Seuil (réédition numérique FeniXX)

  • En finira-t-on jamais avec le prolétaire ? L'homme déraciné, aliéné, exploité, dont Marx annonçait la disparition dans la future cité communiste, hante toujours la société mondiale. L'homme dépossédé de lui-même, et au nom de qui toutes les révolutions du siècle ont eu lieu, n'a pas disparu, loin s'en faut. Il s'est multiplié au point que le monde entier - le tiers monde ! - se prolétarise sans cesse, au sens strict où l'entendait l'auteur du Capital. Jacques Ellul propose ici une analyse totalement subversive. D'une certaine manière, elle prend Marx au mot ! Le prolétariat, affirme-t-il, n'a pas été un produit du seul capitalisme, mais bien de la société industrielle elle-même. Ainsi, la révolution soviétique, la voie chinoise, tout comme l'évolution du tiers monde, aboutissent - au rebours de leurs intentions proclamées - à la création d'un immense prolétariat mondial. Toutes les révolutions ont échoué. Toutes, au-delà des discours et des idéologies, ont cédé à la fatalité industrielle et technicienne du capitalisme qu'elles entendaient combattre. Et pourtant, en ce début des années quatre-vingts, la première vraie révolution devient possible. Une extraordinaire conjonction de facteurs historiques - et technologiques - rend vraisemblable une rupture politique infiniment plus radicale que tout ce que les idéologies ont jusqu'alors envisagé. Pour quelles raisons ? À quelles conditions ? Serions-nous encore capables d'une véritable espérance révolutionnaire ?

  • La France, en ce début des années 80 - comme d'autres sociétés occidentales -, traverse un étrange passage à vide. Des individus, des groupes, les intellectuels eux-mêmes, paraissent se mettre en retrait du social et de l'idéologie. Derrière la cacophonie trompeuse de l'information, règne, en fait, un énorme silence. Comme une panne de la production de sens, une panne de toute transcendance. Le vide social, cette crise multiforme, n'est pas la fin de l'histoire, mais une sorte de ruse partagée confusément par tous, une manière de vivre en attendant. Mais en attendant quoi ? Quelle prodigieuse mutation ce vide prépare-t-il ? Quel est le lien entre cette crise de la société civile et de l'État, et les nouvelles pensées qui se cherchent autour de notions comme celles d'autonomie ou de système ? La société du vide d'Yves Barel est sans doute la première analyse en profondeur de ce qu'on appelle de manière trop simpliste la crise. Elle ouvre vers l'avenir des chemins encore largement inexplorés. Ce n'est pas si fréquent.

  • Aucun individu, aucun groupe et pas une société ne peuvent se passer - durablement - de produire du sens. Du sens, c'est-à-dire un horizon discernable, un système de références, un fondement quand ce n'est pas, plus modestement, une simple raison de vivre, de survivre et d'espérer. Ils s'y emploient donc et y parviennent, même quand, périodiquement, le défi, le déni ou le dépit veulent tuer ou exténuer le sens. Mais produire du sens fut sans doute, dans l'histoire, l'entreprise la plus difficile qui soit. Et elle le reste. Il s'agit d'unir ce que tout devrait opposer : le sens venu ou imposé de l'extérieur - la transcendance - et celui - immanence ou autoréférence - venu de l'intérieur. Cette question du sens hante aujourd'hui plus que jamais nos sociétés au ciel vide, nos groupes en panne de transcendance. Or, les Grecs, en leur temps, et en même temps qu'ils inventaient la politique - ce qui n'est pas un hasard -, ont créé la matrice vers laquelle maintenant encore nous retournons quand nous voulons créer du sens, ruser avec lui, apprendre même - provisoirement - à nous en passer. Comment les Grecs ont su résoudre cette question fondamentale, voilà ce que Yves Barel propose ici de raconter. Si ce livre était un roman ce serait un roman à clefs. Car c'est bien de nous, en cette fin du XXe siècle, qu'il est aussi question.

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