La découverte

  • Pourquoi les affaires politico-financières ont-elles attendu le début des années quatre-vingt-dix pour connaître enfin des lendemains judiciaires ? Dans les années quatre-vingt, des enquêtes journalistiques avaient permis de faire éclater les affaires Luchaire et de la Tour BP, mais leur simple révélation n'avait pu, à elle seule, entraîner les développements que connaîtront celles d'Alcatel, de l'Office des HLM de Paris ou Schuller-Maréchal. Il a fallu, pour cela, qu'elles trouvent un véritable écho dans le monde judiciaire. L'histoire du bras de fer qui s'est alors produit entre juges et politiques, sous le regard courroucé des citoyens, restait à faire. C'est l'analyse de cet affrontement, vu de l'intérieur de l'institution judiciaire et dont l'issue est aujourd'hui encore incertaine, que propose ce livre. À la méthode franche et brutale du gouvernement socialiste pour se débarrasser de l'affaire Urba, a succédé depuis 1993 un maillage plus subtil, moins visible mais tout aussi coercitif, pour « tenir » la justice : cette évolution vers une discrétion obligée, malgré les entorses observées dans les affaires Tibéri, révèle bien la gêne progressive d'un pouvoir politique confronté à sa perte de crédit. Dans le même temps, la fracture qui s'est produite chez les juges s'est accentuée : d'un côté, certains continuent à accepter l'organisation napoléonienne et militaire d'une institution fondée sur la hiérarchie et la carrière ; de l'autre, des magistrats, souvent bien éloignés de l'image de « justiciers » qu'on leur accole, cherchent simplement à appliquer la loi, pour tous et sans entrave. Pour les auteurs, cette situation peut aboutir à un rééquilibrage de nos institutions, permettant de restaurer l'égalité entre les citoyens et faisant enfin de la corruption une délinquance ordinaire.

  • Les engagements des travailleurs sociaux sont cependant mis à mal par la restriction des moyens dont ils disposent. Comment expliquer la pérennité des vocations et la persistance des investissements ? Comment font-ils pour tenir ? Tel est l'objet de ce livre, fruit d'une enquête ethnographique de longue durée.
    En dépit d'une faible reconnaissance scientifique et de rétributions économiques moyennes, le travail social, aujourd'hui accusé de favoriser l'assistanat, continue d'attirer de nouvelles recrues. Venir en aide, insérer socialement, diminuer les souffrances, agir sur leurs causes, sinon changer le monde, restent des objectifs mobilisateurs. Les engagements des travailleurs sociaux sont cependant mis à mal par la restriction des moyens dont ils disposent.
    Comment expliquer la pérennité des vocations et la persistance des investissements ? Comment font-ils pour tenir ? Tel est l'objet de ce livre, fruit d'une enquête ethnographique de longue durée. Prenant au sérieux les pratiques, même les plus triviales, elle a mis en évidence les différents modes de présentation qu'adoptent les travailleurs sociaux et les registres qu'ils mobilisent pour rendre compte de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font. Elle a conduit à dégager trois pôles : les travailleurs sociaux cliniques trouvent leur énergie dans l'atténuation de la souffrance des usagers, les travailleurs sociaux militants dans le travail politique qu'ils entreprennent et les travailleurs sociaux normatifs dans la sensibilisation au respect des règles, perçu comme facteur d'intégration.
    Parce que le sens attribué à l'engagement est sans cesse questionné et parce que le désenchantement les guette, le livre montre les ajustements et réajustements qui ponctuent leur carrière et influent sur leurs " raisons d'être ".

