Myriel

  • William Shakespeare

    Victor Hugo

    • Myriel
    • 7 Juillet 1905

    Commencé comme une biographie à mettre en préface à une nouvelle traduction des oeuvres de l'auteur anglais, William Shakespeare est une incarnation lumineuse du génie hugolien. Car le cadre restrictif de la préface a bien vite emprisonné la fougue de l'auteur des Misérables. A un tel auteur il fallait bien plus qu'une préface alors Hugo s'enflamme, Hugo s'emporte. Et sur plusieurs centaines pages le voilà partisan du romantisme et défenseur du génie de Shakespeare. Et l'emportement est fort !
    Pour l'incarner Hugo fait montre d'une érudition proprement effrayante. Il a tout lu de ce qui pourrait expliquer l'inspiration de Shakespeare. Et tout y passe des influences bibliques aux inspirations hellénistes de l'auteur d'Hamlet. Mais Shakespeare, c`est aussi un héritage, alors Hugo porte sa réflexion jusqu'à la critique des contempteurs du génie de Stratford-upon-Avon.
    William Shakespeare est ainsi bien plus qu'un simple livre. C'est une ode au génie shakespearien et à son humanisme. C'est aussi une défense remarquable d'un art nécessairement engagé et engageant. Hugo atteint des immensités stylistiques dans ce texte en forme d'éloge à l'adresse de ceux qui, comme Shakespeare, sont de « grands hommes » du simple agissement d'une plume sur du papier.

  • Assassin implacable, Jean-Baptiste Troppmann, est resté dans l'histoire pour avoir été l'un des pires meurtriers de la fin du XIXè siècle. En 1869, entre août et septembre, il met méthodiquement à mort toute une famille, les Kinck, afin de les dépouiller. Alternant entre furie et parfait contrôle ; Troppmann tua tout d'abord le père, puis de l'un des fils et enfin le reste de la famille. Sa forfaiture se clôt par un massacre à la sauvagerie confondante : en une nuit, il exécute puis enterre six personnes. Ce crime, atroce et épouvantable, révolta son temps : il fut un véritable bouleversement social.
    Ivan Tourgueniev, de passage à Paris début 1870, découvre la tragédie par l'une de ses connaissances. Lorsque Maxime Du Camp le convie à aller visiter le meurtrier dans sa cellule, avant d'assister à son exécution, Tourgueniev ne peut résister. Il est en cela à l'image du monde littéraire de cette époque, proprement fasciné par la folie de Troppmann.
    Il en ressort un récit glaçant et lumineux de l'exécution d'un homme, parfait plaidoyer contre les folies du genre humain. Il en ressort, tout autant, l'effarante description de ce qui put permettre à un homme médiocre de devenir une star. Car ce fut aussi ça le cas Troppmann : une folie collective et la starification d'un criminel.

  • Yvette

    Guy De Maupassant

    • Myriel
    • 1 Janvier 2014

    Ce recueil, Yvette, regroupe six nouvelles, toutes écrites sur le début de la décennie 1880 par Guy de Maupassant.
    La première de ces nouvelles, Yvette, a pour personnage principale une femme sur qui le destin s'acharne. Yvette est prioritairement une nouvelle sur le sort tragique des femmes dans la France de la fin du XIXème. C'est l'histoire d'une jeune fille qui toute sa jeunesse durant a vu sa mère, la pseudo marquise Obardi, se perdre dans les humiliations de sa situation de demi mondaine.
    En âge de séduire, Yvette comprend que son sort la voue, très certainement, au même métier que sa mère.
    Effrayée par un tel avenir, elle tente de se suicider, mais échoue à mourir.
    /> Cruel jusqu'au bout, le destin l'a fait alors atterrir entre les bras de Servigny, souteneur sans scrupule, qui avait des vues sur elle depuis longtemps déjà.
    Les autres nouvelles du recueil sont Le retour, L'abandonné, les idées du colonel, Promenade, Mohammed-Fripouille, Le garde, et Berthe.

  • Pièce maitresse, monument en maturité littéraire dans l'oeuvre de Trollope, Les tours de Barchester, est incontestablement le roman le plus abouti du cycle des Chroniques de Barsetshire. Maniant le particulier à des fins universelles, Trollope y raconte l'Angleterre rurale du premier XIXème siècle. Riche, dense, précis, exhaustif en détails, le style de Trollope y est confondant de réalisme. C'est une époque, toute une sociologie ou presque qu'il met à la description. Multipliant les intrigues pour nourrir une narration complexe, Trollope met essentiellement en scène une opposition dans ce livre.
    L'épouse du nouvel évêque, l'ambitieuse Miss Proudie, se rêve en régente. Entre intrigues et faux-semblants, elle fait tout pour faciliter l'avancement de son candidat pour l'investiture à venir au poste de directeur de l'Hospice de Hiram. Le chapelain, Mister Slope s'y oppose : s'en suivra une lutte subtile et discrète entre les deux protagonistes. Dans une Angleterre en plein enrichissement, une époque hypocrite, corrompue et conservatrice pour toile de fonds, cette lutte est bien plus qu'anodine. Trollope, maniant sous-entendus et ironie, y dénonce à merveille les tares morales de l'époque victorienne, montrée comme jamais dans toute sa violence contenue. C'est, in fine, ce qui fait des Tours de Barchester l'un des meilleurs romans anglais jamais écris.

