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  •  "Le regard des gens qui apprenaient que j'allais en prison. Surprise, étonnement, compassion. " Vous êtes bien courageux d'aller là-bas !" Il n'y avait rien à répondre à cela. Le regard me désignait comme quelqu'un d'étrange, et presque, oui, presque, quelqu'un d'étranger. J'étais celui qui chaque semaine allait dans un autre monde; Je pensais alors au regard qui se pose sur celui qui dit : "Je sors de prison."Si moi, déjà, j'étais l'étranger, lui, qui était-il pour eux ?"

  • "Les ménagères de la middle class nous ont foutus dans la merde. On parle des prolétaires, des chômeurs, des sans-abri, des drogués, du quart-monde, des banlieues, on parle du Rmi, des fonds de pension, des financiers, des paradis fiscaux, du blanchiment d'argent, on envisage de surtaxer les revenus du capital, de prélever une dîme sur les transactions boursières, de relever l'impôt sur les grandes fortunes, on entend ça à longueur d'émissions politiques, à longueur de débats télévisés, mais les ménagères de la middle class et l'accentuation sournoise de leur taux d'épargne : absolument jamais. Est-il raisonnable de les laisser peser sur l'économie sans les contraindre ? Je pose la question. Et j'apporte la réponse. Droguons-les. Droguons les ménagères" Eric Reinhardt est né en 1965, il vit et travaille à Paris. Il a publié un roman, Demi-sommeil (Actes Sud. 1998). et un récit dans Onze (Grasset/Les Inrockuptibles, 1999).

  • Tout a commencé par un constat, une sensation, un sentiment. Le narrateur des mots étrangers qui ressemble à Vassilis Alexakis comme un frère s'est demandé s'il n'avait pas épuisé le sujet de ses allers-venues entre Paris et Athènes. Il s'est rendu compte que le trajet lui-même était devenu d'une banalité affligeante : plusieurs avions relient aujourd'hui les deux capitales et ils sont presque toujours pleins.
    Écrivain grec de langue française, Alexakis décide alors de découvrir une nouvelle langue : le sango parlé en Centrafrique. Idée absurde au demeurant. Quel besoin aurait-il d'une troisième langue, après plus de trente ans passés à apprivoiser le français et autant de difficultés à retrouver, après son installation à Paris, la maîtrise de sa langue maternelle. Alors il y a peut-être une raison, la raison secrète et cachée de ce roman singulier et universel : le désir, l'envie irrépressible de redevenir un petit garçon. La nostalgie de cette période de la vie où on ne sait pas encore parler.
    Découvrir le sango, c'est découvrir le monde, revisiter toute son existence, préparer peu à peu le voyage en Afrique, mais pas avant d'être compris et entendu dans cette langue inhabituelle. Comme il l'avoue lui-même, Alexakis a peut-être choisi d'apprendre une langue étrangère parce qu'il n'en connait probablement aucune.
    Les mots étrangers est le roman d'un pari insensé. Il raconte une histoire, mille histoires, mais le défi que lance l'auteur à ses lecteurs est l'un des plus fous jamais lancés : à la fin du livre, nous aurons appris nous aussi à écrire et à parler le sango.

  • « Toute ma vie, j´ai aimé, bu, mangé, fumé, ri, dormi, lu. De l´avoir si bien fait, on m´a blâmée de l´avoir trop fait. Je me suis bagarrée avec les hommes pendant plus de soixante ans. Je les ai aimés, épousés, maudits, délaissés. Je les ai adorés et détestés, mais jamais je n´ai pu m´en passer... La chaleur des hommes, qui m´a si bien enveloppée, ne fait que me rendre plus odieux ce grand froid qui avance. Il n´y a pas de bras assez puissants pour m´en préserver, dans la nuit qui vient. » Voici les derniers mots que Fosca laisse à sa petite-fille de coeur, Constance, dans une lettre testamentaire. À l´heure des derniers adieux, Constance se remémore les instants partagés avec cette femme délicieuse rencontrée par hasard à Venise trois ans auparavant. Quelques jours plus tôt, elles ont accompli un ultime voyage, une sorte de pèlerinage, de Paris à la cité des doges, au volant d´une Rolls. Entre la vieille femme indigne et la jeune femme sage et solitaire s´est tissée une amitié tendre et complice. D´hôtels fastueux en restaurants luxueux, de confidences en fous rires, chaque instant se savoure un verre de vin à la main. Tout au long du parcours, Fosca s´ouvre à coeur ouvert et évoque sans pudeur ni nostalgie son enfance, sa vie de riche héritière, ses amours, les hommes qui ont traversé sa vie, maris et amants... elle n´a rien oublié de la douceur de leur peau ou de la violence de leur regard. Se dessine alors le portrait d´une femme libre que l´amour a initiée au monde et qui farde élégamment les drames de sa vie. Au fil des souvenirs, la santé de Fosca décline, et le voyage se teinte d´amertume, jusqu´à la fin annoncée. À son retour, Constance découvre dans les affaires de sa « grand-mère » des lettres, des photos, un livre de recettes de cuisine, mais surtout un mystérieux carnet noir qui lui révèle une Fosca méconnue. Elle comprend que celle-ci lui a légué quelque chose de précieux. Et que toutes les réponses se trouvent en elle.