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Transformation d'anciens logements ouvriers et de quartiers à l'image dévalorisée en lieux désirables, engagement dans la vie sociale locale : les gentrifieurs (classes moyennes déclassées, nommés indistinctement " bobos ") travaillent au reclassement des lieux mais aussi à la consolidation de leur propre trajectoire sociale - à " rester bourgeois ". À partir d'enquêtes menées à Montreuil et à la Croix-Rousse, Anaïs Collet montre les ressorts sociaux à l'oeuvre derrière ces mutations urbaines.
    Les anciens faubourgs populaires sont à la mode. Population, boutiques, prix des logements, réputation : tout change dans ces quartiers autrefois ouvriers des grandes villes françaises. La pression immobilière y joue un rôle central et les politiques urbaines, bien souvent, l'accompagnent ; mais ce sont des habitants qui, au jour le jour et à leur échelle, transforment ces lieux. Ce livre leur est consacré et entend montrer, à partir d'enquêtes menées à Montreuil-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis et à la Croix-Rousse, à Lyon, les ressorts sociaux qui se cachent derrière les mutations urbaines.
    Disputer des usines désaffectées à des marchands de biens ou des entrepreneurs chinois, transformer un pavillon de banlieue en " vieille maison pleine de charme ", se constituer un groupe d'amis-voisins ou travailler à rendre les écoles fréquentables, implique un fort investissement humain et financier ; mais cela procure aussi des bénéfices symboliques et économiques appréciables lorsque le statut social n'est plus garanti. En transformant d'anciens espaces ouvriers à l'image dévalorisée en lieux désirables, les gentrifieurs - ceux que la presse nomme les " bobos " - travaillent à reclasser ces lieux mais aussi à consolider leur propre trajectoire sociale, bref, à " rester bourgeois ".

  • Deux ans à peine, et c'est déjà un nouveau monde. Depuis la chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989, Pologne, Hongrie, Tchécoslovaquie, Bulgarie, Roumanie ont rejoint progressivement le camp des démocraties. L'économie de marché et son cortège de lois nouvelles, de pratiques sociales inconnues, ouvre des horizons inespérés à des entrepreneurs, des artistes, des intellectuels, mais laisse amers les nostalgiques du passé et les exclus de la "nouvelle donne". Envoyé spécial permanent de Radio-France en Europe centrale depuis 1989, Jacques Expert brosse dans ce livre les portraits d'une cinquantaine de "gens de l'Est", humbles ou puissants, opportunistes ou militants. Du sans-abri de Budapest aux bergers millionnaires de Roumanie, en passant par l'ex-Premier ministre bulgare, ou les militants anti-avortement polonais, ces témoignages composent une passionnante mosaïque. Partout où l'auteur a posé son regard, le lecteur découvrira des Européens inconnus, des personnalités attachantes, des histoires inattendues, des douleurs inachevées et de formidables bonheurs. Les plaies béantes du communisme ne sont pas encore refermées que déjà d'autres s'ouvrent. Portraits, visages, rires et larmes, victoires et craintes. La vie explose à l'Est.

  • Force est de le constater : on a pu, dans la France de l'après-68, tuer impunément des Arabes. Souvent traité par la justice comme un "accident du travail" ou de la circulation, l'arabicide a bénéficié d'une jurisprudence de fait le transformant en simple délit. Cause première des révoltes des "Beurs", puis de l'embrasement des banlieues, la banalisation des arabicides est l'aspect le plus dur de la "question de l'immigration". Il fallait enquêter sur ces "gestes obscurs", qui jettent une lumière crue sur la société française, les extraire de la chronique lassante et répétitive des faits divers, pour leur donner un statut. En reconstituant cette longue série de meurtres d'Arabes - plus de deux cents en vingt ans - Fausto Giudice a cherché à en élucider les ressorts, les suites, et les implications. La chronique commence en 1971, avec le meurtre du jeune Algérien Djilali Ben Ali à la Goutte-d'Or. Elle s'achève près d'Angoulême, par la mort commune de Mustapha Assouana, jeune Français musulman et Mohamed Daoudi, jeune Marocain, en 1991. Entre ces deux dates, se déroule une dramaturgie aux nombreux acteurs, reconstituée par l'auteur. Comment et pourquoi l'arabicide s'est-il à ce point banalisé ? Fausto Giudice propose une réponse : la Ve République repose sur un crime fondateur, l'arabicide de masse, commis tout au long de la guerre d'Algérie, jusque dans les rues de Paris. Ses auteurs - et ses responsables - ont bénéficié d'une impunité totale, par le jeu des amnisties. Ce fut là le plus formidable encouragement à répéter - en temps de paix, sur une échelle réduite - ce que militaires, policiers et "simples particuliers" avaient fait en temps de guerre.