  • Regards sur le monde actuel

    Paul Valery

    • Myriel
    • 1 Janvier 2019

    Il y a chez Paul Valéry une ambition de totalité que son Regards sur le monde actuel incarne à la perfection. Ce livre expose bien plus qu'une pensée, il illustre une démarche, comme une vocation ; le lire revient à mettre à jour l'essence même de son auteur.
    Poète, citoyen engagé, diplomate, professeur, théoricien ; il n'est rien que cette exceptionnelle intelligence n'osa aborder. Entre création et réflexion, esprit ambitieux voulant tout esthétiser, Valéry traversa le monde en esprit lucide, en chercheur de sens.
    La Politique nous guide par l'abus et l'Histoire est souveraine sur les questions touchant à notre devenir ; c'est fort de ces deux principes qu'il se lance dans la rédaction de Regards sur le monde actuel. En ressort un livre confondant de lucidité. Le grand théoricien comprend tout, il explique tout.
    Car le monde se fragilise, sous nos yeux qui ne voient rien ou si peu. Face à l'autoritarisme, d'évidence, la Démocratie ploie et ce sont nos libertés qui, immanquablement, fluctuent. L'Homme, dans le grand tourbillon, vacille et s'illusionne, forcément. Il prend pour intemporel ce qui ne l'est pas : pour vaincre ses fragilités, il s'ancre à de longs dérivants. Valéry ne voulut en rien faire acte de pessimisme avec ce texte, il voulut simplement prévenir.
    Son avertissement raisonne encore de nos erreurs, presque quatre-vingt-dix ans après sa formulation. Oui, les civilisations sont nos tombeaux !! Il est illusoire et vain de les croire intemporelles. L'Homme, créateur du fond intellectuel de ce monde, là est son bon côté, son honneur même, peut tout autant s'en montrer le destructeur.
    Et Valéry le sent tout autour de lui ce grand principe de destruction. Lorsqu'il écrit sa prémonition, l'Europe se croit Olympe. Elle a moins d'une décennie de bonheur devant elle.
    Et tout ça, Valéry le pressent...

  • Les carillons

    Charles Dickens

    • Myriel
    • 1 Janvier 2015

    Conteur de génie, écrivain aux talents profus, Dickens a investi tous les genres littéraires. Entre 1843 et 1848, il s'attèle, chaque année, à la rédaction d'un récit de Noël. Les Carillons sont ceux-là !! Loin de la simple fable, bien plus qu'allégorie littéraire qu'inspire l'esprit de Noël, Les carillons sont dénonciateurs, comme toujours chez Dickens. Lorsque paraît ce livre, Dickens, alors âgé de trente-deux ans, est déjà fort de plusieurs oeuvres fondamentales : Oliver Twist, les aventures de M. Pickwick, Le magasin d'antiquités, Nicolas Nickelby, Barnaby Rudge,.... Les carillons n'en seront que plus habilement engagés et savamment écrits.
    Dickens entend nous montrer que Noel est bien autre chose que la grande foire commerciale auquel l'esprit mercantile du grand siècle anglais l'abaisse. Là est, à coup sûr, l'évidente actualité de ce texte ; dans cette idée voulant que l'esprit de Noel aujourd'hui se meurt. Alors Dickens tranche : pour retrouver l'esprit de Noel, c'est vers la gaité des fêtes traditionnelles qu'il faut se retourner, le « petit peuple » continuant d'y voir ce bel instant de partage à l'entraide réconfortante.
    Les carillons sont une ode à l'espoir qu'inspire l'esprit de Noel. On nous y narre le quotidien d'un vieux porteur intègre. Toujours là, sous le beffroi lugubre d'une église londonienne, l'homme y patiente, dans l'angoisse, parfois l'espoir : il y attend le travail, l'attention, l'empathie des autres. Texte de combat narrant la dure existence d'un homme qu'on ne voit pas, Les carillons sont une apologie du besoin en justice que réclame l'inhumaine société d'alors. Il s'agit ici, pour le grand écrivain, d'affirmer le bienfondé d'un droit minimum, celui des pauvres ; Dickens n'en finissant jamais de plaider pour leur pleine et entière dignité.