  • « Certaines personnes restent à l'intérieur de nous. Elles existent dans ce qu'on est, dans ce que nous faisons, dans la manière dont nous aimons. Par elles, nous avons une façon de nous inscrire au monde et une façon de nous en retirer. Elles nous absorbent ou nous révèlent. Elles sont "magnétiques ". Je crois que Diane a agi de cette manière-là dans ma vie. Je crois qu'elle m'a protégée de l'enfer, puisque je n'ai jamais cessé de suivre ses opposés. » Nina Bouraoui Le portrait de Marie, autoportrait en creux de l'auteur elle-même, l'été de ses seize ans, est un portrait sans concessions ni complaisance d'une adolescente dont l'enfance s'éloigne peu à peu. On la verra aborder sa première vie amoureuse. On la verra choisir, oser et exprimer ses amours plus belles, plus fortes, plus intenses, que celles des autres.
    Dans La vie heureuse, Nina Bouraoui nous plonge au coeur d'un univers singulier qui porte ses codes et ses coutumes, elle nous fait (re)vivre cette période de confusion extrême qui, malgré le tourbillon des amitiés et des rencontres, s'acccompagne d'une profonde solitude.
    Le roman cependant porte bien son titre, il s'agit de bonheur, de bonheur et de plaisir, le plaisir et la joie d'être sous la peau de ces êtres magnétiques. On n'a jamais écrit sur l'amour des filles avec tant de douceur et de violence mêlées. La vie heureuse est un livre de désir traversé par les musiques, les films et les modes des années 80 : Klaus Nomi est atteint du sida tandis que Sophie Marceau se dandine sur l'air de La Boum.

  • Lucas Lancry, quarante-deux ans, ingénieur chez EDF, se réveille sur un lit d'hôpital, les jambes et le bassin paralysés. Il travaillait sur des lignes à haute tension quand il s'est écrasé au sol avec sa nacelle, cinquante-huit mètres plus bas.De sa chambre de la Salpêtrière au centre de rééducation pour handicapés de Garches, les visites des parents et des amis, des médecins, des collègues et du « big boss » se succèdent, de scènes hilarantes en instants d'émotion... Prisonnier d'un corps qui n'obéit plus, Lucas veut être à nouveau un homme debout, dépasser le bruit de la chute et la douleur des deuils, retrouver sa place dans le paysage, comme les Indiens qui marchent « tels des seigneurs à 120 mètres du sol et qui chevauchent la foudre. »

  • "A mon sens seule ma foi chrétienne partagée avec quelques équipiers me permet de faire face à la grandeur d'une tâche démesurée. "Ensemble nous allons vers [Dieu], ensemble nous L'accueillons. Seul Son Amour, seul notre Amour nous permet d'avancer" Les textes de Guy Gilbert racontent le combat d'un homme confronté à une violence inouïe. Evoquant de nombreux sujets, des médias à la drogue, il enseigne à ces jeunes le moyen de s'en sortir mais surtout le langage de l'Amour.
    A tous ceux qui sont murés dans une solitude intèrieure, les paroles de Guy Gilbert apportent un formidable message d'espoir.

    Guy Gilbert est prêtre-éducateur. Il est l'auteur chez Stock de nombreux romans dont "Un prêtre chez les loubards" et "Passeurs de l'impossible".