  • Journaliste à Antenne 2, Noël Mamère n'accepte pas la détérioration brutale du paysage audiovisuel français, victime de la dictature de l'audimat. Convaincu qu'une autre télévision, indépendante et créative, est possible, il a choisi de le dire dans ce livre, qui est, d'abord, une enquête en profondeur dans les coulisses de la télé d'aujourd'hui. Ce sont, en effet, ses principaux acteurs qu'il a rencontrés : producteurs et réalisateurs, journalistes, responsables des programmes, publicitaires. On découvrira ainsi les témoignages de Jacques Antoine, Marie-France Brière, Hervé Brusini, Dominique Cantien, Pierre Desgraupes, Pascal Josèphe, Bruno Masure, Anne Sinclair, et de bien d'autres encore. Mais on y trouvera aussi le regard que portent, sur notre PAF en folie, des sociologues comme Roland Cayrol, Jean-Louis Missika et Alain Touraine, ou des journalistes étrangers comme Edward Behr et Pierre Salinger. Grâce à cette enquête, et en s'appuyant sur son expérience personnelle, Noël Mamère lève le voile sur des secrets bien cachés : le plagiat pur et simple d'émissions américaines, la mafia des jeux télévisés ou les étranges faiblesses du recrutement des journalistes. Et il propose aussi une réflexion en profondeur sur les rapports entre la classe politique et les membres de la grande famille cathodique, qui pose le problème de la place d'un média aussi envahissant dans notre système démocratique. Un document qui passionnera tous les téléspectateurs soucieux de comprendre comment s'est opérée la normalisation de leur petit écran, et de savoir comment cela peut changer.

  • Afin que nous ne pleurions plus pour ces yeux-là... Ces yeux-là : ceux de la petite Mariana Zaffaroni, et ceux des centaines d'enfants dont la dictature argentine avait fait des disparus. Enlevés en même temps que leurs parents, ou voués à naître dans les camps de détention clandestins où leur mère était sequestrée, on les a longtemps crus morts, impitoyablement éliminés comme les adultes. Seules leurs grands-mères ont gardé l'espoir acharné de les retrouver un jour vivants. C'est l'histoire du combat exemplaire de ces grands-mères de fer que retrace ce livre bouleversant. Un combat qui dure encore aujourd'hui, et qui leur a permis de retrouver la trace d'une cinquantaine de ces petits disparus : ils avaient été adoptés par des familles de militaires, souvent ceux-là même qui avaient torturé et assassiné leurs parents... Plusieurs de ces enfants, âgés de dix à treize ans, ont pu regagner leur vraie famille, à l'issue de batailles opiniâtres des grands-mères : l'émotion de ces retrouvailles, on la retrouvera dans ces pages chaleureuses. Une émotion d'autant plus intense, que ces multiples quêtes ont été menées dans l'angoisse et les souvenirs douloureux. Fruit d'une longue et minutieuse enquête, ce livre s'appuie sur des documents inédits et, surtout, sur d'innombrables témoignages : ceux de survivants, de familles des victimes, des enfants retrouvés, et même de certains tortionnaires. Ceux aussi, bien sûr, des grands-mères, héroïnes de ce roman vrai : des femmes admirables et attachantes que l'on n'oubliera plus après avoir lu ce livre.

  • L'opération vent printanier a débuté à Paris et en banlieue le 16 juillet 1942, à 4 heures du matin, pour se terminer au soir du 17 juillet. Sous ce nom de code, quelque 4500 policiers français ont procédé à l'arrestation de 12884 juifs d'origine étrangère, dont 5082 femmes et 4051 enfants : parqués dans l'ancien Vélodrome d'hiver, ils seront transférés dans les camps de Pithiviers, à Beaune-La-Rolande puis à Drancy et, de là, dans les camps d'extermination nazis où la plupart périront. Cinquante ans après, Blanche Finger et William Karel ont voulu donner la parole à quelques-uns des derniers témoins, encore en vie, de cette trop fameuse rafle du Vel'Hiv : survivants et rescapés de la rafle, déportés ou évadés, qui essaient de comprendre pourquoi, un jour radieux de l'été 1942, leur vie s'est brisée. Ce livre est le prolongement du film, réalisé par les auteurs et diffusé en juin 1992 sur FR3, dans le cadre de l'émission de Jean-Marie Cavada La marche du siècle : il réunit les témoignages complets des personnes interrogées dans le film, mais aussi d'autre inédits. Leurs propos, demeurés extraordinairement précis malgré le temps passé, nous replongent avec émotion dans le drame de ces deux jours, redonnent chair à ceux qui en furent victimes ou acteurs ; et ils nous aident à comprendre aussi comment la machine administrative du pays des droits de l'homme a pu, sans états d'âme, se mettre au service de la machine de mort nazie. L'historienne Annette Wieviorka a apporté à ce livre la mise en perspective indispensable pour comprendre l'importance histrorique du tournant que représenta la rafle de juillet 1942 dans la période d'Occupation.

