Fayard

  • Il n'est pas facile de parler de Shoah. Il y a de la magie dans ce film, et la magie ne peut pas s'expliquer. Nous avons lu, après la guere, des quantités de témoignages sur les ghettos, sur les camps d'extermination; nous étions bouleversés. Mais, en voyant aujourd'hui l'extraordinaire film de Claude Lanzmann, nous nous apercevons que nous n'avons rien su. Malgré toutes nos connaissances, l'affreuse expérience restait à distance de nous. Pour la première fois, nous la vivons dans notre tête, notre coeur, notre chair. Elle devient la nôtre. Ni fiction, ni documentaire Shoah réussit cette re-création du passé avec une étonnante économie de moyens: des lieux, des voix, des visages. Le grand art de Claude Lanzmann est de faire parler les lieux, de les ressusciter à travers les voix, et, par-delà les mots, d'exprimer l'indicible par des visages.
    C'est une composition musicale qu'évoque la subtile construction de Shoah avec ses moments où culmine l'horreur, ses paisibles paysages, ses lamentos, ses plages neutres. Et l'ensemble est rythmé par le fracas presque insoutenable des trains qui roulent vers les camps.
    La construction de Claude Lanzmann n'obéit pas à un ordre chronologique, je dirais - si on peut employer ce mot à propos d'un tel sujet - que c'est une construction poétique.
    Jamais je n'aurais imaginé une pareille alliance de l'horreur et de la beauté. Certes, l'une ne sert pas à masquer l'autre, il ne s'agit pas d'esthétisme: au contraire, elle la met en lumière avec tant d'invention et de rigueur que nous avons conscience de contempler une grande oeuvre. Un pur chef-d'oeuvre.Simone de Beauvoir

  • " Rien ne me paraît plus nécessaire aujourd'hui que de découvrir ou redécouvrir nos paysages et nos villages en prenant le temps de le faire. Savoir retrouver les saisons, les aubes et les crépuscules, l'amitié des animaux et même des insectes, le regard d'un inconnu qui vous reconnaît sur le seuil de son rêve.
    La marche seule permet cela. Cheminer, musarder, s'arrêter où l'on veut, écouter, attendre, observer. Alors, chaque jour est différent du précédent, comme l'est chaque visage, chaque chemin.

    Ce livre n'est pas un guide pédestre de la France, mais une invitation au vrai voyage, le journal d'un errant heureux, des Vosges jusqu'aux Corbières, au coeur d'un temps retrouvé. Car marcher, c'est aussi rencontrer d'autres personnes et réapprendre une autre façon de vivre. C'est découvrir notre histoire sur le grand portulan des chemins. Je ne souhaite rien d'autre, par ce livre, que de redonner le goût des herbes et des sentiers, le besoin de musarder dans l'imprévu, pour retrouver nos racines perdues dans le grand message des horizons. " J. L.

  • Christian Ranucci, 22 ans, a été guillotiné le 28 juillet 1976 à 4 h 13 dans la cour de la prison marseillaise des Baumettes.

    Etait-il coupable ou innocent ?

  • Nous vivons au sein d'un leurre magistral, d'un monde disparu que des politiques artificielles prétendent perpétuer. Nos concepts du travail et par là du chômage, autour desquels la politique se joue (ou prétend se jouer) n'ont plus de substance: des millions de vies sont ravagés, des destins sont anéantis par cet anachronisme. L'imposture générale continue d'imposer les systèmes d'une société périmée afin que passe inaperçue une nouvelle forme de civilisation qui déjà pointe, où seul un très faible pourcentage de la population terrestre trouvera des fonctions. L'extinction du travail passe pour une simple éclipse alors que, pour la première fois dans l'Histoire, l'ensemble des êtres humains est de moins en moins nécessaire au petit nombre qui façonne l'économie et détient le pouvoir. Nous découvrons qu'au-delà de l'exploitation des hommes, il y avait pire, et que, devant le fait de n'être plus même exploitable, la foule des hommes tenus pour superflus peut trembler, et chaque homme dans cette foule. De l'exploitation à l'exclusion, de l'exclusion à l'élimination...?

    Sur un ton totalement neuf, Viviane Forrester, dans une analyse très documentée, dénonce les discours habituels, qui masquent les signaux d'un monde réduit à n'être plus qu'économique, et dont nous devenons, ils nous en avertissent, la dépense superflue.