  • « L'amour dans la vie des gens, des amis, de la famille, c'est ce que j'en ai vu, moi, l'année dernière, à un moment où j'étais très sensibilisée à ce sentiment, pour des raisons personnelles. Je me suis mise à regarder comment faisaient les autres, ce qu'ils voyaient comme solution pour moi, ou pour eux-mêmes. Et tous les soirs, je notais ce que j'avais vu ou entendu. Ou bien la pensée que ça m'inspirait. J'en recueillais des sentiments divers :
    Tantôt amusée : « Celui-ci : pas con, il ne pousse pas le catholicisme jusqu'à aimer tout le monde ».
    Tantôt surprise : « Ma gardienne, le courrier à la main : " Si on n'aimait que les gens qui nous aiment, qui commencerait ? ". » Hilare devant une certaine spontanéïté : « Celui à qui ça fait comme une marque de fabrique : - Moi, je ne dis jamais " Je t'aime ". », mais aussi navrée : « Il préférait penser qu'elle était une sorcière, plutôt que d'admettre que, tout bêtement, il avait été ensorcelé ». Furieuse de temps à autre : « Quand une histoire est impossible, ils pensent que ça n'est pas la peine de la vivre. En revanche, dans les livres ou les films, s'il n'y a pas cette impossibilité, ils trouvent aussitôt que l'histoire est ratée. » Lucide, parfois: « Une nuit, ça me réveille, la pensée que dans mon cas, l'expression " donnant, donnant " signifie juste que je donne deux fois. » Isolée, souvent : « Ils pensent que, comme je mets l'art au-dessus de tout, ça veut dire que je mets l'amour en dessous ».

  • C'est avec l'arrivée d'un étranger dans la grande maison de Seignes, un jour d'été étouffant, qu'Ignace, le narrateur, va comprendre peu à peu ce qui pèse tant sur sa famille. Else, sa jeune soeur, a disparu à Oszkina, en Pologne, trois ans auparavant. Que lui est-il arrivé ? Personne ne le sait, ou, plutôt, personne ne le dit. Depuis le jour où sa soeur jumelle a disparu, Maud s'est réfugiée dans un comportement inquiétant : elle s'enferme dans sa chambre, fugue, écrit des lettres à l'absente, ne parle pas. Quatorze ans plus tard, Ignace se rend en Pologne, à Oszkina, après avoir reçu une lettre qui le met sur la trace de sa soeur disparue. Après une longue enquête sur place, il retrouvera Else. Cinq ans vont passer, et c'est à Seignes, alors que la mère est en train de mourir, qu'enfin les événements s'expliqueront.

  • Fanfare se passe au théâtre, le temps d'une représentation des Liaisons dangereuses de Laclos. Le narrateur rentre d'un long séjour en Égypte où il était parti sur les traces d'un père disparu et c'est un frère qu'il retrouve, dont il ignorait jusqu'à l'existence.Spectateur critique et agacé par la mise en scène et le jeu des acteurs, il invective le reste du monde, et tout particulièrement M. qui l'a entraîné dans ce théâtre, M. qui n'est plus du tout important pour lui. Il revient sans cesse à la rencontre bouleversante de son frère dans le désert libyen, à la simplicité des gestes et des mots, et dénonce l'opulence sinistre, le grotesque des rites et des manies du monde dans lequel il a vécu. Tout le temps de la pièce, il hésitera entre rester ou partir. Dire ou ne pas dire, comme il a toujours hésité depuis son enfance. Choisir de faire autre chose que mimer sa vie en mimant les autres, saisir enfin la réalité, faire le geste qui permet de sortir de la boucle.