  • En 2013, Edward Snowden révèle au monde l'ampleur de l'espionnage électronique planétaire pratiqué par la National Security Agency (NSA) américaine. Mais l'origine de cette pratique est bien plus ancienne qu'on ne le croit souvent. D'où l'intérêt de redécouvrir dans ce livre, initialement publié en 1995, les débuts de l'histoire de cette formidable bataille occulte, fruit d'une enquête de trois années et nourri d'étonnantes révélations.
    En 2013, Edward Snowden révèle au monde l'ampleur de l'espionnage électronique planétaire pratiqué par la National Security Agency (NSA) américaine. Mais l'origine de cette pratique est bien plus ancienne qu'on ne le croit souvent : dès la fin de la guerre froide dans les années 1980, la " guerre de l'information " comme l'espionnage économique sont devenus des objectifs stratégiques. Du coup, les militaires et les services secrets ont investi le cyberespace.
    D'où l'intérêt de redécouvrir dans ce livre, initialement publié en 1995, les débuts de l'histoire de cette formidable bataille occulte, fruit d'une enquête de trois années et nourri d'étonnantes révélations. À l'aide de systèmes d'interception surpuissants, les services de renseignement se sont branchés sur Internet, pillant les bases de données et attaquant les ordinateurs à distance. Ils surveillent et interceptent, sans effraction, les ordinateurs auxquels ils ne peuvent pas accéder physiquement. Et ils tentent par tous les moyens de contrer la cryptographie généralisée, la capacité de cacher les informations que l'on veut faire circuler.
    Aux États-Unis surtout, mais en France aussi, une bataille titanesque était ainsi engagée dans le cyberespace entre les défenseurs de la liberté de communiquer et les services secrets qui veulent pouvoir tout lire, tout comprendre, au prix parfois de l'utilisation de procédés illégaux. Comme l'explique Jean Guisnel dans une postface inédite, ce constat établi en 1995 garde toute son actualité près de vingt ans après...

  • Au coeur du ministère de l'Économie et des Finances, une boîte noire rayonne sur les marchés financiers, les banques, le financement de l'industrie... et conserve jalousement son monopole sur le contrôle des relations financières entre la France et l'étranger. Cette boîte noire, c'est le Trésor. Le grand public l'ignore, mais tous les grands dossiers qui font la Une des médias - privatisations, nationalisations, défense du Franc, hausse ou baisse des taux d'intérêt... - et bien d'autres encore, passent par cette instance administrative, aussi discrète qu'influente. Pour la première fois, un journaliste a mené une enquête approfondie sur cette pièce clé de l'appareil d'État. Dans ce livre-événement, Yves Mamou lève le voile sur les mystères de cette administration bien particulière, où sont mûries, dans le plus grand secret, les décisions qui feront l'actualité de demain, et qui pèseront sur la vie quotidienne de tous les Français. Il en présente également les artisans : une centaine à peine, issus pour la plupart de l'ENA ou de l'Inspection des finances. On verra que cette poignée d'hommes - et ces quelques femmes -, située au carrefour des circuits de l'argent, exerce une influence politique considérable. Qui gouverne réellement, le ministre de l'Économie ou les Trésoriens ? Quel pouvoir exerce la direction du Trésor ? Quelles sont ses techniques d'influence ? Autant de questions auxquelles personne n'avait, jusqu'à présent, apporté de réponses. Le lecteur les trouvera dans ce livre très vivant, nourri d'anecdotes souvent surprenantes, qui passionnera, bien sûr, tous les acteurs de la vie financière, mais aussi le grand public, soucieux de mieux comprendre les rouages complexes de la politique économique.