  • Le premier malheur

    Claude Lestimov

    • Myriel
    • 16 Février 2021

    Blanca avait toute la vie devant elle, mais il devait revenir au destin de briser net toutes ces promesses de bonheur. Le soir de sa mort, Blanca avait prévu de prendre du bon temps avec Zoé, sa meilleure amie. C'était l'été, tout le monde semblait heureux, il n'y avait pas franchement lieu de s'inquiéter. Blanca, trop sûre d'elle, n'avait même pas pensé prévenir son frère qu'elle s'absentait pour la soirée au moment de partir. C'était soir de demi-finale de coupe du monde et Enrique, trop concentré sur le match, n'avait d'yeux que pour sa passion. Puis, toute façon, Vincente était en train de lui parler lorsque Blanca avait quitté en catimini l'appartement.
    Zoé, elle en était sûre, serait bientôt là. Elles la tenaient leur bonne soirée : au Delcool, le café du bout de la rue, on avait réservé la salle aux personnes qui détestent le foot, comme elles. Dans son dernier message, Zoé prévenait qu'elle n'en avait plus que pour une poignée de minutes. Blanca l'avait crue et pour la faire venir, elle préféra pénétrer dans le café. En commençant à boire, qui sait, peut-être que le temps passerait plus vite pour elle.
    Et le tueur de Blanca, me direz-vous. Eh bien, tout se précisait pour lui au moment d'aller parler à Blanca. Sa bonne excuse il la tenait. Avec une proie comme Blanca, toute façon, pas besoin de trop se creuser la tête. Il n'avait qu'à faire comme d'habitude et le tour était joué. Surtout que Zoé avait menti à Blanca et cette dernière commençait à le comprendre. Zoé n'était pas à une poignée de minutes du Delcool lorsqu'elle avait envoyé son dernier message. Elle était bien plus loin que ça. Pour dire la vérité, à cet instant, Zoé commençait tout juste à entrer dans le métro de porte de Choisy. Le temps d'arriver et l'affreux crime aurait lieu. Pas même un sourire ou un dernier mot à échanger avec Blanca pour Zoé !! Il était trop tard pour ça, car ce que vit Zoé en arrivant au rendez-vous ce fut la longue rangée des voitures de police et de pompiers.
    Court roman, texte énigmatique et poignant, Le premier malheur interroge nos destinées. Sommes-nous pour de vrai condamnés à l'inéluctable ? Car parmi tous ces petits gestes, dans le nombre infini de nos décisions de chaque instant, qu'aurions-nous dû changer pour que le malheur rate sa cible ?
    La preuve ? Est-il si certain que ce soir-là, Blanca était condamnée à mourir ? Car, après tout, sommes-nous si sûrs d'avoir trouvé la bonne personne lorsque nous accusons celui que l'évidence désigne comme étant l'assassin ?
    Par esprit de vérité, parce que l'amour d'un frère est ce qu'il y a de plus puissant, Enrique va devoir se poser toutes ces questions. Partez donc à sa suite, suivez point par point sa longue confession, et vous aussi vous finirez par découvrir l'atroce vérité du crime de Blanca Forlan.
    Le premier malheur est la troisième parution de Claude Lestimov aux éditions Myriel. Il signe avec ce roman, sa première contribution à la collection Myriel noir.

  • Contes sur l'Amour

    Dimitri Merejkovski

    • Myriel
    • 16 Février 2021

    Conteur hors pair, Merejkovski nous plonge, au travers de ces deux nouvelles, en plein Quattrocento italien. Nouvelle sur la force des sentiments en butte aux conventions et aux arrangements, L'amour plus fort que la mort est une merveille de subtilité. Contre son gré, Ginevra, jeune femme de la petite bourgeoisie, orpheline de père, et totalement sous la coupe de son oncle Matéo, se trouve dans l'obligation d'épouser Francesco Degli Agolanti, secrétaire près de la République de Florence.
    Avec ce mariage, c'est toute la famille Almieri qui s'apprête à entrer dans le grand monde florentin, en réponse au sacrifice de Ginevra qui parviendra, tout de même, à s'extirper du piège de la plus invraisemblable des façons.
    Tout autre ou presque est la seconde nouvelle de ce recueil. Avec La science de l'Amour, Merejkovski livre une ode à la fidélité entre époux. Au travers de cette nouvelle, l'auteur russe nous invite à continuer d'aimer les êtres qui nous sont chers et qui partagent notre vie. Messer Fabricio, professeur érudit de l'université de Bologne rencontre un jour un élève particulier, Bucciolio, à qui il prétend pouvoir enseigner la science de l'Amour. S'en suivra un savoureux quiproquo mettant au supplice nos deux prétentieux. Très ironique, comme l'atteste son titre, cette nouvelle nous instruit et nous avertit. Elle nous prévient qu'il nous faut craindre nos vantardises. Vouloir ériger l'Amour en science est forcément aléatoire et prétentieux, car l'Amour est avant toute chose une chance, un privilège tenant à nos inclinaisons, sans raison à donner pour tout ça.
    Dimitri Merejkovski, sublime et méticuleux, maître en symbolisme et touchant de réalisme, livre avec ses Contes sur l'Amour, deux nouvelles bouleversantes.