  • « Raoul Salvaing (1925-1987), mon père, entama, à l´âge de la retraite, plusieurs cahiers d´écolier, entreprenant tantôt d´y raconter l´histoire de ses parents ou de sa vie professionnelle, tantôt d´y exposer ses vues sur la démocratie, la femme au foyer, les syndicats, les immigrés, Dieu ou l´administration. La plupart de ces textes renoncent à eux-mêmes. J´en ai tiré cependant un élan d´où sont venus, jumeaux sans l´être, deux livres. Un roman, paru il y a peu, Casa. Et ce récit, où reprenant les pas zigzagants des miens de la Belle Époque à la nôtre, de la lointaine création de l´école publique à Larcat (Ariège) à la récente fermeture de la mine de charbon de Gardanne (Bouches-du-Rhône), j´éclaire à la fois et je creuse mon vertige. Vertige devant ces quelques destinées, à la fois banales et uniques. Vertige devant l´entrelacs d´événements et de rêves, d´horreurs et de routines, d´inventions et de ruines, où elles sont prises et qu´elles contribuent à tisser ce qu´on a coutume d´appeler l´Histoire. » François Salvaing

  • "Donc un principe et un conseil, Uccello. Le principe : revenir toujours au dernier indice. Avant que la trace ne soit perdue, il y a bien un petit quelque chose qui pourrait constituer un début de piste. En l'occurence le dernier indice concerne votre ami Pouchkine et non la femme qui est une abstraction pure. Il soupira. La femme est toujours une abstraction pure. Puis il s'épongea le front. Et le conseil, monsieur Stein ?"

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • - La cité du Lac d'Azur, Rachid, tu parles !
    - moi, je dis rien, Mouloud.
    - Pas de lac par d'azur, pas de cité. des renois, des rebeux, des céfrans, des keufs... rien que des tribus à l'envers.
    - Et l'en-trop-pologue...
    - Celle-là ! Suffit qu'elle débarque et nos petites vies de marionnettes deviennent la grande tragédie. Avec l'inceste, le crime, la bavure, la vengeance de la bavure, la veangeance de la vengeance ...
    - Et ça finit jamais ?
    - Ca peut finir. Un jour, les tours et les barres, elles en ont marre de se venger. Elles effacent les territoires et les tribus, elles font naître la Cité.
    - Et le lac ? Plus tard, Rachid, plus tard viendra le temps des bienveuillantes.
    - Tu lis trop de livres, Mouloud." Gilles Carpentier est né à Paris en 1950. Editeur et écrivain, il est l'auteur de cinq livres dont Les Manuscrits de la marmotte (Seuil, prix Fénéon 1984).

  • "Savoir prendre le métro est donné à tout le monde. Mais comprendre le métro est bien plus difficile. J'ignore si beaucoup de gens y parviennent. De tous les endroits que je fréquente quotidiennement, c'est celui qui m'a toujours laissé la plus curieurse impression de mystère. Sa pure fonctionnalité de transport en commun le rend obtus comme seuls savent l'être les objets utilitaires auxquels on n'a pas envie de penser quand on n'en a pas besoin. On n'y pense d'ailleurs pas non plus quand on s'en sert. L'esprit rivé sur ce qu'on va faire après avoir atteint sa destination. Pourtant, dans le métro, quand quelqu'un ne regarde personne et ne se sent pas regardé, dans la vacuité du temps mort à attendre la station à laquelle il doit descendre, le rapport qu'il entretient avc sa propre angoisse métaphysique, ce fond d'angoisse inextinguible qui subsiste quand tout va bien et qu'on a tout le temps qu'on peut souhaiter pour réfléchir, n'apparait jamais autant sur son visage. Il se passe dans le métro, tout au fond de chacun, quelque chose qui ne se passe nulle part ailleurs." Georges-Noël Jeandrieu est né dans l'Ain en 1942. Il a publié cinq romans. Autoportrait en usager du métro est son premier essai.

  • "Comment le tuer ? Tout est allé si vite. Il aurait fallu l'abattre avant de passer la porte. Je vous l'ai dit. Ce n'est qu'après l'étreinte que les choses ont pris du temps. Si j'avais pu prévoir que je l'aimerais autant que je l'aimais, oui, je l'aurais peut-être expédié par-dessus la rambarde du palier. M'enfuir à toutes jambes était aussi une solution. Je me souviens d'y avoir pensé pendant que l'ascenseur montait. Vincent habitait au cinquième étage. Mais je me suis dit qu'au point où nous en étions, partir serait ridicule. Ce n'était pas ce que je désirais. Quand nous sommes entrés chez lui, il s'agissait seulement d'avoir une expérience. J'étais curieux de savoir à quoi ressemblait l'amour entre deux hommes." Gilles Pétel est né en 1960. Il vit et travaille à Paris. La déposition est son quatrième roman.

