Fayard/Pauvert

  • « Le plus poignant des romans d'amour contemporain.» Raymond Queneau« L'écume des jours, c'est Roméo et Juliette sans confl its familiaux, Tristan et Yseut qui n'ont pas besoin de philtre, Paul et Virginie à Saint-Germain-des-Prés, une Dame dont les Camélias sont remplacés par un Nénuphar, Héloïse sans castrer Abélard. Voilà un tournant : le moment, après la guerre, où le roman français se dit que ce qui importe, c'est de faire bouger le lecteur sur un air de be-bop. Boris Vian en a marre des académismes, il veut faire rire et swinguer la langue, il veut obtenir les larmes, il veut aussi faire rêver et proposer davantage qu'une romance: une fenêtre ouverte sur le merveilleux.» Frédéric Beigbeder

  • Notre joie Nouv.

    Non, en politique, les extrêmes ne se rejoignent pas. Ce livre démontre pourquoi. 

  • Gazelle théorie Nouv.

    Ils m'appellent « gazelle », et je me sens blessée. Je ne suis pas un animal. Je ne suis pas une chose. Je ne suis pas une image. Je ne suis pas une proie. 
    De l'insulte « nègre » Césaire a fait la Négritude.
    Du gazellage je m'apprête à faire Gazelle Théorie.
    Ceci est un manifeste. Ceci est un témoignage. Ceci est un coup de colère, et une mise en lumière.I.O. 
    Dans un livre inclassable qui emprunte aussi bien à l'essai qu'au récit, à la politique qu'à la poésie, Ines Orchani explore à la première personne un féminin méconnu, décrivant librement l'expérience des codes - et de leur transgression -, des stratégies, des croyances et des sexualités. Les femmes qu'on y croise, gazelles et rebelles, incarnent un féminisme non occidental, un féminisme du secret et du courage, où les intentions l'emportent sur la forme. Dans l'élan créé par Virginie Despentes avec King Kong Théorie, Ines Orchani donne à entendre les voix d'un féminisme-monde.
     
    Romancière, poétesse, traductrice, Ines Orchani vit entre ses deux pays, la France et la Tunisie, et écrit en deux langues, à la rencontre des pôles.

  • Dans une maternité, une femme épuisée, sous perfusion. Elle vient d'accoucher d'une fille, Adèle, et contemple le berceau, entre amour, colère et désespoir. Quelque chose la terrifie au point de la tenir éveillée, de s'interdire tout repos : la loi de la reproduction. De génération en génération, les femmes de sa lignée transportent la blessure de leur condition dans une chaîne désolidarisée, sans merci, où chacune paye l'ardoise de la précédente. Elle le sait, elle en résulte, faite de l'histoire et de la douleur de ses aînées. Elle voudrait que ça s'arrête. Qu'Adèle soit neuve, libre.
    Alors comme on vide les armoires, comme on nettoie, elle raconte. Adressant à Adèle le récit de son enfance, elle explore la fabrique silencieuse de la haine de soi qui s'hérite aussi bien que les meubles et la vaisselle. Défiance du corps, diabolisation de la séduction, ravages discrets de la jalousie mère-fille... Elle offre à Adèle un portrait tourmenté de la condition féminine, où le tort fait aux femmes par les femmes apparaît dans sa violence ordinaire.
    Et c'est véritablement un cadeau. Car en mettant à nu, rouage après rouage, la mécanique de la transmission, elle pourrait parvenir à la détruire.
    Maria Pourchet est romancière. Elle a notamment signé Rome en un jour (Gallimard, 2013) et Champion (Gallimard, 2015).

  • Tu es un bourgeois.
    Mais le propre du bourgeois, c'est de ne jamais se reconnaître comme tel.
    Petit test  :
     
    Tu votes toujours au second tour des élections quand l'extrême droite y est qualifiée, pour lui faire barrage.
    Par conséquent, l'abstention te paraît à la fois indigne et incompréhensible.
    Tu redoutes les populismes, dont tu parles le plus souvent au pluriel.
    Tu es bien convaincu qu'au fond les extrêmes se touchent.
    L'élection de Donald Trump et le Brexit t'ont inspiré une sainte horreur, mais depuis lors tu ne suis que d'assez loin ce qui se passe aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.
    Naturellement tu dénonces les conflits d'intérêts, mais tu penses qu'en voir partout relève du complotisme.
    Tu utilises parfois (souvent  ?) dans une même phrase les mots racisme, nationalisme, xénophobie et repli sur soi.
    Tu leur préfères définitivement le mot ouverture.
     