  • La sentence inverse

    Gregory Vuibout

    • Myriel
    • 16 Février 2021

    Rien ne semble distinguer Charlotte en ce début de soirée de septembre et pourtant elle s'apprête à commettre un geste insensé. Préoccupée, la peur lui tenant le corps, elle ne voit pas l'homme qui de loin la suit et la suspecte. Lui, c'est Douglas, une pauvre âme en perdition. Il a un grand plaisir Douglas, c'est de suivre les femmes seules, de sentir son désir monter, la peur qui vient à les surprendre lorsqu'elles le remarquent excitant toujours plus l'instinct prédateur de ce fou aux apparences trompeuses.
    À chaque fois le rituel est le même : sa proie repérée, il lui emboite le pas puis il fait taire les quelques voix qui le condamnent. Il sait que sa conscience cède vite et que cet excès de réserve va bientôt se taire. Mais ce soir est décidément spécial, car cette jolie rousse a des charmes qui le forcent à toutes les audaces.
    Dès qu'il le peut, il engage la conversation avec Charlotte et sans rien n'y comprendre l'ennemi devient étrangement complice. Les points communs sont multiples entre eux et que dire de cette étrange entente qu'ils se découvrent à mesure que le bus les transporte. Ce qui avait commencé comme une tragédie se transforme en une belle histoire unissant deux êtres à l'abandon. Mais ce n'est là qu'une douce supercherie, car Douglas sait ce que vient de faire Charlotte. Tout à l'heure, il était là, au loin, jouissant de sa surveillance malaise, quand elle était entrée dans l'immeuble. Les coups de feu, il les a entendus depuis la rue, puis il se souvient de l'inquiétante prudence avec laquelle Charlotte avait quitté l'immeuble, comme un criminel fuit sa victime.
    Charlotte, s'abandonnant, trouvera-t-elle la force de tout lui raconter pendant cette longue nuit d'errance vers laquelle ils partent. Et lui, comment expliquera-t-il qu'il en connaisse autant sur elle sans se trahir ? Entre le paumé au grand coeur et sa proie, fille à la dérive, va s'engager un troublant jeu de confessions. Mais déjà le terrible danger qui fond sur eux se précise. Rien ne survivra au sortir de cette longue nuit glaçante.
    La sentence inverse est la quatrième parution de Grégory Vuibout aux éditions Myriel.

  • Questions de méthode

    Jean Jaures

    • Myriel
    • 1 Janvier 2019

    On ne présente plus guère l'oeuvre politique et militante de Jean Jaurès. Mais, concernant son oeuvre intellectuelle, force est de constater que sa profusion la rend complexe à connaître dans son ensemble. Et pourtant, quelques grands textes de l'ancien député du Tarn contiennent à eux seuls l'essentiel de sa pensée. Questions de méthode est au rang de ces textes qui en une demi-centaine de pages exposent les conclusions de toute une oeuvre.
    Questions de méthode pose les principes du combat jauressien pour l'instauration d'une République socialiste. Pour cela, Jaurès y convoque ses grands ainés. Il y ferraille avec les présocialistes, les républicains du premier XIXe siècle et bien sûr avec les révolutionnaires de 1789. Il entend s'avouer leur héritier. Pour son grand projet socialiste, Jaurès démontre qu'il est indispensable d'interroger la pertinence de ce qu'ils nous ont laissé. Car nombre de leurs espérances n'ont pas encore trouvé à se réaliser. Le Socialisme, lui, s'y emploiera.
    Si deux méthodes s'affrontent dans le corps de son argumentaire, c'est évidemment que toutes ces affirmations viennent à l'encontre de l'héritage marxiste. Car pour Jaurès, le diagnostic est posé. Il est tranchant et sans appel. Marx et Engels, et par ricochet ceux s'en réclamant, ont tort pour tout ce qui touche à la question de l'héritage révolutionnaire. Si l'avenir du Socialisme est une question de méthode pour lui, c'est parce qu'il faut refuser Marx sur cette question.
    Questions de méthode, c'est un peu l'anti Manifeste du Parti communiste. C'est un texte de combat et un appel. Par et pour lui, Jaurès vise un Socialisme soucieux de démocratie. Il pense que le progrès social peut passer par la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen.
    Avec ce texte, Jean Jaurès fonde la Social-démocratie. Il pense par avance le Socialisme des siècles d'après. Question de méthode frappe l'âme. C'est un texte exceptionnel de modernité et de prévenance.

