqu'à nos jours, en particulier avec l'intervention en Afghanistan en 2001 et l'invasion de l'Irak en 2003, où les stratèges américains ont remis à l'honneur des méthodes et des techniques de pacification déjà utilisées auparavant.Une nouvelle lecture des expériences de pacification en milieu colonial et de leurs résonances contemporaines.

  • L'Afrique " vue d'en bas " : c'est sur une histoire méconnue que ce livre original lève le voile.
    L'Afrique " vue d'en bas " : c'est sur une histoire méconnue que ce livre original lève le voile. Malgré sa brièveté relative, l'épisode colonial a profondément marqué les États de l'ancien Ouest africain français. Ils sont neuf aujourd'hui, d'ouest en est et du nord au sud : Mauritanie, Sénégal, Mali, Niger, Burkina-Faso, Guinée, Côte d'Ivoire, Bénin, Togo. Or, tandis que la politique " métropolitaine " commence à être bien connue, il n'en va pas de même de la rencontre entre colonisés et colonisateurs, de l'histoire vécue sur le terrain, tour à tour et à la fois lutte, dialogue et échanges.
    L'histoire de la colonisation s'est inscrite dans le face à face des institutions, des esprits et des cultures. Ce regard croisé est à l'origine de ce livre, fruit d'un travail d'équipe mené depuis plusieurs années par les meilleurs spécialistes africains et français, qui ont mobilisé des archives ouvertes parfois depuis peu, et les souvenirs oraux d'acteurs souvent encore en vie.
    La première partie traite de thèmes communs à l'ensemble : la politique et la géopolitique françaises, l'armée coloniale, les objectifs économiques, les dynamiques sociales, le rôle de l'islam. La seconde partie rassemble les monographies consacrées à chacun de ces " États coloniaux " : ils ont été marqués par une histoire chaque fois différente, suivant des milieux géographiques contrastés, des péripéties antérieures, des héritages démographiques et culturels anciens, et les modalités spécifiques de la pénétration française.
    Au total, un ouvrage de référence indispensable pour comprendre, dans les États francophones de l'Afrique de l'Ouest, l'unité et la diversité des soubresauts et des aspirations d'autrefois et d'aujourd'hui.

  • Les origines ignorées des trois guerres coloniales qui ont ébranlé la France au XXe siècle.
    1945, en l'espace de quelques semaines, de profonds craquements se font entendre dans l'édifice colonial français. Brusquement au Levant, en Indochine, en Algérie, d'immenses mouvements de foule, réprimés avec la plus grande violence, contestent la domination de Paris. Les trois guerres coloniales qui, pendant vingt ans, vont occuper, troubler et modifier la conscience française viennent de commencer. Les répressions vont provoquer plusieurs centaines de milliers de morts et un recul considérable de l'influence française. L'auteur raconte la petite et la grande histoire de ces journées méconnues qui marquèrent le commencement de la fin de " l'Empire ".Henri de Wailly a publié chez Perrin De Gaulle sous le casque ; Liban, Syrie : le mandat (1919-1940), ouvrage couronné par l'Académie française ; Syrie 1941, la guerre occultée, ouvrage couronné par l'Académie des sciences morales et politiques.

  • L'histoire oubliée des enfants " métis " de la colonie : une face cachée mais fondamentale de l'histoire de l'appartenance nationale.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2007.)
    Pendant la colonisation française, des dizaines de milliers d'enfants sont nés d'" Européens " et d'" indigènes ". Souvent illégitimes, non reconnus puis abandonnés par leur père, ces métis furent perçus comme un danger parce que leur existence brouillait la frontière entre " citoyens " et " sujets " au fondement de l'ordre colonial. Leur situation a pourtant varié : invisibles en Algérie, ils ont été au centre des préoccupations en Indochine. La " question métisse " a également été posée à Madagascar, en Afrique et en Nouvelle-Calédonie.
    Retraçant l'histoire oubliée de ces enfants de la colonie, cet ouvrage révèle une face cachée, mais fondamentale, de l'histoire de l'appartenance nationale en France : il montre comment les tentatives d'assimilation des métis ont culminé, à la fin des années 1920, avec des décrets reconnaissant la citoyenneté à ceux qui pouvaient prouver leur " race française ". Aux colonies, la nation se découvrait sous les traits d'une race.
    Cette législation bouleversa le destin de milliers d'individus, passant soudainement de la sujétion à la citoyenneté : ainsi, en Indochine, en 1954, 4 500 enfants furent séparés de leur mère et " rapatriés " en tant que Français. Surtout, elle introduisait la race en droit français, comme critère d'appartenance à la nation. Cela oblige à revoir le " modèle républicain " de la citoyenneté, fondé sur la figure d'un individu abstrait, adhérant volontaire à un projet politique commun et à souligner les liens entre filiation, nationalité et race.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2007.)