  • " Le Printemps de Pékin sur la place Tiananmen et, surtout, la tuerie du 4 juin 1989 semblent marquer une si brutale coupure, qu'on serait tenté de tenir pour péripéties les événements qui les ont précédés, comme la Révolution culturelle, cette formidable poussée d'hystérie collective. En juillet 1973, paraissait la première édition de cet ouvrage, rapport d'enquête sur l'état de la Chine dans l'été 1971, au beau milieu de la Révolution culturelle: quelques mois pour préparer le voyage, quelques semaines pour observer, deux ans pour digérer... L'ouvrage restait-il encore valide, après si longtemps? Les événements de ces dernières années sont assurément importants; mais les structures de la vie collective et de la mentalité chinoises en ont-elles été transformées en profondeur? Ce que j'avais essayé de mettre à nu, c'étaient les ressorts fondamentaux de ce peuple et de cette révolution. Ils demeurent. Fallait-il donc republier ce livre en l'état? C'eût été possible, s'il se fût agi d'un simple récit de voyage. Toutefois, j'avais tenté d'écrire une introduction à l'intelligence de la Chine contemporaine. Pour que le livre pût encore rendre ce service, il fallait l'actualiser, sans rien toucher à son équilibre interne. Avouons-le, ces dernières années, la Chine nous a encore étonnés: plus semblable à elle-même de nous surprendre toujours, que de se conformer à l'image que nous nous en faisions. Elle nous interroge de nouveau, et sur elle, et sur nous. "

  • Loin de leur pays natal transformé en ghetto colonial, c'est la liberté qu'ils venaient chercher en France. L'Algérie, ils la rêvaient indépendante. Mais c'est dans les cafés-hôtels de l'exil qu'ils allaient créer les premières organisations nationalistes des années trente.

    Vint la guerre clandestine du FLN en France, combat contre les autorités françaises mais aussi lutte secrète et féroce pour le contrôle de la communauté immigrée qu'encadrait encore le Mouvement national algérien de Messali Hadj.

    1962, l'indépendance. Ecartés par le FLN, les dirigeants de sa fédération de France goûtent le fruit amer des espoirs déçus. Libre, l'Algérie devait nourrir tous ses fils et mettre fin à leur exil. Mais le destin en décide autrement: au lieu de disparaître, l'immigration s'installe.

    Ils venaient d'Algérie, ils resteront en France. Les jeunes Maghrébins des années quatre-vingt s'interrogent: comment s'intégrer dans la société française sans renier leurs racines? Parce qu'il fait revivre l'histoire si mal connue de la communauté algérienne en France, parce qu'il rappelle que son passé ne la rend guère sensible aux sirènes de l'intégrisme islamique, ce livre se veut une réponse à ceux qui cherchent à situer la " crise des banlieues " et les événements actuels d'Algérie dans leur vraie dimension.

    Auteur de plusieurs ouvrages sur le nationalisme algérien et la guerre d'Algérie, Benjamin Stora a notamment conçu Les Années algériennes, la série d'émissions diffusées en octobre 1991 par Antenne 2.

  • Député gaulliste à 33 ans et titulaire de plusieurs grands ministères, porte-parole du général de Gaulle pendant quelque quatre ans, Alain Peyrefitte a eu avec celui-ci, entre 1959 et 1969, trois centaines d'entretiens en tête à tête. Sans compter autant de Conseils des ministres, des dizaines de Conseils restreints, des rencontres avec des chefs d'Etat ou de gouvernement étrangers. Il a estimé qu'il était de son devoir de prendre note au jour le jour des propos tenus par le fondateur de la Ve République, pour les soustraire à l'oubli, en respectant non seulement leur teneur, mais aussi leur style et le ton des dialogues. Il s'était interdit jusqu'à présent de les publier. La transcription fidèle de ces notes produit un effet saisissant. Comme si le temps s'effaçait, le lecteur voit surgir, dans toute l'intensité de sa présence, un homme habité par une idée plus grande que lui. Nous entrons dan l'intimité du Général. Nous l'écoutons penser tout haut. C'est un de Gaulle en liberté, qui va beaucoup plus loin que dans ses textes officiels, et s'exprime avec une familiarité et une franchise surprenantes. Par la richesse et la diversité des révélations qu'il apporte, par le portrait intellectuel et moral qui s'en dégage, ce livre constitue un témoignage capital sur le dernier héros de notre Histoire.