    Si tu as répondu oui au moins une fois, ce livre parle de toi.
    Prends le risque de l'ouvrir.
     
     
    Romancier, essayiste et dramaturge, François Bégaudeau est l'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels Deux singes ou ma vie politique (Verticales, 2013) et En guerre (Verticales, 2018).

  • Albertine est unique. Son style est sombre et aristocratique, poétique et cynique. Son regard de poète - aigu et épuré - traverse ses récits comme un ruisseau qui se heurte à des cailloux ; une artère sombre qui s'écrase et se reforme. Albertine, la petite sainte des écrivains non conformistes. Avec quelle rapidité j'ai été entraînée dans son monde - prête à gribouiller toute la nuit et à descendre des litres de café brûlant, m'arrêtant à peine le temps de remettre du mascara. J'ai accueilli son chant ardent de toute mon âme. Sans Albertine pour me guider, aurais-je fanfaronné de la même façon, fait face à l'adversité avec la même ténacité ? Sans L'Astragale comme livre de chevet, mes poèmes de jeunesse auraient-ils été aussi mordants ? Préface de Patti Smith

  • Quand le désastre de la pandémie éclata, les Journaux de confinement fleurirent comme autant de bruyères à la Toussaint. Car comment la littérature, qui aime tant se mesurer à l'histoire, pouvait-elle rester silencieuse devant cette tragédie  ? Mieux encore  : la littérature n'était-elle pas, en définitive, la seule à pouvoir rendre compte d'un événement d'une telle ampleur dans toute sa complexité et toute sa puissance de sidération ?
    Quand la marche du monde se fait tumultueuse, la France, comme par réflexe, en appelle à ses écrivains. Grands si possible.
    Mais qu'est-ce qu'un «  Grand écrivain  »  ? Comment se construit, entre écriture et politique, cette figure légendaire  ? Et quel insatiable sinon coupable désir se propose-t-elle d'assouvir  ?
    Convoquant Michel Houellebecq, Virginie Despentes, Sylvain Tesson, Emmanuel Carrère ainsi que Sartre, Zola ou Hugo notamment, ce livre tâche de décrypter ce mythe bien français, et les fatales névroses qu'il engendre.
     
    Johan Faerber est docteur en littérature, critique et éditeur. Il est notamment l'auteur d'Après la littérature  (PUF, 2018). Il est l'un des co-fondateurs du magazine culturel  Diacritik.

  • Quatorze écrivains parlent du désir. Après le moment «  Me too  », dans une société post-Weinstein, post-Polanski, post-Matzneff, comment penser cet élan, tumultueux et vital, ce qu'il engendre ou bien entraîne ? Dans notre monde fracturé où tout est à la fois plus chaotique et plus conditionné, comment comprendre ses désordres ? Et qui mieux que des romanciers pour en saisir les enjeux politiques ou intimes, en explorer les ambivalences, les tensions, la beauté ?

  • "Depuis Autobiographie de mon père, j'étais fasciné par ses livres, par cette voix sourde et obstinée, par cette façon de regarder sans ciller tout ce qui compose une expérience humaine. Toute son oeuvre est un exercice d'intranquillité et de vigilance."
    Emmanuel Carrère (extrait de la préface)
     
    Ce volume contient  :
    Autobiographie de mon père
    Le Grand âge
    Bêtise de l'intelligence
    Conversations à Jassy
    L'oeuvre des jours
    Adieu
    L'Amour dans le temps
    Devant ma mère
    Sans amour
    Préface d'Emmanuel Carrère
    Postface de Martin Rueff
    Notices d'introduction de Yaël Pachet
     
    Écrivain, essayiste, traducteur et critique littéraire, Pierre Pachet (1937-2016) s'est intéressé aussi bien au sommeil, à la littérature de l'Est, de Kafka à Soljenitsyne, qu'à l'Histoire et à la politique. Mais au-delà d'un apparent éclectisme, il a surtout laissé une oeuvre littéraire de premier plan. Le choix proposé dans ce volume, orienté vers l'écriture de l'intime, à l'écoute de personnes aimées et proches mais aussi des laissés pour compte de la vie moderne, permet de mieux saisir l'individu Pierre Pachet  : un grand écrivain contemporain aux aguets, sensible au «  devoir que l'on a d'être celui que l'on est  ».