  • L'histoire, volontairement occultée, qui commence dans les années 1940 et continue jusqu'aux années 1970, est celle d'un " remède miracle de la maladie du sommeil " : la lomidine. Avant qu'on ne reconnaisse enfin son inefficacité et sa dangerosité, elle sera injectée des millions de fois en Afrique. L'auteur suit pas à pas son histoire, montrant ainsi combien la médecine a été un outil du pouvoir. Une enquête historique inédite et implacable sur l'envers des politiques coloniales.
    C'est l'histoire d'une piqûre magique, qui devait débarrasser l'Afrique d'une maladie qui décimait le continent. C'est l'histoire d'un scandale pharmaceutique oublié, enterré par les pouvoirs coloniaux de la fi n des années 1950.
    Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les médecins des colonies font de l'éradication de la maladie du sommeil leur priorité. Un nouveau médicament vient d'être découvert : la Lomidine. Dans l'enthousiasme, de grandes campagnes de " lomidinisation préventive " sont organisées dans toute l'Afrique. La méthode connaît quelques ratés - la molécule se révèle inefficace et dangereuse - mais ils ne freinent pas les médecins, au contraire. Il faut " lomidiniser " l'intégralité des populations, de gré ou de force.
    Ce livre montre comment les médecins s'obstinèrent à utiliser un médicament pourtant dangereux, au nom du rêve d'une Afrique libérée de la maladie ; comment la médecine a été un outil pour le colonialisme ; comment elle a servi de vitrine à l'" humanisme " européen et de technique de surveillance et de répression. La petite histoire de la Lomidine ouvre une fenêtre sur le quotidien des politiques coloniales de modernisation, révélant leur envers : leurs logiques raciales, leur appareil coercitif, leur inefficacité constitutive, et la part de déraison inscrite au coeur du projet de " mise en ordre " de l'Afrique par la science et la technique.
    Guillaume Lachenal renouvelle le regard sur le gouvernement des Empires, qu'il saisit dans son arrogance et sa médiocrité, posant les jalons d'une anthropologie de la bêtise coloniale.

  • Frantz Fanon est décédé il y a juste cinquante ans, mais son analyse du colonialisme et du racisme est toujours d'une étonnante actualité. Elle dépasse le contexte – la guerre d'Algérie et les luttes d'indépendance africaine – dans lequel elle a été élaborée. Ce livre présente des textes d'époque, dont des éditoriaux inédits de Frantz Fanon écrits lorsqu'il était interne à l'hôpital de Saint-Alban et abordant le rôle thérapeutique de l'engagement, et un témoignage de François Tosquelles, médecin-chef, sur le parcours de Fanon psychiatre. Le livre s'enrichit d'un abécédaire sur la pensée fanonienne et de contributions extérieures : une préface de l'historien Achille Mbembe, un texte de Mireille Fanon-Mendès-France dans lequel elle retrace le parcours de son père, " cet insoumis ", ainsi qu'une analyse de Patrick Farbiaz montrent le lien avec les formes actuelles du colonialisme. Une bibliographie, des reproductions de documents d'époque et un article d'Aimé Césaire publié à la mort de Fanon complètent ce recueil.


  • L'ombre portée d'un père.