  • Les ex-hommes

    Maxime Gorki

    • Myriel
    • 12 Janvier 2018

    Enfant pauvre, être sensible parmi les déclassés, Gorki doit toute son ascension à ses formidables dons d'autodidacte. Tout d'abord journaliste, il rentre très tôt en littérature et en militance. Son oeuvre sera engagée, c'est très vite une évidence pour lui. Il ne peut y avoir d'autre Littérature que la Littérature en prise avec les souffrances de son époque.
    C'est fort de ces principes que Gorki s'imposera comme l'un des précurseurs du réalisme socialiste. Compagnon précoce des premiers bolchéviques ; Gorki subira l'exil, la torture, les prisons en réponse à ses convictions.
    Auteur prolixe, Gorki laissa une oeuvre profuse et fertile, essentiellement soucieuse de dénonciation et d'engagement. En atteste Les ex-hommes, nouvelle sur les bas-fonds et les injustices de la Russie en prise avec un tsarisme finissant.
    Gorki y dépeint le quotidien touchant et rude d'une bande de déclassés refaisant le monde, niant l'injustice et le mépris par l'imaginaire. Il y a là Tapia, le maître d'école, le Regaton, le diacre Tarass ou encore Nokei Amissimov. Humanité réduite, ces hommes ont chacun une fonction. Leurs défauts font la joie des autres, leurs qualités organisent la solidarité. Entre entraide et perdition, chacun se raconte. La vie que l'on conte aux autres fait élévation, elle est une leçon. Alexei Smitov, lui, fut garde-forestier avant dans arriver là ; Martianov connut même les hauteurs de la société avant ces bas-fonds. Dans sa vie d'avant, Martianov fut inspecteur des prisons. Il était un homme à l'époque, on le considérait. Il y avait comme de l'estime dans le regard des gens à son passage. Lors d'une discussion avec Sontsev, Martianov s'en fait la remarque de cette estime perdue. Fut un temps où tous ces parias furent hommes. À présent qu'ils ne sont plus rien, ils sont des ex-hommes.
    Dans cette nouvelle touchante, Gorki relate la vie poignante de ces déclassés pleins d'humanité.

  • Tout ou presque a été dit du Tolstoï militant mais notre connaissance intime de ses combats reste encore terriblement imparfaite. Tolstoï eut tellement de rage et d'emportements qu'une simple énumération de tous ses engagements parait impossible. Pacifiste, amoureux des beautés de la nature, homme féru d'égalité et d'éducation, esprit rationnel, être mystique, père, mari ; les vies de Tolstoï ont été multiples.
    Mais que savons-nous réellement de son refus militaire et de ses convictions religieuses ? Très peu de choses à vrai dire. Car chez Tolstoï, tout fait sens. Les chemins de sa révolte ne cessent à chaque fois de se rejoindre. Si ce monde l'effraie, c'est par son militarisme forcené. De même, s'il voit dans la société monarchique une évidente injustice, c'est parce qu'elle classe les hommes et qu'elle les humilie. Et à chaque fois que la révolte se lève, qui envoie-t-on pour tenir cet affreux système en place ? Eh bien, les militaires !! Chez Tolstoï, le militarisme, c'est ce qui rend l'injustice politique pérenne, c'est ce qui la sauve du peuple en colère. Ce sont les

  • On connaît tout de l'oeuvre romanesque et épistolaire de George Sand. Son engagement féministe et sa participation à l'histoire des femmes sont également très connus. Mais ce serait oublier un autre engagement très fort de la romancière : ses convictions socialistes. Début 1848, lorsque la Monarchie de Juillet vacille déjà, Sand nourrit l'espoir d'un socialisme enfin porté au pouvoir. Lorsqu'éclate la révolution de Février, elle pressent que le grand moment est enfin arrivé. Pour Sand, il y a là une chance historique pour la France, pour les femmes et pour le peuple, bref pour l'humanité entière.
    Militante convaincue, femme d'action, Sand décide alors de prendre faits et causes pour la révolution de Février. Elle fonde un journal : La Cause du peuple. Il sera son don à l'Histoire ainsi qu'un point de ralliement, par-delà même les siècles, pour tous ceux rêvant d'émancipation des foules. La Cause du peuple est tout entier voué à la défense du Socialisme et à l'éducation des masses. Dans ses colonnes, Sand écrit encore et encore tout ce qu'elle espère pour l'avenir.
    En atteste, ces deux lettres écrites pour encenser la révolution, le peuple, l'humanité et la démocratie. Ces textes sont aujourd'hui indispensables à lire pour comprendre une grande partie de l'oeuvre de Sand.