  • Suffit-il d'écrire dans la langue de Molière pour être  reconnu comme un « écrivain français » ? Ou la littérature entretient-elle, en France, un rapport trop étroit avec la nation pour que ce soit si simple ? Amoureuse de sa langue, la France en est aussi jalouse. Pour tous ceux qui l'ont en partage ailleurs dans le monde, elle devient alors un objet de lutte, de quête et de conquête.
    Retraçant les carrières de cinq écrivains algériens de langue française (Kateb Yacine, Assia Djebar, Rachid Boudjedra, Kamel Daoud et Boualem Sansal), Kaoutar Harchi révèle qu'en plus de ne s'obtenir qu'au prix d'authentiques épreuves, la reconnaissance littéraire accordée aux écrivains étrangers n'est que rarement pleine et entière. Car si la qualité du style importe, d'autres critères, d'ordre extra-littéraire, jouent un rôle important.
    Souvent pensée en termes de talent, de don, de génie, la littérature n'est-elle pas, aussi, une question politique ?

  • Marianne et le garçon noir veut apporter une parole de l'intérieur sur l'expérience des noirs de sexe masculin dans la France de notre temps, en particulier sur le sol hexagonal. Plus largement, c'est sur la présence noire que se penche l'ouvrage, afin d'en explorer les particularités dans l'espace français. Les contributions sont de divers ordres, mais elles prennent appui, pour l'essentiel, sur le vécu des auteurs. Le projet est né à la suite de violences policières impliquant des jeunes hommes noirs. A partir du regard posé sur le corps, des fantasmes suscités par lui ou d'autres éléments, l'objectif est de rendre audible une parole sensible et politique, parfois inattendue, tant les représentations transmises depuis des générations sont réductrices.  L'influence de Marianne se déployant au-delà de ses frontières déjà complexes - la France étant un grand archipel - il m'a semblé pertinent d'associer à cette prise de parole une voix subsaharienne. En effet, le garçon noir qui cherche à arracher sa souveraineté aux rets de l'entreprise criminelle connue sous le nom de Françafrique est, lui aussi, concerné. De plus, dans l'environnement mondialisé où les réseaux sociaux abolissent frontières et distances, le sort des Noirs en France ne laisse pas indifférent en Afrique subsaharienne.

  • La femme n'est jamais tant célébrée par les poètes, de Pétrarque à Nerval, que lorsqu'elle est inaccessible, idéalisée, absente, ou même morte. En revanche, quand des femmes bien vivantes descendent dans la rue et prennent une part active à la Révolution française, les historiens n'en parlent guère. Les seins nus parmi les plus célèbres de l'histoire de la peinture ne sont pas ceux d'une femme mais ceux d'une allégorie, La Liberté guidant le peuple. Objet de désir, et de ce fait facteur de désordre, le féminin est refoulé. Souvent, aussi, par les femmes elles-mêmes. Impossible à éradiquer, il est savamment éloigné et rêvé, paré, voilé, ou fantasmé. Toutes les sociétés humaines, patriarcales à de rares exceptions près, mythifient la féminité pour mieux la tenir à distance. Maintenir l'ordre est une fonction d'homme.Pourtant, engendré par le désir, le désordre lui-même, et tout ce qu'il draine avec lui de remises en question, est aussi un facteur d'évolution. A ce titre, le féminin n'est-il pas le ferment du progrès ? L'histoire, cette fois, ne s'y est pas trompée : partout où l'oppression subie par les femmes s'atténue, les hommes eux-mêmes sont plus libres. Comme si le tableau de Delacroix était moins classiquement allégorique qu'authentiquement visionnaire : qui songerait à représenter la liberté sous des traits masculins ?
    Gérard Pommier offre ici un essai singulier, une exploration littéraire et politique de la féminité, dans ce qu'elle a de moins domesticable et de plus séditieux.
    Psychiatre et psychanalyste, professeur des universités, Gérard Pommier estl'auteur de nombreux ouvrages parmi lesquels Que veut dire « faire l'amour » ?(Flammarion, 2010).