    " Le Majestueux ", c'est le surnom donné en Indochine au père de Robert Djellal par ses camarades de l'armée française. Les pages sur cette guerre si méconnue (1947-1954), sur les tortures subies par les soldats français prisonniers des Vietnamiens sont parmi les plus fortes de ce témoignage très émouvant où un fils cherche à retrouver la voix d'un père qui dissimulait ses blessures derrière une pudeur farouche.
    Trois récits se croisent, s'entrechoquent et se répondent. L'histoire du père qui connut aussi les prisons en Algérie pour avoir refusé de devenir le féal d'un régime dictatorial, celle du fils qui, envers et contre tous, deviendra un pur produit de la " méritocratie républicaine " et, enfin, un voyage en Algérie où Robert Djellal essaie de déchiffrer de quel désert il vient.

  • Citant largement les textes (dont l'intégralité du Code de l'Indigénat de 1875) et les commentaires dont ils firent l'objet, Olivier Le Cour Grandmaison met en évidence leur rôle dans un racisme d'État longtemps théorisé et pratiqué par la République
    Internement administratif pour une durée indéterminée, responsabilité collective appliquée à des tribus et des villages entiers, séquestre des propriétés " indigènes " et transfert de celles-ci aux colons, Code de l'indigénat enfin, adopté en 1875 puis régulièrement reconduit par les députés de la IIIe République : telles sont les principales dispositions répressives appliquées dans l'Algérie coloniale, jusqu'en 1945. Citant largement les textes ? dont le fameux " code de l'Indigénat " est enfin publié dans son intégralité ? et les commentaires dont ils firent l'objet, Olivier Le Cour Grandmaison les analyse de façon précise, et met ainsi en évidence l'existence d'un racisme d'État longtemps théorisé et pratiqué par la République. Qualifiées de " monstres " juridiques par plusieurs juristes de l'époque, ces différentes mesures furent exportées dans les autres territoires de l'Empire au fur et à mesure de l'extraordinaire expansion coloniale de la France entre 1871 et 1913. L'exception politique et juridique est ainsi devenue la règle pour les " indigènes ". À cela s'ajoutent le travail forcé et l'esclavage domestique, lequel a continué de prospérer au vu et au su des autorités françaises. Hier essentielle à la pérennité de la République impériale, cette législation coloniale est aujourd'hui trop souvent ignorée. Exhumer ses principes, étudier ses mécanismes et leurs conséquences pour les autochtones privés des droits et libertés démocratiques élémentaires, tels sont les objets de ce livre. Sommes-nous complètement affranchis de ce passé ? Hélas non. L'internement des étrangers sans-papiers et le " délit de solidarité " le prouvent. L'un et l'autre ont des origines coloniales.

  • L'histoire d'une présence multiséculaire à travers ceux qui l'ont incarnée
    Tout commence avec Louis XIV, qui envoie des savants missionnaires jésuites à la cour de l'empereur Kangxi avec le fol espoir de convertir le souverain et ses sujets au catholicisme. La présence française, alors relativement pacifique, devient, au XIXe siècle, beaucoup plus agressive : trois fois en guerre avec la Chine, la France participe aux côtés de la Grande-Bretagne au tristement célèbre sac du palais d'Eté en 1860. Des Français de tous horizons y sont alors nombreux : militaires, diplomates, explorateurs, aventuriers, sinologues, écrivains, hommes d'affaires. A travers leurs réalisations, se dessine une histoire riche, diverse, étonnante et passionnante, où l'on croise le père Huc, Paul Claudel, Victor Segalen, les aventuriers de la Croisière jaune, les concepteurs fous du train du Yunnan, les canonnières du Yang-Tsé, et jusqu'à de Gaulle, le premier chef d'Etat occidental à reconnaître la Chine de Mao. Si ce pays doit beaucoup à la France, l'inverse n' en est pas moins vrai, et l'auteur nous livre en filigrane une vision nouvelle des rapports franco-chinois de 1685 à nos jours.Bernard Brizay, journaliste et historien, excellent connaisseur de la Chine où il réside souvent, est l'auteur de plusieurs livres sur le sujet, dont Le Sac du palais d'Eté (traduit en chinois).