  • Il est entré dans la vie publique à dix-sept ans comme journaliste aux côtés de Clemenceau, en pleine affaire Dreyfus. Il fut un des ministres les plus redoutés de la IIIe République. Emprisonné sur ordre de Vichy, déporté à Buchenwald puis ramené en France et livré à la Milice, il a été assassiné dans la forêt de Fontainebleau à la veille de la libération de Paris. La vie de Georges Mandel (1885-1944) a croisé les grands événements et les heures sombres de notre siècle.
    Avec son élégance invariable, son humour glacial, ses reparties cinglantes, il a marqué la vie parlementaire de l'entre-deux-guerres et laissé un souvenir impérissable dans le Médoc où ses campagnes homériques sont demeurées légendaires. Cible désignée des antisémites, il leur opposa un mépris hautain sans jamais trahir sa blessure. Homme politique, il plaida vainement pour un renouveau du régime parlementaire. Ministre, il entreprit des réformes audacieuses, fut le précurseur de la télévision publique, puis l'organisateur d'une grande armée coloniale qui, bientôt, devait porter les couleurs de la France libre.
    Mais c'est sa lucidité sur les faiblesses de la politique extérieure française depuis 1920 qui donne une dimension prophétique à ses exhortations souvent taxées de bellicisme. Premier résistant à l'armistice de 1940, il en sera la première victime. Dès le 17 juin, le gouvernement de Pétain le fait arrêter, avant de l'abandonner, en 1942, aux autorités allemandes qui le remettront plus tard à ses assassins. De ce destin solitaire, pour la première fois une biographie exhaustive restitue les espérances et les incertitudes, les grandes heures et les moments tragiques, les tourments et la mémoire.
    Bertrand Favreau, avocat, ancien bâtonnier du barreau de Bordeaux, est l'auteur de Georges Mandel, un clémenciste en Gironde (1969).

  • S'il fallait d'un mot résumer ce qui anima tout au long de sa vie l'action du général de Gaulle, c'est évidemment " l'indépendance nationale "; c'est elle qui le révéla aux Français et aux autres nations de 1940 à 1946, c'est elle aussi qui le guida durant les onze années où il fut de nouveau en charge des destinées de la France. Le présent ouvrage constitue la première étude globale sur la politique étrangère de 1958 à 1969 et porte sur tous ses aspects: aussi bien sur les conceptions géopolitiques du Général que sur ses méthodes et sur les hommes qui mirent sa politique en oeuvre; sur les questions européennes comme sur l'affrontement Est/Ouest, sur les affaires nucléaires comme sur les relations avec le tiers-monde. Maurice Vaïsse s'appuie sur le dépouillement d'archives inédites _ françaises et étrangères _, sur des centaines d'ouvrages et des dizaines d'interviews d'acteurs et de témoins. En historien, il restitue toute sa vigueur à une politique servie par une volonté inflexible et dont les Français comme les pays étrangers ne purent à l'époque _ et pour cause _ saisir la profonde cohérence. Maurice Vaïsse, historien des relations internationales et des questions de défense, professeur à l'université de Reims, directeur du Centre d'études d'histoire de la défense (CEHD) et président du conseil scientifique de la fondation Charles-de-Gaulle, a publié entre autres ouvrages Diplomatie et Outil militaire, 1871-1991 (1992, en collaboration), Les Relations internationales depuis 1945 (5e édition, 1996), etc.

  • Député gaulliste à 33 ans et titulaire de plusieurs grands ministères, porte-parole du général de Gaulle pendant quelque quatre ans, Alain Peyrefitte a eu avec celui-ci, entre 1959 et 1969, trois centaines d'entretiens en tête à tête. Sans compter autant de Conseils des ministres, des dizaines de Conseils restreints, des rencontres avec des chefs d'Etat ou de gouvernement étrangers. Il a estimé qu'il était de son devoir de prendre note au jour le jour des propos tenus par le fondateur de la Ve République, pour les soustraire à l'oubli, en respectant non seulement leur teneur, mais aussi leur style et le ton des dialogues. Il s'était interdit jusqu'à présent de les publier. La transcription fidèle de ces notes produit un effet saisissant. Comme si le temps s'effaçait, le lecteur voit surgir, dans toute l'intensité de sa présence, un homme habité par une idée plus grande que lui. Nous entrons dan l'intimité du Général. Nous l'écoutons penser tout haut. C'est un de Gaulle en liberté, qui va beaucoup plus loin que dans ses textes officiels, et s'exprime avec une familiarité et une franchise surprenantes. Par la richesse et la diversité des révélations qu'il apporte, par le portrait intellectuel et moral qui s'en dégage, ce livre constitue un témoignage capital sur le dernier héros de notre Histoire.