  • Joseph Fouché

    Stefan Zweig

    • Myriel
    • 1 Janvier 2019

    Tout a été dit ou presque sur Stefan Zweig le novelliste et grand témoin de son temps. L'histoire de la littérature a su faire une place importante au grand auteur autrichien. Ses dons de conteur furent si appréciés de son vivant que certains allèrent jusqu'à regretter que le natif de Vienne n'ait pas eu l'envie de pousser plus loin ses dons de romancier. C'est que Zweig fut engagé sur bien des fronts stylistiques pour pouvoir exceller dans tout ce que son énorme talent lui offrait comme possibilités.
    Parmi ces autres genres dont se peuplent sa grande oeuvre, il y les biographies. Féru d'histoire, de lecture et d'actualité, Zweig ne pouvait passer à côté des grandes figures du temps d'avant. Un écrivain guida, c'est certain, Zweig vers tant de considération pour la discipline historique : c'est Balzac. Dans l'introduction qu'il consacre ici à Joseph Fouché, Zweig fait allusion à sa dette vis-à-vis du grand écrivain français. À le lire, seul Balzac sut comprendre avant tout le monde l'étrange beauté de Fouché. Car il y a tout dans la carrière de l'ancien oratorien. Il y a le dépassement d'une éducation première qui le vouait aux questions religieuses ; il y a l'arrivisme, comme beaucoup d'hommes de son temps d'ailleurs et il y a l'envie de faire l'Histoire à tout prix. Fouché, c'est bien plus qu'un Rastignac si on en reste à l'univers balzacien. Car Rastignac ne fut en rien le crime ou la mise à mort. Fouché, lui, n'hésita jamais à tuer, quitte à se raviser et à tout faire pour, finalement, s'en dépêtrer par la ruse ou le reniement de ses crimes.
    Fils d'esclavagiste finissant par promouvoir l'abolition en 1794 ; élève des oratoriens devenu bruleur d'église pendant les pires heures de la Révolution. Missionnaire de la République à la violence inouïe, ministre de la Police criminel, grand commis de l'État comploteur contre qui l'embauche, ancien révolutionnaire finissant sa vie en homme anobli. Fouché fut tout ça. Il fut essentiel à l'histoire française des années révolutionnaires et impériales. Il fallait bien l'immense talent d'un écrivain comme Zweig pour nous raconter cette vie hors du commun.

  • Essentielle à la compréhension du XVIIe siècle, La Fronde demeure un évènement politique complexe à étudier. Pourtant, Voltaire, tout à la rédaction du siècle de Louis XIV n'hésita pas à relever le défi. En une économie de mots, conteur fabuleux d'intelligence et d'érudition, Voltaire cerne tous les tenants et aboutissants de la grande révolte nobiliaire que connût la régence d'Anne d'Autriche.
    Les rapports de pouvoir, les attentes de la noblesse, l'intelligence manoeuvrière de Mazarin, les trahisons des uns, les espoirs bafoués des autres, les périls ayant traumatisé le jeune roi, le tableau des idées, des écrits, des croyances que le grand évènement engendra ; Voltaire brasse tout pour son oeuvre d'historien. Entre littérature et réflexion, son idéal politique du despotisme éclairé toujours à portée de démonstration, Voltaire écrit sur un autre siècle pour mieux penser le sien. En ressort un livre exceptionnel, sans conteste l'un des plus aboutis à avoir été écrit sur la question. En ressort un classique, tout simplement.

  • La bataille de la vie

    Charles Dickens

    • Myriel
    • 10 Juillet 1905

    Conte de Noël parmi les plus célèbres de Charles Dickens, La bataille de la vie est à la croisée des genres. Conte, histoire d'amour, récit caractérisant une époque, La bataille de la vie voit s'exprimer tout le génie dickensien. En peu de mots, le temps d'un simple conte, Dickens y restitue une époque, une ambiance, celle des périodes de Noël de l'ère victorienne.
    L'action se déroule dans un village anglais, célèbre endroit d'une grande bataille militaire passée, où s'affrontent les différents membres d'une famille. Il y a là deux soeurs, Marion et Grâce ; leur père, médecin et notable local ; la domesticité, Clémency et M. Bretagne, que rejoignent deux juristes, souvent accompagnés de leurs femmes, les couples Snitchey et Craggs. Ce décor humain posé ; Dickens met en scène une belle histoire d'amour que le passage du temps viendra régler, lorsque Marion, disparue, réapparaitra afin de tout expliquer à sa soeur Grâce du beau sacrifice auquel elle voua son existence pour le bonheur de toute sa parenté.
    Cruel, lumineux de lucidité, auteur magnifiquement fort, Dickens offre avec La bataille de Noël l'un de ses textes les plus célèbres.

  • Nuit de rancunes

    Maud Le Gazan

    • Myriel
    • 10 Juillet 1905

    L'homme qui était venu jusqu'à elle ce soir-là, près du casino, avait tout de l'homme parfait pour qu'Antoinette en reste là. Grand, brun, terriblement discret, il a tout pour lui plaire. Il s'appelle Philippe et depuis qu'ils se sont parlé, Antoinette le cherche partout où elle se figure sa présence.
    Il est comme un fantôme que seul son esprit aperçoit : elle se l'imagine, mais jamais elle ne le rencontre. Quand elle pense à lui, elle se dit qu'il ne peut pas l'avoir oubliée. Entre eux, cette nuit-là, lorsqu'ils parlaient, plus rien d'autre n'existait. Ils sont faits l'un pour l'autre, ça Antoinette en est sûre. Et pourtant, il ne fait rien pour se rapprocher d'elle.
    Pourquoi cherche-t-il à la fuir ? Est-ce à cause de ce qu'elle a pu lui dire ? Antoinette parfois en devient presque folle de toutes ces questions. Elle n'ose se dire qu'il n'y eut qu'elle qui crut vivre un beau moment passé au contact de l'autre.
    Lui mentait-il lorsqu'il disait être célibataire ? Ou alors, il s'agit juste pour lui, de protéger l'enfant avec qui elle croit l'avoir vu ? Pour Antoinette, nul doute : cet enfant doit être son fils. Si tel est sa décision, elle sait qu'il pourrait devenir son propre fils à elle tant elle l'aime déjà cet enfant.
    Nouvelle relatant une errance, court texte se jouant des pudeurs de ses héros, Nuit de rancunes nous parle au coeur. C'est l'histoire de ces amours déçus que la trahison finit par rendre douloureux. Maud Le gazan livre ici une nouvelle à la maturité confondante.

