Littérature générale

  • Trop pauvre que je suis pour posséder un autre animal, du moins le Cheval d'Orgueil aura-t-il toujours une stalle dans mon écurie." Ainsi parlait à l'auteur, son petit-fils, l'humble paysan Alain Le Goff qui n'avait d'autre écurie que sa tête et d'autre terre que celle qu'il emportait malgré lui aux semelles de ses sabots de bois. "Quand on est pauvre, mon fils, il faut avoir de l'honneur. Les riches n'en ont pas besoin." Deux ancêtres de la famille, dit la tradition orale, ont été pendus par le duc de Chaulnes après la Révolte des Bonnets Rouges. Ils avaient dû écraser quelques pieds de marquis parce qu'ils ne pouvaient pas vraiment faire autrement. Au pays Bigouden, on ne redoute rien tant que la honte qu'on appelle "ar vez". Et l'honneur consiste à tenir et à faire respecter son rang, si humble soit-il. Tout le reste est supportable. L'auteur a été élevé dans ce sentiment. Avant d'apprendre le français et d'entrer dans la civilisation seconde qui est la sienne aujourd'hui, il a été éduqué en milieu bretonnant, dans une société qui vivait selon un code strictement établi. Il n'enseigne pas, il raconte minutieusement, paysannement, comment on vivait dans une "paroisse" bretonnante de l'extrême ouest armoricain au cours du premier demi-siècle. Il ne veut rien prouver, sinon que la véritable histoire des paysans reste à faire et qu'il est un peu tard pour l'entreprendre. Il affirme tranquillement que ceux qui jugent les paysans comme des êtres grossiers sont eux-mêmes des esprits sommaires et naïfs. Il ajoute que les hommes ou les régimes qui ont suscité des révoltes de paysans ont fait entrer ces derniers en jacquerie à force de mépriser leur culture. Alors le Cheval d'Orgueil a secoué furieusement sa crinière ! L'auteur n'est pas convaincu, en passant d'une civilisation à l'autre, d'avoir humainement gagné au change. Mais aujourd'hui, la grande question qui se pose est de savoir s'il existe encore des paysans, c'est-à-dire des hommes qui, avant d'être de leur temps, sont d'abord de quelque part où ils doivent se mettre à l'heure du temps qu'il fait.

  • Le témoignage saisissant, recueilli par Roland Vilella, du bagnard Albert Abolaza, " mémoire vivante " du bagne de Nosy Lava à Madagascar (définitivement fermé en 2010). A partir de son récit exceptionnel couvrant les trente dernières années du bagne et de celui des autres bagnards, Roland Vilella restitue la mémoire de ces hommes perdus, criminels, devenus victimes de leurs gardes. L'île de Nosy Lava, au nord-ouest de Madagascar, a abrité le dernier bagne du pays définitivement fermé en 2010. En 2004, malgré la sinistre réputation des lieux, Roland Vilella, un marin familier de ces eaux, débarque dans l'île que surplombe, inquiétante sentinelle de fer, un phare rouillé et sans âge. Il y fait la connaissance d'Albert Abolaza, un prisonnier hors du commun, condamné aux travaux forcés à perpétuité. Une forte amitié va lier les deux hommes. Mémoire vivante du bagne, Albert se fait le porte-parole de ses compagnons de misère, torturés et tués en toute impunité durant des années. A partir de ce témoignage exceptionnel couvrant les trente dernières années du bagne et de celui des autres bagnards, Roland Vilella restitue la mémoire de ces hommes perdus, criminels, devenus victimes de leurs gardes. Au fil des pages, de violences sanglantes en anecdotes poignantes, la parole des détenus que domine celle d'Albert se mêle à l'histoire de l'île et porte jusqu'à nous la voix bâillonnée du bagne de Nosy Lava. Une aventure et un témoignage uniques qui s'inscrivent dans la grande tradition de la collection Terre Humaine.

  • Jean-Marie Blas de Roblès nous invite à parcourir la Libye antique dans le sillage de Jean-Raimond Pacho, explorateur et homme de lettres du 19e siècle qui a redécouvert les ruines des civilisations antiques abandonnées. Un voyage qui nous conduit vers des sites archéologiques parmi les plus importants au monde tels Apollonia ou Leptis Magna. À observer les troubles qui agitent les tribus libyennes de 2016 et persistent, hélas, à maintenir dans le pays une anarchie politique et religieuse extrêmement nocive, on ne peut s'empêcher d'y reconnaître comme en miroir la Libye du tout début du XIXe siècle, celle que les premiers voyageurs occidentaux redécouvrirent, souvent au péril de leur vie, après plusieurs siècles d'effacement. Le niçois Jean-Raimond Pacho qui visita la Cyrénaïque de 1824 à 1825 est assurément le plus audacieux et le plus fiable d'entre eux. C'est dans son sillage que Jean-Marie Blas de Roblès nous invite à parcourir la Libye antique. Pacho, à la fois explorateur, archéologue et homme de lettres a parcouru seul le désert libyen et y a découvert les ruines des civilisations antiques abandonnées. Il a ainsi localisé des sites archéologiques tels Leptis Magna ou Apollonia qui comptent parmi les plus importants au monde. Son voyage lui aussi permis d'observer les moeurs et les langues des populations locales. Construit autour de larges extraits du Récit de voyage de Jean-Raimond Pacho (publié en 1827), que Jean-Marie Blas de Roblès commente et met en perspective, cet ouvrage nous conduit au coeur des racines grecques et carthaginoises de la Libye. Un texte littéraire à double voix, fidèle aux témoignages publiés dans la collection Terre Humaine.