  • Hubert Védrine, proche collaborateur de François Mitterrand pendant quatorze ans, conseiller diplomatique, porte-parole puis secrétaire général de l'Elysée, raconte et explique de l'intérieur comment le quatrième Président de la Ve République affronté et traversé, durant ses deux septennats, les formidables événements des années 1981-1995. Il fait revivre la bataille des euromissiles, la "guerre des étoiles", le terrorisme, le conflit du Golfe, la réunification allemande, la paix au Proche-Orient, le drame yougoslave, entre autres chapitres de cette histoire. Et, surtout, le passage d'un monde à l'autre, de la compétition Est/Ouest à l'effondrement de l'URSS et au triomphe de l'économie globale de marché.
    Dans les pas de Hubert Védrine, témoin de premier plan ou acteur, on suit la réflexion et la confrontation des grands décideurs de notre époque, on comprend le cheminement de leur pensée, leurs dilemmes, leurs oppositions, leurs convergences. On voit fonctionner les lieux et modes de pouvoir: sommets des Sept, conseils européens, déplacements présidentiels, conseils des ministres, conseils de défense, rencontres en tête-à-tête... On voit progresser l'interdépendance entre les Etats et les économies, le poids des médias. Les décisions capitales côtoient l'anecdote, les controverses revivent, les grands hommes et les grandes forces s'affrontent, tous sont replacés dans la perspective de l'histoire longue de notre pays et de ses relations avec le reste du monde.

    Livre de référence aussi passionnant qu'irremplaçable, précis, documenté, rigoureux, l'ouvrage de Hubert Védrine est la chronique politique et diplomatique d'une décennie et demie qui a vu basculer dans le passé le monde issu de 1945 et commencer celui où nous vivons aujourd'hui.

  • Guy Sorman a exploré les décombres du communisme, de Léningrad à Moscou, Budapest, Varsovie, Prague, Pékin et Shanghai. Il y a rencontré les puissants et les humbles, des intellectuels, des chefs d'entreprise, des ouvriers, des paysans; il les a interrogés pour pressentir quel monde nouveau allait surgir en Europe centrale, en Union soviétique et en Chine.
    Contrairement à ce que l'on voudrait croire en Occident, l'écroulement du " socialisme réel " ne conduit pas nécessairement à la démocratie et à l'économie de marché. Ces pays sont en proie au réveil des nationalismes, à la séduction des hommes providentiels, aux illusions d'un Etat fort. D'où la nécessité de leur proposer une méthode, afin que les solutions libérales l'emportent, autant que faire se peut, sur les tentations totalitaires.
    Guy Sorman, 46 ans, éditeur et journaliste, est en particulier l'auteur de La Solution libérale et de Les Vrais Penseurs de notre temps.

  • Au Kosovo, tout un peuple est entré en résistance contre l'oppression serbe. Une résistance politique et civique inspirée par un intellectuel formé à l'école de la non-violence, de l'universalité des droits et de la démocratie.
    Cet homme, ancien étudiant de Roland Barthes à Paris, s'appelle Ibrahim Rugova. Il apporte la preuve qu'il n'est pas vain d'agir pour que les nationalités qui aujourd'hui se déchirent dans les Balkans acceptent demain de vivre ensemble, qu'il est possible de défendre une cause nationale sans tomber dans le piège du nationalisme.
    La question du Kosovo est mal connue en France. C'est pourtant sur la reconquête de cette région autonome de l'ex-Yougoslavie, peuplée à 90% d'Albanais, que s'est articulée la politique expansionniste du leader serbe Slobodan Milosevic dont on a vu les applications en Croatie et en Bosnie.
    Le dossier qu'on lira ici a pour ambition d'informer et de sensibiliser à une cause qui est aussi la nôtre. Car si demain la résistance non violente échoue à canaliser l'attente de tout un peuple, c'est l'ensemble de la région (Albanie, Grèce, Turquie, Macédoine) qui risque de s'embraser et de réduire en cendres, aux marches cette fois de la CEE, les valeurs auxquelles nous sommes le plus attachés.
    Entretiens réalisés et présentés par Marie-Françoise Allain et Xavier Galmiche.