  • Dans l'effervescence prérévolutionnaire, Condorcet fit paraître Sentiments d'un républicain. Lui, homme aux talents multiples, tour à tour mathématicien, haut fonctionnaire, acteur primordial du débat politique pendant le ministère Turgot, philosophe et libelliste, livre avec Sentiments d'un républicain son point de vue sur les Etat-Généraux à venir. Noble, progressiste, féru des Lumières, bien que conservateur, lui qui craint que l'envie de réforme n'aille trop loin, exprime avec ce texte ses craintes, ses espoirs et ses attentes. Prophétique, érudit, lucide, ambitieux et convainquant en diable, Condorcet fait montre avec ce texte d'un sens politique hors-norme. À bien des égards, Sentiments d'un républicain est un texte révolutionnaire, c'est ce qui se fit de plus annonciateur de la Révolution que nombre des contemporains du génial marquis sentaient poindre.

  • Fenêtre sur l'hier

    Renaud Erlich

    • Myriel
    • 9 Juillet 1905

    Pour quelle raison Patrice Caudal s'intéresse-t-il tant à la discussion arrivant depuis le bas de sa fenêtre ? Réveillé à contre coeur, bougon de cette situation, Patrice part rejoindre la fenêtre pour très vite se rendre compte que ce cette discussion le force à de douloureux souvenirs. Solitaire, nostalgique, homme hanté par de douloureux secrets, Patrice tire prétexte de ce qu'il entend pour enfin se donner la chance de savoir ce qui arriva à toute sa famille un jour d'été 2001.
    Nouvelle empreint de tristesse, texte fort en émotion, Fenêtre sur l'hier a tout à voir avec l'affreux supplice que le destin réserve aux survivants. Renaud Erlich livre ici une nouvelle confondante d'émotions.

  • Engagé à partir de 1656 dans une Apologie de la religion chrétienne, Pascal voit son état de santé brusquement se dégrader moins de trois ans après. Homme encore jeune, il n'a pas même trente-sept ans lorsqu'ainsi la maladie soudainement se rappelle à lui, homme à qui il ne reste que trois ans à vivre, la mort le fauchant à trente-neuf ans, Pascal adresse de douloureuses prières à Dieu en 1659 sur son lit de souffrance. Dans Prières pour demander à Dieu le bon usage des maladies s'engage un dialogue profond et bouleversant entre Dieu et sa création, entre un homme à l'état de misère, et Dieu s'en cachant, ne s'en comprenant qu'impossiblement.
    Loin du Pascal s'essayant à l'apologie, à la démonstration du bon sens, du salutaire pari à tenter concernant ses questions de foi, loin du polémiste en théologie, défenseur d'une doctrine, courageux avocat de la cause janséniste, il se montre chrétien frêle dans Prières pour demander à Dieu le bon usage des maladies. Ses prières rejoignent l'infini ; elles tâchent, pourquoi pas, de trouver sens à la douleur, de s'expliquer le bienfondé de ce qui ne se comprend pas, se rêvant apte du fait de pouvoir tout comprendre de la vie à laquelle nous destine Dieu.
    Texte touchant, texte bouleversant, Prières pour demander à Dieu le bon usage des maladies est ce qui compte de plus intime à lire du grand projet en apologie et explication que Blaise Pascal engagea.

  • Jeanne d'Arc

    Alphonse de Lamartine

    • Myriel
    • 9 Juillet 1905

    À la confluence entre littérature, histoire diplomatie et engagement politique, Lamartine a cultivé l'ambivalence des vocations. En atteste cette biographie de Jeanne d'Arc, texte court, écrit engagé à la cause d'une défense, pour qu'existe une apologie de qui fut La Pucelle.
    Féru, exhaustif, passionné, Lamartine a tout lu, tout compulsé de ce qui s'est déjà écrit sur Jeanne d'Arc. Il cherche à lui rendre justice, à la défendre, pour qu'enfin s'opère le nécessaire travail de mémoire. Par cette biographie, Lamartine réhabilite une sainte à venir, il encense le croyant en ses supériorités. Il fait d'une jeune femme un modèle en dignité d'âme, le parfait genre humain incarné qu'achèvent d'autres hommes. Entre eux et Jeanne, un monde, un univers même, la distance infinie séparant l'exceptionnel en destinée du simple exécutant des petites ambitions. De ça Lamartine nous en convint, avec maestria. Ce qu'il démontre c'est qu'entre elle et eux, il n'y a place pour aucune comparaison qui vaille. Elle fut géante, elle fut aimée et convaincue de sa mission supérieure ; Dieu lui parlant ; ils furent traîtres, lâches, assassins, versatiles par trop de petits calculs. L'histoire de Jeanne tonne son terrible verdict pour Lamartine : à l'écouter, il y a dans cette courte vie l'incommensurable en beauté qu'achève la bassesse. Il y a dans ces dix-neuf années de vie tant de grandeurs que s'en montrer redevable, illuminé même, confine à la plus évidente des nécessités.