  • Une partie de pierre-feuille-ciseaux avec un gangster ivre mort dans un jazz club mal famé de Pékin ; des dialogues en mandarin appris phonétiquement pour donner la réplique à Melle Fan, la vedette la plus populaire de Chine ; la rencontre de pandas dépressifs ; la dégustation de testicules de cerf ; un pèlerinage sur les traces des jésuites de Chine... Ce qu'a vécu Melvil Poupaud dans l'Empire du Milieu était bien plus qu'un simple tournage : une aventure épique, un voyage initiatique, un télescopage de planètes.
    Mais s'il relate les mille et un événements qui ponctuent la fabrication d'un long métrage - angoisses et secrets de comédien, incidents techniques, relations avec l'équipe, bref tout ce qui fait ce fameux « envers du décor » auquel le spectateur n'a jamais accès -, ce livre, ouvertement atypique, réinvente en même temps le journal de voyage et constitue un témoignage unique et intime sur ce qu'est véritablement le métier d'acteur.
    À l'autre bout du monde, mais au coeur du cinéma.
     
    Melvil Poupaud est comédien, musicien et réalisateur.

  • Ce livre, nous l'avons imaginé comme une promesse faite à nous-mêmes et à ceux qui s'y reconnaîtraient. Balbutiant, c'est un rendez-vous donné à notre propre avenir. Car pour beaucoup d'entre nous, l'idée même de résignation est obsolète et nos vies, ces anecdotes uniques et non reproductibles, nous aimerions en faire des paris.
    Après la sidération du siècle achevé, le nihilisme et les cendres, nous renaissons aujourd'hui, vulnérables mais attentifs aux lueurs qui pourraient surgir dans un monde brutalement rappelé au tragique, où il n'y a plus une seconde à perdre.
    Tout change à chaque instant : c'est une chance.

  • Enervée. Affamée. Exténuée. Terrorisée. En retard. Frigorifiée.
    Les journées, pour Sylvie Testud, sont une succession de moments intenses.
    Elle nous emmène à une interview au Plaza, sur un tournage en japonais, acheter du plâtre au BHV, faire l'amour devant vingt personnes pendant huit heures, essayer des robes chez Chanel pour les Césars, tout en refusant d'embrasser un serpent ou de sauter par la fenêtre... Le quotidien d'une actrice, en somme. Sauf que Sylvie Testud fait montre d'un regard ultra-lucide. Comment entre-t-on dans un rôle ? Comment apprend-on à l'aimer, comment le quitte-t-on, comment dire non, comment dire oui ? Où est la limite entre la vie qu'on vit et la vie qu'on joue ? Et si notre existence était un interminable casting ?
    Décalée, d'une voix qui ne ressemble à aucune autre, drôle et sans concession, Sylvie Testud éteint les feux trompeurs de la rampe, et l'on découvre qu'Il n'y a pas beaucoup d'étoiles ce soir.
    Sylvie Testud est comédienne. Révélée dans Karnaval, elle a obtenu en 2001 le César du meilleur espoir féminin pour Les Blessures assassines. Ses derniers films : Stupeur et tremblements d'après le roman d'Amélie Nothomb, Filles uniques et Vivre me tue.

  • Bien sûr, on le sait poète. Grand maître de l'improvisation, capable d'enchanter le monde dans ses refrains. On l'imagine moins absorbé dans le silence, penché des heures durant sur ses cahiers. Inspiré, concentré, traquant sans se lasser le mot
    le plus juste, le plus pertinent, le plus étonnant.
    Tel est pourtant Jacques Higelin. Auteur acharné qui, depuis près de quarante ans, noircit des pages où se côtoient l'humour, le désir, les tourments, le plaisir, la sagesse, la folie. 
    Ce trésor d'écriture, il l'avait jusqu'ici gardé secret.
    Aujourd'hui, Jacques Higelin a choisi de publier une centaine de ces textes inédits, longs ou brefs, épiques ou incisifs, écrits entre 1982 et 2015. Par petites touches, le livre nous dévoile aussi quelques uns de ses secrets d'écriture.
    Un recueil tour à tour drôle, surprenant, bouleversant. Ode à la créativité et à la liberté.