  • Ils ont moins de 18 ans, 13 ou 14 parfois. A l'âge difficile de l'adolescence, ils se retrouvent livrés à eux-mêmes, sans repères, sans limites, et leur premier acte de délinquance sonne souvent comme un appel au secours. Au bout de leur route, le tribunal pour enfants. Demain peut-être, la prison.
    Confrontés à un phénomène qu'ils ne parviennent pas à endiguer, les responsables politiques hésitent entre les bonnes intentions et la répression, les programmes de rénovation urbaine et l'envoi des compagnies républicaines de sécurité. D'un côté des mesures nécessaires mais inopérantes dans l'immédiat, de l'autre un discours et des pratiques sécuritaires qui radicalisent les antagonismes et hypothèquent tout projet de réinsertion.
    Comment en sortir?
    D'abord, en prenant l'exacte mesure du phénomène. Jean-Luc Einaudi, qui s'est occupé de mineurs délinquants pendant plus de dix ans, a sillonné la France afin d'en rendre compte au plus près des faits, tels qu'ils sont perçus par les différents acteurs: mineurs eux-mêmes, familles, voisins, juges des enfants, éducateurs, policiers, enseignants, etc. Autant de récits poignants recueillis dans les cités, les tribunaux, les prisons, les foyers, d'où il ressort que la délinquance des jeunes prend avant tout racine dans la déstructuration de la famille, l'abaissement de la fonction paternelle, l'absence de repères symboliques. En étudiant ensuite sur place le fonctionnement de l'appareil judiciaire, l'importance de la sanction, la mise en oeuvre des procédures d'accompagnement, l'application des peines de privation de liberté.
    En explorant enfin, à partir de l'expérience acquise par de nombreux acteurs de terrain, policiers ou éducateurs, magistrats ou assistantes sociales, les voies semées d'embûche de l'éducation des jeunes en perdition.

    Educateur à la Protection judiciaire de la jeunesse dans la région parisienne, Jean-Luc Einaudi est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont La Bataille de Paris: 17 octobre 1961 (Seuil, 1991).

  • De même que dans sa course le Rhône traverse le lac Léman sans s'y perdre, de même l'histoire du peuple juif traverse l'histoire du monde sans se confondre avec elle. En dépit de toutes les persécutions et de toutes les tentatives de carbonisation de la haine, ce peuple étrangement insoluble a reparu depuis quelque temps sur la terre promise à ses ancêtres, où les plus religieux de ses enfants vont et viennent par cinquante degrés à l'ombre avec le chapeau, la redingote et les bottes qui sont le prêt-à-porter du prêt-à-partir.

    " Ecoute Israël, lui dit l'auteur, tu n'as pas d'amis, tu n'en as jamais eu. A peine venais-tu de naître, il y a quatre mille ans, que tu étais déjà environné d'ennemis. " Pourquoi?

    Qu'est-ce donc que ce Juif, ce martyr intact qui revient périodiquement d'entre les morts pour accomplir ici-bas son indéchiffrable mission?

    C'est à cette question que ce livre s'efforce de répondre.

  • Depuis les débuts de la Ve République, l'Afrique noire a été l'objet d'une attention très particulière des hauts dirigeants français qui l'ont incluse dans leur " domaine réservé ", sous le contrôle tutélaire et direct de l'Elysée: du Secrétariat aux Affaires africaines et malgaches de Jacques Foccart, sous de Gaulle, jusqu'à ses équivalents actuels. Nombre d'" affaires " ont révélé, au fil des ans, le caractère trouble, aventureux et parfois compromettant des relations entre Paris et certains gouvernants de ses anciennes colonies. " Diamants ", barbouzes, mercenaires, putsches, safaris, sacres impériaux, votes des " Français de l'étranger ", affaires du S.A.C., financement des partis politiques, trafics d'influences, pots de vin et prébendes: l'accent fut alors souvent mis sur des cas de corruption, des excès de potentats locaux _ plus rarement sur les véritables intérêts en cause, les réseaux et groupes de pression, les jeux d'influences réciproques, l'intrication croissante de la politique franco-africaine des gouvernements successifs et de leurs préoccupations de politique intérieure... Un cas résume à lui seul toute l'ampleur et l'ambiguïté de ces relations d'" interdépendance ": le Gabon, petit émirat équatorial gorgé de pétrole et d'autres ressources stratégiques. La minutieuse enquête menée par Pierre Péan à partir de cette plaque-tournante des enjeux franco-africains révèle que certain néocolonialisme risque de n'être plus aujourd'hui à sens unique, et que la politique de Paris n'est pas à l'abri des pressions de lobbies ou de chantages aux renversements d'alliances... Chronique d'un quart de siècle de relations franco-africaines, ce livre ne constitue pas un mince chapitre de l'histoire secrète de la Ve République.