  • Comptant au rang des grands récits de Noël de l'oeuvre de Dickens, L'homme hanté et le marché du fantôme fait merveilleusement philosophie. Un homme, M. Redlaw, chimiste de profession, homme peu avenant, être un brin acariâtre, une souffrance ancienne le rongeant, reçoit, un soir de Noël, la visite d'un fantôme. «?Pouvoir à toi, lui dit ce dernier, d'effacer de ta mémoire tout ce qui te fait souffrir?». M. Redlaw cède, le fantôme, double de lui-même, lui permet alors d'étendre pareille amnésie à qui Redlaw voudra.
    Le terrible piège s'enclenche?!!
    Car à mesure que M. Redlaw diffuse son pouvoir, il assiste à la transformation des gens. Épargnés par la nostalgie, privés des enseignements que leurs blessures d'hier permettent, ceux que Redlaw sauve deviennent dès lors incapables à la moindre compassion?; ces hommes sans souffrance apprise se comportent comme des monstres d'inhumanité.
    Seule exception à tout cela : une pauvre femme, bonté d'âme incarnée, qui ne changera rien de sa personnalité bienveillante et pleine d'amour, une fois le sortilège de M. Redlaw l'ayant frappée.
    Dickens, dénonciateur, comme toujours, écrivain engagé, cela va de soi, met ici en scène une galerie de personnages nous donnant à voir la société victorienne dans toute sa diversité : Redlaw croise, en effet, des miséreux, de pauvres femmes, des enfants sacrifiés, des bourgeois éhontés, et jusqu'à un étudiant désargenté.
    Prenant place dans un Londres enneigé, que Dickens nous conte à merveille, L'homme hanté et le marché du fantôme repose sur une formidable intuition. Disant tout des enseignements de la mémoire visant à nous humaniser, nouvelle servant à l'apologie de notre gentillesse conquise, L'homme hanté et le marché du fantôme anticipe d'un très gros demi-siècle les conclusions de la psychanalyse.
    Noël, période de l'année qui se consacre aux dons, à la compassion, ne s'en trouve ici que mieux expliquée, dans ce qui en fonde la raison d'être, ajouterions-nous.

  • Qui est-il?

    Maud Le Gazan

    • Myriel
    • 9 Juillet 1905

    Qu'arriva-t-il à Cyrielle pour qu'elle s'effondre ainsi, sans connaissance ni mémoire, un matin d'août en Bretagne ? Cyrielle, femme indépendante, femme qui, jusqu'à présent, avait pris le parti de la résistance au mal n'aurait pu anticiper l'affront terrible qui, finalement, la clouera au lit.
    Hospitalisée, voilà qu'elle ne cesse de recevoir la visite d'un homme dont elle ne connaît rien. C'est lui qui, elle en est sûre, pourrait bien être responsable de beaucoup des choses qui l'affligent ; c'est lui, là encore, qui se débrouille pour qu'on la laisse là, seule, isolée, dans cette chambre d'hôpital où lui seul vient faire ses visites.
    Court roman contant une intrigue complexe ; réflexions les affres de la perte d'identité, sur tout ce qui trouble une femme rendue sans mémoire, sans rien de bien rassurant du décor humain peuplant son réveil, Qui est-il ? dresse le terrifiant procès d'une imposture : celle d'un homme qui pensait l'amour éternel.

  • Ameera

    Rudyard Kipling

    • Myriel
    • 8 Juillet 1905

    Passionné d'ailleurs, homme revendiquant sa mixité, conteur sublime des beautés du Raj ; comme peu en furent, Kipling ne fut en aucun cas un simple apologiste de l'Impérialisme ou de l'optimisme européens du XIXe siècle finissant.
    Sincère, lucide, complexe en ambigüités, son oeuvre raconte bien plus qu'un exotisme : elle sut, à maintes reprises, se faire maîtresse en subtilité. Preuve en est Ameera ; nouvelle éponyme, et jusque là inédite en, français, sur le destin d'une femme-enfant achetée à sa propre mère par un fonctionnaire britannique, Holden.
    Dénonçant les cruautés de l'Histoire coloniale, les injustices du sort pour ceux qui se nomment « les pauvres en destinée », Ameera c'est d'abord l'histoire d'un improbable amour entre un fonctionnaire et sa femme esclave ; la venue au monde d'un enfant se chargeant, bientôt, de conjointement les sauver ; avant que ne s'abatte sur eux l'inadmissible. Sur fond de racisme, de catastrophes naturelles et d'épidémie de choléra, Ameera est une nouvelle d'une rare intensité émotionnelle.

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