  • Le Kama-sutra arabe, deux mille ans de littérature érotique en Orient est le fruit d'une longue tradition portant sur le désir, l'érotisme et la sexualité.
    Ce livre de sagesse millénaire, de méditation et de détente est un merveilleux voyage dans la culture arabo-persane.
    Conçu comme un manuel de savoir-vivre amoureux et d'éducation sexuelle pour les jeunes, il regroupe une variété d'oeuvres littéraires et de poèmes portant sur le bien-jouir et la copulation.
    En célébrant les fastes de la chair, Malek Chebel, grand érudit de l'Islam, nous dévoile un monde fascinant dans lequel s'entrecroisent des amants célèbres déchirés par des passions contrariées - bien avant Roméo et Juliette -, des couples comblés de volupté, ainsi que diverses spécialités érotiques encore tenues au secret.
    Il nous révèle surtout les mystères du harem et du hammam, les règles du massage, les douze inflexions de la beauté parfaite chez la femme et le secret des aphrodisiaques orientaux (la formule O).
    Certains textes étant traduits ici pour la première fois, le Kama-sutra arabe, qui tient autant de L'art d'aimer d'Ovide ou de De l'Amour de Stendhal que du Kama-sutra indien, est d'abord un hymne à l'amour sous toutes ses formes, exploré sans complexe ni tabou.
    Les Houris aux yeux de biches nous feront longtemps rêver...

  • De son séjour à Séoul, le narrateur de cet étrange récit aurait pu rapporter le souvenir du café aromatisé à l'orange, le goût des tempuras de crevette, ou un selfie devant la tour la plus célèbre de la capitale coréenne, dont   le nom sonne en français comme celui d'un poisson. Mais si bien sûr comptent les lieux, les ambiances et les rencontres de hasard, si l'effet de dépaysement est aussi inévitable que séduisant, plus que d'un récit de voyage, il s'agit surtout du récit de l'éloignement et de la solitude. Car il faut sans doute s'éloigner pour comprendre qu'on finit toujours par réduire l'immensité d'une ville aux rues qu'on y a parcourues  ; le monde à ce qu'on en a vu. Mais aussi pour découvrir que c'est dans la conscience de ce rétrécissement que l'immensité reprend ses droits.

  • Conscient que sa tentative de fuir l'Europe était vouée à l'échec, Walter Benjamin s'est suicidé à Port-Bou en 1940.
    Avec lui, c'est une part de la conscience européenne qui a trouvé la mort.
    Sébastien Rongier s'est retrouvé par hasard dans la petite localité espagnole, lieu à la fois solaire et tragique où les apports majeurs de l'écrivain et philosophe allemand à l'histoire de l'art et de la pensée prennent un relief particulier.
    Où mieux qu'ici prendre conscience de la fragilité d'une pensée face au totalitarisme ? L'auteur trace le chemin qui l'a conduit vers ce penseur, au milieu des livres et des villes. Il dessine son portrait, entre souvenirs et mémoire des dernières années de l'existence de Benjamin. Celui qui avait à coeur de penser en dehors des systèmes s'est pourtant retrouvé acculé dans une impasse par le pire des systèmes qui soient. Et c'est autant l'impossibilité de penser autrement que celle de fuir qui l'a conduit à son geste fatal.
    En ce début de XXIe siècle, cette impossibilité ne menace-t-elle pas à nouveau ?

  • Pourquoi le mot « dandy » serait-il réservé aux hommes ?
    L'histoire de cette mouvance d'origine anglo-française apparue vers 1800 montre que ce sont les hommes qui en ont posé les bases. Mais, près de deux siècles plus tard, n'est-il pas nécessaire de leur présenter celle qu'ils n'ont jamais vraiment reconnue : la « Lady Dandy » ?
    Car aucun de ce qu'on pourrait appeler les « dandy commandements » - élégance formelle, esprit, anticonformisme et surtout le fameux je-ne-sais-quoi, cette arme secrète qui permet de rester insaisissable - n'échappe aux compétences féminines.
    Des salons parisiens aux cocktails new-yorkais, de Sarah Bernhardt à Dorothy Parker en passant par Marlène Dietrich, de l'art de porter le pantalon à celui de faire scandale, du sens de la répartie aux mille et une façons de claquer son argent, ce livre démontrera que, oui, décidément, les femmes savent y faire.