  • Comment se construit l'imaginaire de la guerre, à travers, notamment, sa rerésentation au cinéma.
    La guerre française en Algérie (1954 et 1962) et la guerre américaine au Viêt-nam (1964 et 1975) ont laissé des séquelles profondes dans l'histoire contemporaine. Elles ont causé la mort de 30 000 soldats français, 59 000 soldats américains, de près de 400 000 Algériens, et de 1,7 million de Vietnamiens. Elles ont provoqué la chute de la IVe République en France, la démission de Richard Nixon aux États-Unis, et l'accession à l'indépendance de deux grands pays du tiers-monde. Et entraîné des déplacements massifs de populations. Au-delà de leurs dissemblances, ces deux guerres présentent un étrange point commun : elles n'ont jamais été déclarées officiellement. Dans les deux cas, la mémoire de ces conflits dans les deux sociétés, française et américaine, en a été profondément affectée. Benjamin Stora propose dans ce livre une ambitieuse comparaison de la façon dont l'imaginaire de la guerre s'est construit en France et aux États-Unis, pendant les conflits eux-mêmes, et après. Il s'appuie pour ce faire sur l'étude des dizaines de films et des milliers d'ouvrages consacrés à ces guerres de part et d'autre de l'Atlantique, mais aussi sur celle de documents inédits retrouvés dans les archives vietnamiennes. Il montre comment se sont construites des images distordues des deux guerres pendant qu'elles se déroulaient et explique comment ces distorsions ont ensuite conduit à l'oubli des conséquences de la guerre. Un livre d'histoire original, qui est aussi une réflexion profonde sur le rôle des images et des écrits dans les sociétés modernes.

  • C'est une introduction originale à l'histoire de la colonisation française que propose Gilles Manceron dans cet essai inédit. On sait que ces dernières années, des revendications se sont élevées, pour exiger des réparations, voire des poursuites judiciaires, pour les crimes de la colonisation : quelles réponses apporter aujourd'hui à ces revendications ? Pour répondre à cette question, Gilles Manceron revient sur les crimes massifs et organisés qui ont accompagné la colonisation pendant plusieurs siècles, depuis la traite esclavagiste jusqu'aux indépendances. Et il montre comment, à partir du XIXe siècle, ces crimes ont été systématiquement déniés, par un discours officiel selon lequel les notions d'égalité et de droits de l'homme admettraient une exception : celle des peuples colonisés, " mineurs et barbares ", qui ne pouvaient prétendre en bénéficier. Ce discours, qui fut celui des IIIe, IVe et Ve Républiques, a été abandonné après les indépendances. Mais, depuis, les autorités de la République n'ont jamais reconnu les crimes de la colonisation, ni désavoué le discours officiel antérieur. À partir de cette confrontation entre la réalité de la violence coloniale et le discours qui la légitimait, Gilles Manceron montre que ce n'est pas par d'hypothétiques procès ou réparations financières que ces pages noires de l'histoire de France seront définitivement tournées, mais par un effort de vérité politique et historique auquel ce livre entend contribuer.

  • Comment et pourquoi les gouvernements de la IV e République, bien peu soucieux du respect de la légalité républicaine, ont choisi la voie de la répression sauvage pour préserver la cohésion de l'Empire français. L'auteur analyse aussi les débats auxquels cette politique a donné lieu en France même, en mettant en lumière l'opposition de certains intellectuels, de ceux des clercs qui n'ont pas trahi, comme Sartre ou Ricoeur. (Cette édition numérique reprend, à l'identique, la 3 e édition de 2005.)
    Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, de Sétif (mai-juin 1945) à Madagascar (1947), d'Haiphong (1946) à la Côte-d'Ivoire (1949-1950) et à Casablanca (1947), l'armée française a massacré des dizaines de milliers d'hommes et de femmes dont le seul tort était de revendiquer pour plus de libertés ou pour l'indépendance. Ce sont ces pages sanglantes de l'histoire de France, méconnues, voire effacées, qu'Yves Benot retrace dans ce livre. Mobilisant l'ensemble des documents disponibles, il montre comment et pourquoi les gouvernements de la IVe République, bien peu soucieux du respect de la légalité républicaine, ont choisi la voie de la répression sauvage pour préserver la cohésion de l'Empire français. Et il analyse aussi les débats auxquels cette politique a donné lieu en France même, en mettant en lumière l'opposition de certains intellectuels, de ceux des clercs qui n'ont pas trahi comme Jean-Paul Sartre ou Paul Ricoeur.

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