  • Qui est vraiment Bernard Tapie ? Est-il né en 1945, comme il le prétend ? Ou en 1943, comme l'annonce l'état civil ? Son groupe pèse-t-il 10 milliards de francs, comme il le proclame ? Ou seulement 2,5 milliards ? Comment ce fils d'ouvrier de la banlieue parisienne, est-il devenu l'un des Français les plus riches ? Quels sont les trucs qu'il utilise pour tirer profit des sociétés en difficultés ? Jeanne Villeneuve, grand reporter à L'Événement du Jeudi, apporte à ces questions des réponses précises, et souvent surprenantes. Grâce à une enquête de deux ans, elle lève le voile, pour la première fois, sur les véritables ressorts du système Tapie. Mais, au-delà de ses combinaisons financières pas toujours orthodoxes, Bernard Tapie est davantage qu'un chef d'entreprise, il est le révélateur d'un phénomène de société, l'incarnation d'un mythe moderne. Il fallait expliquer les causes de sa naissance, de son développement et de son déclin : c'est ce que fait ici, avec brio, Jeanne Villeneuve. On l'a souvent dit : Bernard Tapie est le fruit de la crise, et l'antidote aux angoisses du chômage. Explication insatisfaisante car l'animateur de l'émission Ambitions ne révèle ses secrets que confronté à l'air du temps. Alors apparaît le véritable portrait d'une époque modelée par le mythe du survivant, le renouveau du corps ou l'appel du leader. Plusieurs paradoxes sont analysés, tels que celui-ci : comment ce chantre de l'individualisme, des battants et des gagneurs, en est-il venu à vouloir s'opposer à Marseille aux valeurs d'exclusion de Jean-Marie Le Pen ? Et si la France de Tapie, et celle de l'extrême droite, étaient les soeurs ennemies de la crise ? Cette première biographie sociologique, bourrée d'anecdotes et de révélations, éclaire d'un jour nouveau un personnage sans précédent. Un livre pour comprendre, à travers Bernard Tapie et son succès, les peurs et les aspirations que partagent les Français en cette fin de siècle.

  • C'est en 1980, dans l'incrédulité ou l'indifférence de leurs concitoyens, que les militants du groupuscule maoïste Sentier lumineux déclenchent la guerre populaire dans les Andes du Pérou. Aujourd'hui, ils ont étendu leurs opérations à l'ensemble du pays, en particulier en Amazonie, dont ils utilisent la production de drogue pour se financer. Ils menacent désormais les voies d'accès à la capitale péruvienne, Lima, et leur dirigeant, le quasi-mythique Président Gonzalo, n'hésite pas à appeler de ses voeux un génocide de proportion nationale. Au nom de quoi se battent ces guérilleros sectaires et sanglants, qui ne reçoivent le soutien d'aucun pays socialiste ? De la soif de revanche du monde indien écrasé durant cinq siècles ? D'un retour à la pureté du maoïsme et de la Grande révolution culturelle chinoise ? Ou d'une mystique de la révolution, qui rappelerait celle de certains intégristes musulmans ? Pour répondre à ces questions, les auteurs sont allés sur tous les terrains où se développe le Sentier lumineux : les montagnes d'Ayacucho, les contreforts de l'Amazonie, ou les bidonvilles de Lima. Dans les zones d'appui, ils ont interrogé ceux qui vivent quotidiennement au contact d'une des guérillas les plus mystérieuses du monde, qui a su capitaliser le désespoir des exclus et des déracinés. Les nombreux témoignages qu'ils ont recueillis leur ont permis d'écrire, pour la première fois, l'histoire du Sentier et d'analyser son idéologie. Surtout, leur enquête laisse prévoir, en Amérique latine et dans le tiers monde, d'autres explosions, dont la guerre populaire au Pérou ne serait que le signe annonciateur.

  • Depuis plusieurs années, les auteurs de ce livre ont accumulé des informations sur les étranges affaires de M. Jacques Médecin, maire de Nice. Ils en avaient révélé une partie dans le cadre de l'émission de Michel Polac, Droit de réponse ; et, depuis 1989, d'autres scandales impliquant le terrible J.M. de la Côte d'Azur ont éclaté. Mais il ne s'agit que de la partie émergée de l'iceberg. Et surtout, ces révélations ne font qu'effleurer l'aspect le plus intéressant de l'affaire Médecin : pourquoi, et comment, la classe politique française, droite et gauche confondue, a-t-elle toléré - voire encouragé - pendant vingt ans un personnage aussi trouble ? C'est d'abord pour répondre à cette question que les auteurs ont rédigé ce livre, qui retrace, pour la première fois, l'histoire complète de la constitution du système Médecin dans la bonne ville de Nice jusqu'à ses affaires américaines, en passant par l'affaire Spaggiari et les liens avec Jean-Dominique Fratoni. Rien n'a été laissé au hasard, et le lecteur ira de surprise en surprise. Au total, un livre salutaire qui montrera que l'intérêt des hommes politiques n'est pas nécessairement de fermer les yeux face aux dérives coupables de certains d'entre eux.

