Erotisme

  • « Le trou du cul est plus nécessaire que les yeux ; car sans les yeux on peut vivre, mais sans trou au cul, ni vivre ni mourir. »
    Le plus grand poète espagnol du Siècle d'or, Francisco de Quevedo (1580-1645), est un satiriste de génie. Homme de cour sous Philippe II, il multiplie les provocations et tourne en dérision les travers de ses contemporains. Tombé en disgrâce, il profite sans doute de l'exil qui lui est imposé pour écrire ces Heurs et malheurs du trou du cul (1622-1623) d'inspiration rabelaisienne, dans une langue inventive. Jamais publié de son vivant, ce texte blasphématoire et scatologique circulait longtemps sous le manteau sans nom d'auteur.

  • Génie et alcoolique précoce, Musset livre l'essentiel de son oeuvre avant trente ans. Ensuite, il sombre. Son nom n'aurait probablement pas traversé deux siècles si, un beau jour de 1834, il n'avait décidé d'écrire une pièce de théâtre intitulée Lorenzaccio.
    Faites le test. Demandez autour de vous : « Musset ? » On ne vous répondra pas : « Qui ? » Ni même : « Quel ennui ! », mais : « Lorenzaccio ». Pourquoi un tel succès ? Parce que cette pièce écrite avec du sperme est d'un érotisme torride. Elle ne parle quasiment que de sexe et, quand elle ne parle pas de sexe, elle parle de sang, de violence, de fantômes au clair de lune et de la douceur de vivre perdue. Catherine Dufour nous emmène sur les traces moites de Lorenzo de Médicis tel que l'a rêvé Musset. Catherine Dufour est romancière, deux fois lauréate du Grand Prix de l'Imaginaire. Dernièrement elle a publié aux éditions Fayard le Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses et L'Histoire de France pour ceux qui n'aiment pas ça.

  • Le conte a pour unique but d'amuser; son mérite consiste dans la manière piquante ou naïve de raconter des faits qui n'ont aucun fondement réel.
    LAROUSSE DU XIXe SIECLE

  • Enfin une femme qui avoue ! Qui avoue quoi ? Ce dont les femmes se sont de tout temps défendues (mais jamais plus qu'aujourd'hui). Ce que les hommes de tout temps leur reprochaient : qu'elles ne cessent d'obéir à leur sang ; que tout est sexe en elles, et jusqu'à l'esprit. Qu'il faudrait sans cesse les nourrir, sans cesse les laver et les farder, sans cesse les battre. Qu'elles ont simplement besoin d'un bon maître, et qui se défie de sa bonté : car elles emploient à se faire aimer autant par d'autres tout l'entrain, la joie, le naturel qui leur vient de notre tendresse, sitôt qu'elle est déclarée. Bref, qu'il faut prendre un fouet quand on va les voir.Jean PaulhanO se dénude, O souffre, O adore. Histoire d'O est bien plus qu'un roman érotique. Souvent imité. Jamais égalé.Clara Dupont-Monod

  • J'étais démasquée. Alors, comme si c'était une chose entendue entre nous, je demandai :
    « Quand avez-vous compris que j'avais du goût pour mon genre ?
    A votre façon de détailler les clientes. Vous regardiez leurs fesses comme le font les hommes... Et, croyez-moi, je m'y connais. »

  • Elle s'appelle Amara et son histoire se passe aujourd'hui, un peu demain, à peine hier: après l'été de la grande canicule, les saisons de la grippe aviaire, dans un monde de fléaux et de chaos. Une idylle qui tourne au mélodrame sexuel: d'abord entre un homme de bien, dévoué à la communauté, et une jeune femme négligeable, faible d'esprit, mais dotée dans son corps d'une jouissive fatalité; puis entre cette femme-fontaine et un quarteron de soldats du feu.
    La matière narrative est ici celle des faits divers, des extraits de presse, des procès: tout, dans la réalité collective universelle où s'inscrit ce roman d'amour -car c'en est un! -, est traité tel quel: meurtres, accidents, viols, épidémies, et la psychiatrie pour faire disparaître tout ça, et les récits héroïques ou victimaires - c'est tout un! - pour le travestir.
    Le regard est celui d'un romancier à l'écriture minutieuse et hallucinée, celle, brute, des artistes qui ont choisi de renverser les limites du bon goût, des interdits moraux, et l'oppression du non-dit.
    Sicilien par son père et lyonnais par sa mère, Jean-Noël Schifano a dirigé de 1992 à 1998 l'Institut français de Naples. Il a traduit les grands auteurs italiens parmi lesquels Umberto Eco, Leonardo Sciascia, Alberto Savinio, Italo Svevo, Elsa Morante. Il a publié notamment, chez Gallimard, L'Education anatomique, Chroniques napolitaines, La Danse des ardents, Les Rendez-vous de Fausta.

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