  • " Le Printemps de Pékin " de 1989 marque une brutale rupture: l'histoire de la Chine a paru alors aux Occidentaux prendre un tour odieux que peu d'entre eux imaginaient. Pourtant, comment ne pas repérer dans cette tragédie-là tous les ingrédients d'une constante tragédie chinoise? Et dans cette dernière, comment ne pas reconnaître un simple cas particulier _ mais significatif entre tous _ de l'universelle tragédie du tiers-monde? Cette tragédie au carré et au cube, même si elle semble sans précédent à l'observateur rapide, récapitule tous les facteurs de l'éternelle équation chinoise. Sans doute ceux-ci se retrouveront-ils longtemps dans les inévitables épisodes à venir d'un drame à rebondissements, qui bouleverse tour à tour bien des pays sous-développés et, par contrecoup, la planète entière. Le grand écrivain révolutionnaire Lu Xun, lui, ne se faisait pas d'illusions: " Pour les peuples attardés, il n'y a pas de raccourcis... Peuvent-ils se permettre la démocratie? "Le " Printemps de Pékin " a placé la Chine en face des terribles problèmes qui lui restent à résoudre. Lui en a-t-il donné la clef? Et si nous avions été victimes d'autant de "désinformation" à propos du drame chinois qu'à propos du drame roumain? Franz-Olivier Giesbert:" Alain Peyrefitte est le seul à avoir annoncé que le Printemps de Pékin se terminerait très mal... Quand l'Histoire est là, nous aussi, on doit faire preuve d'un peu plus de distance... " Alain Genestar:" Effectivement, quand Peyrefitte a dit: " Attention, vous allez voir, il va les reprendre en mains ", il était tout seul, j'étais de ceux qui disaient: " Il a une conception un peu XIXe siècle de la Chine. " Europe N° 1, (10 juin 1989).

  • Le secret est un des moyens importants de défense d'un Etat comme la France, au même titre que la détention de l'arme absolue. Au demeurant, la Bombe n'aurait pas de raison d'être si tout le monde la possédait. D'où le secret qui a longtemps entouré sa fabrication. Le secret protège donc les intérêts vitaux de la Nation, mais il ne sert pas qu'à cela. Toute une organisation complexe s'est constituée pour protéger les différentes sortes de secrets. Les règles de ce système sont elles-mêmes tenues secrètes, bien que la loi précise depuis 1978 que l'information du citoyen soit la règle, et le secret l'exception. L'Administration a en fait rédéfini et consolidé une forteresse à l'abri de laquelle elle a loisir de fonctionner selon ses propres lois, souvent en contradiction avec la Loi. Le secret justifié par la raison d'Etat _ qui, par définition, n'a pas elle-même à être argumentée _ permet toutes les illégalités: cambriolages, écoutes téléphoniques, interconnexions d'ordinateurs, décisions arbitraires de toute nature. Le système de protection du secret est une organisation fermée de la communication à l'intérieur de l'appareil d'Etat avec de nombreux réseaux protégés: téléphones, télex, valises, radios, etc. A l'intérieur de ces réseaux ne circulent pas seulement des secrets nécessaires à la défense du pays contre les menaces externes ou intérieures, mais bien d'autres secrets moins avouables... C'est sur les rouages de cette machinerie du secret d'Etat, sur ses règles, ses hommes, ses objectifs, ses méthodes, que porte la nouvelle enquête de Pierre Péan. Pierre Péan, journaliste, est notamment l'auteur chez Fayard d'Affaires africaines (100 000 ex.) et de V (l'affaire des avions renifleurs) (40 000 ex.).