  • L'une des manifestations les plus étonnantes du "retour du religieux" dans la société française de ces dernières années, est le développement de la religion exaltée et spontanée du Renouveau charismatique : un phénomène qui concerne aujourd'hui près de 200 000 personnes. Groupes de prière, "chants en langues", "miracles", dons de guérison et de prophétie : les expressions du Renouveau sont spectaculaires et attirent de plus en plus d'adeptes - dont de nombreux jeunes - issus des couches sociales les plus variées. C'est l'une des branches les plus actives du catholicisme contemporain et aussi, bien souvent, l'une des plus conservatrices. Cet activisme traditionnaliste explique que Jean-Paul Il soit devenu le plus sûr allié de ces nouveaux Croyants. Et les évêques doivent maintenant compter avec le Renouveau, qui a su profiter du malaise de l'Église de France pour s'imposer à eux. Anne Devailly, après une enquête de plusieurs mois, dévoile dans ce livre les motivations de ceux qui rejoignent les communautés charismatiques (l'Emmanuel, le Lion de Juda, le Chemin neuf, etc.), et leur fonctionnement. Elle montre aussi que si la ferveur spirituelle des premiers temps est un peu retombée, les groupes charismatiques ont acquis, fort discrètement, un pouvoir politique et économique important : ils sont désormais largement implantés dans l'appareil de l'Église, et dans certains groupes de communication, au premier rang desquels le fameux "Groupe Ampère".

  • Le secret est le rempart de leur pouvoir. À l'heure où le désarmement fait trembler l'institution militaire sur ses bases, Jean Guisnel, spécialiste des affaires de défense à Libération, a rencontré plusieurs dizaines de ces officiers généraux, pour la plupart en activité, qui détiennent la force armée et commandent à des centaines de milliers d'hommes. Au-delà de leurs actuels états d'âme, ils lui ont dévoilé la difficulté de leurs relations avec l'autorité politique, et la mécanique subtile de leur énorme pouvoir d'influence. Dans l'ombre, ils peuvent aussi bien infléchir les choix stratégiques du parti socialiste, qu'inciter habilement les évêques français à prendre parti en faveur de la dissuasion. Mais, quand ils choisissent d'apparaître au grand jour, c'est pour entrer avec fracas et maladresse dans le jeu politicien : leur volonté de se situer en dehors des règles de la société civile, leur joue souvent de très sales tours. Reste que leur réseau peut imposer - en plein désarmement - un avion de combat (le Rafale) ou des missiles dont la France n'a pas besoin, leurs chefs inspirer des opérations militaires, leur système de commandement faire un nouveau Verdun de chaque réforme que voudraient imposer les hommes politiques. Comme des poules sur leurs couvées, ces généraux veillent sur les jeunes destinés à leur succéder un jour. Mais lorsque l'extrême droite se fait de plus en plus présente dans les écoles militaires, ils ont, pour ses excès, de paternelles indulgences. Sans complaisance ni parti pris, cette enquête - la première de ce type jamais réalisée en France - vient éclairer d'un jour cru un monde de ténèbres : des dessous de l'amnistie des généraux putschistes, aux secrets de l'affaire d'Ouvéa, en passant par les discrets mécanismes d'élimination des officiers non-conformistes, ou par les rouages de l'appareil militaro-industriel, l'auteur n'a rien laissé au hasard, et apporte de passionnantes révélations sur cette caste si jalouse de ses prérogatives.

  • L'Albanie, toujours déroutante, constitue un cas à part dans l'ensemble des pays anciennement communistes. Jadis stalinien - contre l'URSS de Khrouchtchev -, puis citadelle maoïste contre l'Europe entière, ce petit pays de trois millions d'habitants a vécu, depuis 1978, isolé du monde socialiste. En mars 1992, le pouvoir communiste, qui fut l'un des plus totalitaires de la planète, s'est effacé, laissant le pays dans un état de dévastation inouï. Ce livre permet de comprendre cette évolution historique et de mieux saisir les enjeux et les dangers du présent. Ses auteurs, qui ont vécu plusieurs années en Albanie, éclairent les paradoxes et les mystères de ce peuple en soulignant le poids de l'histoire. Des Byzantins aux Ottomans puis aux Italiens, les Albanais furent presque toujours soumis à des puissances extérieures. D'où, notamment, le succès initial du "national-communisme" d'Enver Hoxha, qui sut aussi mobiliser à son profit les divisions religieuses et l'archaïsme des clans familiaux. Solidement documenté, nourri de nombreuses anecdotes et d'entretiens avec diverses personnalités albanaises (au premier rang desquelles le grand écrivain Ismaïl Kadaré), cet ouvrage apporte un regard neuf sur le "pays des aigles" et la place qu'il peut prendre dans la nouvelle "tempête balkanique" des années quatre-vingt-dix.