  • Le narrateur, la quarantaine, est hospitalisé en urgence au CHU de Tours pour une maladie dont il ignorait jusqu'au nom : une dissection de la carotide. Dans ce qu'il nomme la « chambre des dormeurs », il observe et s'interroge sur ses voisins muets, agonisants, confronté pour la première fois à l'approche de la mort.
    Dans un demi-sommeil traversé par les visites et les conversations du personnel médical, affleurent les souvenirs des proches - Roland Topor ou Robert Malaval dont l'oeuvre ou la vie flirte avec la mort, les rencontres avec Francis Bacon -, les images et les silences de l'enfance : ce père inconnu entrevu une seule fois à l'âge de quatre ans, la mère qui « fait la belle à Paris », Franz et Émilienne, les parents adoptifs. Se croisent aussi dans cette nuit d'extrême souffrance deux femmes aimées, Dominique et Nabila, amours impossibles. D'autres visions, paysages, oeuvres de Giacometti ou de Goya lui apparaissent. Cette dure épreuve se révèle, en définitive, une quête d'identité et une longue interrogation sur l'homme et la mort.

  • « Ma relecture est terminée. Mon manuscrit a pris des couleurs : du rouge, du noir, du bleu, dont je me suis servi pour corriger. Il est devenu précieux, j'ai peur de le perdre dans le train du retour, ou je ne sais quoi. Je suis passé par des moments d'enthousiasme, de doute, de découragement quant à la valeur de ces pages, mais j'ai traversé aussi de longs temps neutres, de pur travail, de recherche obstinée d'un rythme, d'une couleur, d'une phrase juste, et plongé dans d'autres temps, profonds, douloureux, immobiles, où j'étais seulement face à moi-même. Je décide de laisser ces pages en l'état. Au terme des douze jours de travail consacrés à ce manuscrit, je choisis de le proposer tel quel à la publication, sous mon nom, et en y maquillant seulement les prénoms et les noms de celles ou ceux qui peuvent souhaiter n'être pas reconnus.
    Je ne sais pas raconte ma vie. Ou plutôt il tente, par le récit de ma vie, de répondre à la question : Comment parler de soi avec justesse ?
    Je ne sais pas est un récit, presque un roman. Ceux qui s'y rencontrent sont bien des personnages, des êtres imaginés, imaginaires : François T. n'est pas mon père réel, c'est mon père tel que je l'ai vécu et, aujourd'hui, le raconte et l'invente. Et si, au moment où j'ai écrit, il n'était pas mon père réel, il le sera moins encore à l'instant où mes lecteurs le découvriront et le réinventeront à leur tour, lui donnant peut-être le visage, la silhouette ou la voix de leur propre père. »Frédéric Teillard

  • Il célébrera son 65ème anniversaire le 11 avril prochain. Il n'a pas d'héritier connu. Pourtant, il a cent quarante-trois enfants. Le professeur Aloys Vonplatz est un célèbre savant franco-suisse né à Lisbonne en 1933. Il est le pionnier de l'insémination artificielle, de la fécondation in vitro et de manipulations bien plus aléatoires. Parce-qu'il a usurpé la place des maris donneurs, il est accusé d'être le père d'une multitude d'enfants...

  • Trois récits (Le Garrot, Lahore et Iris) sont rassemblés sous ce titre des Hautes oeuvres. Le troisième est inédit, les deux premiers publiés chez Lattès en 1977 et 1978 ont été remaniés et épurés par l'auteur.

  • Solange Brillat est une jeune femme de vingt-sept ans, célibataire, modeste employée dans un cabinet d'experts-comptables. Fille unique, elle rend régulièrement visite à ses parents dans le Massif Central. Solitaire, elle a peu d'amis et vit dans le souvenir d'une liaison amoureuse assez nonchalante. Un jour, elle reçoit des appels téléphoniques d'un mystérieux interlocuteur qui raccroche avant qu'elle ait pu répondre. Puis, par la poste, un article daté du 20 septembre 1973 relatant une fête de l'école où elle était enfant. Sur la photo, elle reconnaît son visage parmi celui de ses camarades. Intriguée, elle tente de savoir qui se cache derrière les chiffres qui apparaissent sur le cadran de son téléphone. Elle apprend par les renseignements que le numéro est celui d'une cabine téléphonique près du jardin du Luxembourg. Le malaise s'installe et l'inquiétude gagne le lecteur. De quelle machination Solange est-elle la victime ? Elle décide de retrouver l'inconnu qui la harcèle. Et sa vie va basculer.