  • Saviez-vous qu'en pleine Révolution française, les Anglais avaient envoyé une expédition de cinq voiliers et sept cents hommes dans l'Empire chinois, pour l'amener à "s'ouvrir" à eux ? Qu'ils entendaient, bien qu'ils ne fussent encore que huit millions, négocier fièrement d'égal à égal avec un pays qui en comptait déjà trois cent trente - le tiers de l'humanité ? Que la Chine, considérant qu'elle était "la seule civilisation sous le Ciel", repoussa brutalement toutes leurs demandes ? Qu'elle traita leurs envoyés comme des prisonniers de marque ? Qu'ils furent soumis - de Macao à la Tartarie, à travers les rites de la Cour et les surprises de la Ville, parmi les bureaucrates célestes et les missionnaires-otages - à un véritable voyage initiatique ? Que cette occasion historique fut un rendez-vous manqué ? C'est un double voyage initiatique que le lecteur fera en leur compagnie; au tréfonds de l'Empire du Milieu, enclos dans une perfection figée, mais aussi de l'Empire britannique, tendu dans son essor; vers l'identité de l'Extrême-Orient, comme vers celle de l'Extrême-Occident; vers l'essence du dirigisme et celle du libéralisme. La mission Macartney dans une Chine à son apogée fait retenir le heurt de deux cultures: la brillante civilisation chinoise, plus de quarante fois séculaire, et la jeune civilisation occidentale, emportée par les effets croisés des révolutions intellectuelle, scientifique, technologique, marchande, maritime, agronomique, industrielle, financière. Une seconde mission, en 1816, dirigée par lord Amherst, reçut un accueil encore plus humiliant. Pour accéder à la Chine, les Anglais décidèrent de recourir à la force: ce fut la peu honorable guerre de l'Opium. Une société raffinée s'effondrait sous le poids de son enfermement et de son immobilisme. Cet enchaînement dramatique jette une lumière nouvelle sur la double énigme du "développement" et du "sous-développement". A.P.

  • Lorsque Jean-Paul II a été élu, en 1978, personne ne savait que le communisme était près de sa fin.

    Dans ces conditions, l'élection d'un pape slave, né en Pologne, était une audace dont le caractère prophétique apparaît aujourd'hui à tous les yeux.

    Depuis, l'histoire a changé brusquement de direction. L'empire totalitaire de l'Est, que l'on croyait établi pour des siècles, est entré comme spontanément dans le chaos, et ne sait où le mène son destin.

    Quel regard ce pape, qui a mérité d'être appelé " le pape des droits de l'homme ", porte-t-il aujourd'hui sur ce monde où se mêlent, en parts égales, les raisons de craindre et d'espérer?

    Ce livre, qui fait suite à bien des entretiens avec Jean-Paul II, s'efforce de répondre à cette question.

  • Alors que le goulag soviétique fait partie de notre mémoire, on a oublié qu'il existe toujours en Chine un autre archipel, lieu tragique du XXe siècle par son ampleur, par son inexorable discipline, mais aussi parce que l'entreprise de " réforme de la pensée " visant à briser l'homme pour l'asservir au pouvoir y a poussé à son comble l'utopie totalitaire de Mao Tse-tung.

    Résultat de plus de dix ans de recherches, le livre de Jean-Luc Domenach met au jour les origines, les développements et la situation récente de ce gigantesque système pénitentiaire. S'appuyant sur des témoignages souvent inédits en Occident, sur des interviews de réfugiés et sur un historique précis de la répression communiste, il décrit la vie dans les prisons et les camps de travail où passèrent des dizaines de millions de Chinois.

    On y trouve ainsi des révélations sur la terreur des premières années (et par exemple l'aide fournie par des experts du goulag soviétique), sur l'effroyable famine de 1959-1962, ou encore sur la décomposition du système de contrôle depuis l'arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping.

    Au total, de la terreur utopique des premières années au règne des mafias carcérales, l'histoire de l'archipel est celle d'un immense échec, à la fois politique et humain, qui traduit l'évolution du communisme chinois.

    Jean-Luc Domenach est directeur du Centre d'Etudes et de Recherches Internationales et chargé de cours sur la Chine à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris.

  • " Le trafic des stupéfiants menace les institutions et les économies ", vient d'admettre un rapport des Nations unies. Du Triangle d'or à la Méditerranée, du Croissant d'or à l'Amérique latine, les narco-profits sont souvent le nerf de guerres civiles ou de rébellions tribales. Dans les pays du tiers monde, les cultures de pavot, de coca ou de cannabis sont le principal moyen de survie des minorités ethniques. En Colombie, au Pakistan, en Birmanie, en Thaïlande, les barons de la drogue tirent de formidables profits du trafic des stupéfiants. Palerme, Hong Kong, Medellin, Miami, carrefours des routes de l'héroïne ou de la cocaïne, sont aujourd'hui le quartier des grandes organisations criminelles et le haut lieu du blanchiment de l'argent de la drogue...

    C'est toute cette face cachée de la production et du trafic des drogues qu'éclaire cet ouvrage, où l'on voit que si les pouvoirs publics se mobilisent pour faire la guerre à la drogue, il leur arrive aussi de fermer les yeux dès que leurs intérêts sont en cause.