  • Pour la première fois, un commissaire de police dévoile ce que personne n'a jamais osé révéler. Dans ce livre, il nous fait découvrir des réseaux qui, depuis l'avènement du gaullisme, n'ont cessé de gangrener l'institution policière. L'affaire de la tour BP à la Défense a récemment mis en évidence les relations étranges qui pouvaient exister entre certains policiers, hommes politiques, hommes d'affaires et truands. Cet épisode fait ressurgir de vieux démons, que l'on aurait pu croire à jamais disparus. Ainsi, réapparaissent les filières des anciens services d'ordre gaullistes, comme l'ex-SAC, dissous en 1982. Patiemment, l'auteur montre que plusieurs grandes affaires policières, qui ont défrayé la chronique au cours de ces dernières années, ne sont pas des bavures isolées, mais la conséquence d'un système qui, parfois, se grippe. L'ensemble du corps policier, du simple gardien de la paix au plus haut fonctionnaire, est en fait largement sous l'influence de quelques dizaines d'hommes, qui occupent les postes clés et qui verrouillent l'appareil. À un tel point que, malgré dix ans de gestion et des efforts de modernisation sans précédent, la gauche n'a jamais pu le maîtriser ni même le réduire. C'est cette situation, dangereuse pour la démocratie, que veut dénoncer le commissaire Diamant. Ce nom est le pseudonyme d'un policier qui a pris ses fonctions quelque temps après l'arrivée du général de Gaulle au pouvoir, et aujourd'hui proche de la retraite. Il a bénéficié, grâce à ses affectations successives, d'un poste d'observateur privilégié, tant à la préfecture de Police de Paris qu'au ministère de l'Intérieur.

  • Pour la première fois sous la Ve République, un ministre est passé, en trois mois, du gouvernement à la prison. À l'automne 1994, la chute brutale d'Alain Carignon, maire de Grenoble, président du conseil général de l'Isère, ancien ministre de l'Environnement puis de la Communication, a sonné comme un avertissement supplémentaire pour une classe politique désespérément myope. Mais tout n'a pas été dit, loin s'en faut, sur la logique et les mécanismes qui expliquent cette ascension et cette chute exemplaires. D'où l'intérêt de cet ouvrage qui, grâce à une enquête approfondie nourrie aux meilleures sources, révèle les arcanes du système Carignon. Un système construit autour de la volonté et de l'ambition d'un homme, incarnation d'une nouvelle génération politique forgée par le marketing, et qui a remplacé la confrontation d'idées par une stratégie de communication tous azimuts. Un système qui a su tirer sa force des faiblesses de la décentralisation, par laquelle l'État a relâché ses contrôles, sans permettre l'affirmation de contrepouvoirs locaux. Grenoble-Paris, Paris-Grenoble : l'ascension d'un homme, la chute d'un système. C'est cette double histoire que retrace ce livre, rigoureux et renseigné, combinant anecdotes inédites et analyses en profondeur. Un livre qui vient, à son heure, pour mieux apprécier les faux-semblants et les enjeux réels des réformes sur la moralisation de la vie politique, adoptées après les incarcérations pour corruption liées à cette affaire.

  • Ces temps-ci, des rumeurs étranges nous viennent des États-Unis. Des sociétés-champignons, poussées en moins d'une décennie, détrônent des monuments industriels. Un petit libraire parti de rien, nommé Amazon, se proclame premier marchand sur Terre. Des empires se créent dans le monde virtuel, qui prennent le titre de portails, et rassemblent des millions de sujets. La Bourse voit exploser les valeurs Internet. Et voilà que cette nouvelle économie, revigorée par le boom du commerce électronique, accoste les rivages européens. Les barbares du Net vont-ils envahir la place en imposant leurs lois ? Les préceptes de l'économie traditionnelle vont-ils s'effacer devant ces nouveaux codes ? Comment le Vieux Continent, fasciné autant qu'incrédule devant le modèle nord-américain, prend-il le train - grande vitesse - en marche ? Le krach boursier est-il inévitable ? Pour répondre à ces questions, l'auteur a enquêté Outre-Atlantique et en Europe auprès des net-entrepreneurs et des experts. Elle en a ramené un ouvrage passionnant, nourri de nombreux témoignages, qui éclaire sans complaisance les mystères - mais aussi les illusions - de la netéconomie. Cette révolution va bouleverser en profondeur les sphères du commerce, de la finance, de l'information, du travail, de la consommation.