  • Ce pourrait être une histoire d'amour presque banale : une jeune femme aime un homme plus âgé... Il y a bien sa célébrité qui complique un peu les choses, les regards des curieux à éviter, mais ce ne serait rien sans cette reine Claude arrogante qui régente sa vie et ses pensées. Il y a bien ces séjours romantiques à l'étranger et en province qui étourdissent, mais ce serait sans compter sur la présence de l'intruse. Partout, à tout instant. Alors, on rêve de l'assommer sous les lambris d'un palais florentin et lui faire endosser le titre de reine de Florence. De lui fracasser la tête contre un mur, rien que pour voir... On la rêve déchue, piétinée. Et, une fois à terre, on ferait un enfant qui aurait une maman et un papa. Décidément, il faudrait la réduire en bouillie, cette reine Claude, cette méchante tumeur au cerveau qui menace à chaque instant leur amour.
    Claire Castillon a 26 ans. L a reine Claude est son troisième roman, après Le Grenier (Anne Carrière, 2000) et Je prends racine (Anne Carrière, 2001).

  • Au moment où Éric la retrouve, Claire vit depuis deux mois au centre de ce terrain vague qu'elle nomme "les déserts". Elle porte une robe un peu sale, ses cheveux auraient besoin d'être lavés et les gens qui l'entourent lui ressemblent. Personne n'est là par hasard : tous ont été recrutés. Ils forment une communauté de gens remisés là parce qu'ils sont devenus "improductifs". Au cours du voyage de quelques jours qu'ils entreprennent tous les deux, Claire raconte à Éric sa lente dégradation. En quelques mois, elle dit avoir connu trois états, trois façons pour son corps de graviter dans l'espace : à l'automne, premier état, tout était parfait : Claire et son corps étaient en plein accord. Ce fut le temps des rencontres multiples, qui ne laissent pourtant que des souvenirs vagues. Les gens qu'elles voyaient dans le bar où elle travaillait ou lors des soirées où elle se rendait ne sont plus dans son souvenir qu'une seule et même silhouette. Depuis cinq ans, elle s'appelle Claire Vermont, parce que, c'est le plus probable, elle a épousé Marc Vermont, dont elle ne se rappelle pas grand-chose. Claire passa l'hiver seule ; dorénavant les rencontres, les gens, c'était fini. Ce fut le début de sa séparation d'avec son corps, l'hiver de l'angoisse. Elle devint une fille comme à côté des choses, proie idéale pour une secte. C'est à ce moment-là que Franck, le recruteur, est apparu. Puis vint le troisième état, celui des déserts, Claire n'a plus de corps du tout. C'est le temps de l'abnégation, de l'oubli radical de soi. Son corps flotte, insensible et inutile, et son esprit ressemble à une boule de coton hydrophile, vaporeuse, blanche, unie, molle. Mais le bruit de la voiture d'Éric venu la chercher la réveille : elle revoit tout, les trois états par lesquels elle est passée, les gens qu'elle a rencontrés, son mariage, Franck, dans un éblouissement lucide. En voyageant avec Éric, en vivant enfin pour quelqu'un, même un bref moment seulement, Claire retrouve l'ordre des choses, retrouve enfin sa forme, son centre de gravité et le voyage prend fin.
    Sybille Grimbert est né à Paris en 1967. Elle est attachée de presse dans la mode. Apres Birth days (StocK, 2000), Le Centre de gravité est son deuxième roman.
    Sybille Grimbert entremêle les récits de trois voyages : celui que Claire et Éric font ensemble, celui de Claire jusqu'aux déserts, celui d'Éric jusqu'à Claire. Sans psychologie, Sybille Grimbert nous plonge au coeur de la subjectivité absolue : on ne connaît le passé de Claire qu'à travers le prisme de ses souvenirs qui déforment les gens, les choses, les paysages, superposent les situations, tordent le temps. Ses longues phrases résonnent comme autant d'images réfractées. On aime reconnaître le son de Birth Days, la gravité en plus.

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