    Alain Labrousse est l'auteur de nombreux ouvrages sur l'Amérique latine et le coauteur de Coca Coke.

  • Sur le marché de l'avenir, les patrons font prime. Les financiers en cherchent pour leur confier leurs capitaux. L'Etat place en eux ses espoirs pour la croissance, l'innovation, l'emploi. Les salariés espèrent que le leur sera le bon. Les pays de l'Est nous en achèteraient bien quelques caisses...
    Mais, si l'on forme des managers, il n'y a pas d'écoles de patrons. Des autodidactes en deviennent d'excellents, alors que des bêtes à concours font faillite. En quoi consiste ce métier bizarre dont tout le monde, désormais, reconnaît la nécessité et qui suscite tant d'envies? Que se passe-t-il dans la tête d'un patron? Comment décide-t-il? Pourquoi certains sont meilleurs que d'autres? Font-ils tout cela pour l'argent, le pouvoir, ou par goût du sport?
    Ce livre est une réflexion illustrée de nombreux exemples où se mêlent l'expérience de l'auteur et une enquête approfondie que sa femme a menée avec lui auprès de dix grands patrons à la réussite incontestée. Il en ressort quelques découvertes, un certain nombre de " trucs ", pas mal d'étonnements... et un aveu: c'est vraiment bien d'être patron!
    Le Métier de Patron est le septième livre de J.L.S.S. La plupart de ses ouvrages traitent de l'action, de sa pratique et de son éthique.

    Jean-Louis Servan-Schreiber, 52 ans, est journaliste et patron de presse. En 1967, il a créé une entreprise qui est devenue le Groupe Expansion, le plus important en France dans l'information économique et financière. Depuis 1989, le Groupe a pris une dimension européenne avec des journaux dans huit pays. Perla Servan-Schreiber, 46 ans, est née au Maroc. Publiciste de formation (Droit Public, Sciences Po) elle a exercé le métier de publicitaire dans la presse féminine (Elle et Marie Claire)

  • Affligé d'une réputation suspecte _ en particulier à cause de sa passivité à la conférence de Munich où les démocraties abandonnèrent la Tchécoslovaquie _, Edouard Daladier, président du Conseil de la IIIe République à plusieurs reprises, ministre de la Guerre au cours des années cruciales qui ont précédé la Seconde Guerre mondiale, demeure pour beaucoup de nos contemporains un simple nom dans les ouvrages d'histoire. Ce qui est un peu court pour juger un homme et son action.

    La carrière de ce boursier de la République, fils d'un boulanger de Carpentras, agrégé d'histoire, profondément républicain et dirigeant éminent du Parti radical, a pourtant connu de multiples moments forts: le Cartel des gauches en 1924, le 6 février 1934, la constitution du Rassemblement de Front populaire, Munich, bien sûr, en septembre 1938, la déclaration de guerre, l'expédition de Norvège, l'inique procès de Riom intenté par Vichy pour le charger, avec quelques autres, de tous les péchés supposés avoir causé la défaite.

    Peut-être Daladier a-t-il été parfois écrasé par l'ampleur de ses tâches et de ses responsabilités gouvernementales, peut-être a-t-il mal supporté le caractère nécessairement solitaire de l'exercice du pouvoir dans des circonstances dramatiques, mais on ne peut dénier à cette figure complexe, énigmatique, secrète de grandes qualités intellectuelles et morales, une lucidité et une énergie manifestes. Son attitude de 1938 à 1940, en tant que président du Conseil et que responsable du réarmement, où ces qualités firent merveille en dépit d'oppositions jusque dans son propre gouvernement, le montre bien. Quand il dut abandonner le pouvoir (en mars 1940), il pouvait à juste titre considérer qu'il avait provoqué un sursaut spectaculaire dans la diplomatie, dans la préparation économique à la guerre, dans le réarmement et même dans les esprits. C'est aller un peu vite en besogne que de le rendre responsable de la défaite.

    S'appuyant sur un considérable travail d'archives en France et à l'étranger, et sur de très nombreux témoignages, Elisabeth du Réau éclaire voire modifie l'idée que l'on se fait du rôle de Daladier. Sans laisser ses faiblesses ou ses carences dans l'ombre, elle fait justice d'une légende noire que les faits et gestes de son personnage ne confirment pas.

    Elisabeth du Réau, spécialiste de l'étude des relations internationales, est professeur d'histoire contemporaine à l'université du Maine et enseigne également à l'Institut d'études politiques de Paris.

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