  • Des révélations spectaculaires sur la manière dont les " narcos " ont réussi à infiltrer l'État mexicain. De Santiago à Tokyo, en passant par Bogota, Mexico, New York, Paris et Moscou, un voyage étonnant, fruit d'une quinzaine d'années d'enquêtes, qui remet en question vingt ans de stratégies erronées.
    (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2001.)
    Malgré les coups portés aux " cartels " colombiens, jamais les drogues latinoaméricaines - cocaïne, héroïne, drogues de synthèse - n'ont envahi aussi massivement les marchés européens et nord-américains : la " guerre contre les drogues " lancée par Washington est en passe d'être perdue. Les mafias locales se sont réorganisées, d'autres (mexicaines, chiliennes, nigérianes et dominicaines...) sont apparues, les gangs et les mafias du Nord jouent désormais un rôle crucial dans l'importation et la distribution des stupéfiants. Et des milliards de dollars " blanchis " ont rendu les systèmes bancaires européen et américain " narcodépendants ". Ce sont les coulisses méconnues de ce nouvel univers de la drogue que le lecteur découvrira dans ce livre : comment les " narcos " colombiens et mexicains ont acheté des jets commerciaux pour transporter des centaines de tonnes de drogue ; comment les gangs nord-américains ont contrôlé le narcotrafic aux États-Unis ; comment les héritiers d'Escobar maintiennent des comptes au Liechtenstein ; comment une grande banque américaine a fermé les yeux sur des transferts douteux ; comment la mafia marseillaise a ouvert de nouvelles routes d'importation en Europe... Et l'auteur apporte des révélations spectaculaires sur la manière dont les " narcos " ont réussi à infiltrer l'État mexicain. De Santiago à Tokyo, en passant par Bogota, Mexico, New York, Paris et Moscou, un voyage étonnant, fruit d'une quinzaine d'années d'enquêtes, qui remet en question vingt ans de stratégies erronées.

  • Au travers d'observations directes, de l'exploitation inédite de données statistiques et d'une centaine d'entretiens, l'auteur livre ici une vision originale des processus du " nouveau management public " à l'oeuvre dans les hôpitaux. Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2010.

    Depuis des décennies, les pouvoirs publics français s'efforcent de " réformer " l'hôpital, afin notamment d'en mieux " maîtriser " les dépenses. Ils ont de plus en plus recours aux outils du " nouveau management public ", cet ensemble d'idées et de pratiques visant à importer dans le secteur public les outils du secteur privé : indicateurs de " performance ", benchmarking, " responsabilisation " des professionnels, etc. Ces innovations rencontrent l'opposition d'une partie du personnel hospitalier, selon qui elles creuseraient la tombe du système de protection sociale. À l'inverse, leurs promoteurs dénoncent des résistances qui ne pourraient provenir que d'une forme d'attachement à un passé révolu ou de corporatisme ; ces modernisations permettraient au contraire de sauver un système bien mal en point. En quoi consistent donc réellement ces réformes managériales et quels sont leurs effets sociaux ? Pendant quatre ans, pour répondre à cette question, l'auteur de ce livre a mené une enquête approfondie dans des services de soin, en particulier des services d'urgence, ainsi que dans une agence réformatrice proche du ministère de la Santé et dans des cabinets de conseil. Il a ainsi endossé différents rôles : stagiaire dans les services administratifs des hôpitaux, étudiant de passage dans les services de soin, étudiant en gestion ou consultant junior auprès des réformateurs... Au travers d'observations directes, de l'exploitation inédite de données statistiques et d'une centaine d'entretiens, il livre ici une vision originale des processus à l'oeuvre dans les hôpitaux. Il montre notamment que l'appropriation par les soignants des nouvelles normes préconisées par les réformateurs dépend beaucoup de la trajectoire professionnelle et sociale de chacun d'eux. Et il révèle quelques effets inattendus des réformes, dans un des services hospitaliers parmi les plus " avancés " sur leur voie. Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2010.

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