  • Paru en 1911 pour la première fois, ce roman magistral sur la folie anticipe, avec génie, les mouvements antipsychiatriques. Sa réédition critique offre un regard neuf sur la trajectoire d'un psychiatre atypique qui, refusant d'enfermer ses patients dans des catégories médicales, les soigne par la sexualité et la musique.
    Face à la crise de la psychiatrie actuelle, sa réédition a paru nécessaire à Jean Malaurie, directeur de collection, à l'ethnopsychiatre Tobie Nathan et à Anouck Cape.
    Les libérés sont les Mémoires d'un aliéniste révolutionnaire. Conscient de la misère de la psychiatrie dans les années 1900 qui ose livrer les fous à une science sourde et aveugle, Ricciotto Canudo nous fait vivre, dans une écriture très moderne, le quotidien d'un hôpital antipsychiatrique, annonçant avec des accents visionnaires les années 1960 dont il est le précurseur ignoré.
    Dans ce phalanstère libertaire, où la sexualité et la musique participent aux pratiques thérapeutiques, s'engage une lutte de pouvoir entre le médecin aliéniste et son patient qui s'achèvera dramatiquement. Nous - les soi-disant bien portants - sommes esclaves de nos préjugés.
    Paru en 1911 pour la première fois, ce roman magistral sur la folie anticipe, avec génie, les mouvements antipsychiatriques. Sa réédition critique offre un regard neuf sur la trajectoire d'un psychiatre atypique qui, refusant d'enfermer ses patients dans des catégories médicales, les soigne par la sexualité et la musique.
    Face à la crise de la psychiatrie actuelle, sa réédition a paru nécessaire à Jean Malaurie, directeur de collection, à l'ethnopsychiatre Tobie Nathan et à Anouck Cape.

  • Terre Humaine a publié, avec résolution, quelques-uns des ouvrages essentiels sur le peuple juif de la Shoah.
    Y. L. Peretz est, sans le moindre doute, une des personnalités les plus singulières de la culture juive moderne de langue yiddish. Les Oubliés du shtetl nous emmène en terre yiddish nous faisant découvrir cette société méconnue, sans Etat et sans armée, totalement éradiquée par la terreur nazie.
    Un des grands mérites de ces chroniques, extrêmement vivantes, est de nous révéler que ces communautés n'étaient pas monolithiques mais traversées par des rivalités, expressions de combats d'idées dans une vitalité de parole. Nous rencontrons ainsi les descendants des " éclairantistes ", fils et filles des " Lumières " ou Haskala, juifs athées, s'opposant avec vigueur aux rabbins orthodoxes qui se tenaient à distance des cours hassidiques influencés par les cercles de kabbalistes et divisés eux-mêmes sur l'interprétation de la Torah. Les hassidim, malgré leur hauteur religieuse, ne s'interdisaient pas de dialoguer, voire de polémiquer avec ces " éclairantistes " anti-cléricaux qui prônaient souvent un athéisme intégral.
    Terre Humaine, dont on sait le combat en faveur des minorités, un des levains de l'Histoire, se devait de publier ces chroniques de grande valeur littéraire. Elles nous permettent de découvrir une culture de langue yiddish, imprégnée d'influences allemandes, polonaises et russes. Parallèlement, se révèle une histoire infiniment plus complexe de la Pologne et de l'Europe Centrale. De grands courants de pensée aussi essentiels, à replacer dans leur origine, que la psychanalyse ou l'anthropologie en sont directement issus. Le Bund, mouvement de socialisme ouvrier, est né de ces shtetl.
    Ces chroniques sont des scènes vues avec des descriptions inoubliables d'un humour juif légendaire. Ce livre essentiel est préfacé par Jean Malaurie ; il bénéficie des notes de Nathan Weinstock et d'autres spécialistes, de nombreuses illustrations ainsi que des photographies exceptionnelles de Roman Vishniac.
    Les Oubliés du shtetl est un livre rare, une petite encyclopédie de la société yiddish. Il participe à un devoir de mémoire, de réhabilitation et de justice.

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