  • Si les plus célèbres résidents du Chelsea Hotel - Andy Warhol, Leonard Cohen ou Patti Smith, pour en citer quelques-uns - ne hantent plus ses couloirs depuis longtemps, l'atmosphère festive et fantasque associée à ce lieu mythique de New York est demeurée intacte. Fille d'un avocat devenu romancier au goût prononcé pour les vêtements bien coupés et d'un ancien mannequin désormais artiste de renommée mondiale, Nicolaia Rips a grandi dans cet écrin d'artistes et d'originaux. À l'école, Nicolaia est l'objet des quolibets de ses camarades de classe, filles à la mode un peu pestes ou garçons tapageurs. Il faut dire que ses tentatives maladroites d'intégration se soldent systématiquement par des échecs fracassants. Et si son principal talent, celui de porter des toasts, fait la fierté de son père, il se révèle peu utile pour nouer des amitiés avec les autres enfants. C'est donc naturellement dans la faune excentrique du Chelsea Hotel qu'elle trouve sa véritable famille - sa voisine (ou son voisin ?) Stormé, une asperge albinos de quatre-vingts ans qui porte toujours un pistolet rose sanglé à la cheville ; Jade, sa baby-sitter le jour qui pourrait bien être escort girl la nuit ; ou encore Artie, ancien propriétaire de l'une des boîtes de nuit les plus prestigieuses de New York.
    Avec délicatesse, candeur et humour, Nicolaia Rips livre le récit haut en couleur de son enfance singulière, et dresse le portrait d'une tribu baroque et survoltée.  
     
    Traduit de l'anglais (États-Unis) par Cécile Dutheil de la Rochère
     
    Nicolaia Rips, âgée de 18 ans, est étudiante à l'université Brown. Garder la tête hors de l'eau est son premier livre.
     

  • La piste, le chemin, la route, l'autoroute ont progressivement, depuis l'Antiquité, quadrillé les territoires. Ces lignes ont tracé au fur et à mesure un réseau de communication entre les villes. Elles ont dessiné ainsi dans l'espace de nouveaux paysages. Cette histoire est connue, de même que celle des pratiques de représentation qui l'accompagne : des cartes aux plans.
    Pourtant, si on se place dans la perspective de l'infra-ordinaire, chère à Georges Perec, si on envisage la route comme un dispositif, alors elle apparaît comme un lieu inconnu.
    Convoquant la littérature, la psychanalyse, le cinéma, la photographie et même les manuels de conduite, ce livre montre comment la route, loin d'être un simple moyen de se rendre d'un endroit à un autre, devient ce lieu en soi, avec son régime propre d'inscriptions, des inscriptions qui ont le pouvoir extraordinaire de construire des espaces nouveaux, propices à la fiction.
    N'est-ce pas sur la route qu'OEdipe croisa son père sans le reconnaître, et qu'une banale querelle de priorité l'amena à commettre son geste fatal, donnant ainsi naissance à l'un des mythes les plus révélateurs de notre inconscient  ?
     
     
    Philippe Artières, Directeur de recherche au CNRS, à l'EHESS (Paris), ancien pensionnaire de la villa Medicis à Rome (section Littérature), a notamment publié une série d'ouvrages sur l'histoire contemporaine de l'écriture dont La Clinique de l'écriture (La Découverte poche, 2013), mais aussi plusieurs récits dont Vie et mort de Paul Gény (Le Seuil, 2013) et Miettes. Une histoire ordinaire de l'année 1980 (Verticales, 2016).

  • J'ai rencontré Françoise un soir d'octobre. Je venais lui commander une nouvelle inédite pour le journal que je dirigeais. Nous ne nous sommes plus quittées pendant de longs mois. Quelques années. J'avais ma chambre dans sa maison rue d'Alésia, et le matin je portais son peignoir. J'ai aimé cette femme, et je crois pouvoir affirmer qu'elle m'a aimée en retour. Mais par-dessus tout elle aimait Bernard Franck, qui vivait à l'époque loin de Paris. S'est-elle servie de moi pour le faire revenir chez elle parce que je m'y trouvais aussi ? Peu importe. Entre ma passion pour Françoise, puis ma passion pour Bernard, j'ai vécu l'éblouissement.

  • De la Perse aux contreforts de l'Atlas, les « terres d'Islam » ont toujours produit du vin. Il semble qu'il ait longtemps fait bon boire dans ces régions. Puis vint l'interdit prophétique : « Dieu a maudit le vin, celui qui le boit, celui qui le sert, celui qui le vend, celui qui le presse, celui qui le transporte et celui qui jouit de l'argent qui en est tiré. » Adieu douce ivresse... Et pourtant ! Le Coran décrit comme suit le paradis : « Il y aura des fleuves dont l'eau est incorruptible, des fleuves de lait au goût inaltérable, des fleuves de vin, délices pour ceux qui en boivent, des fleuves de miel purifié. » Et de nombreux mystiques musulmans ont fait d'une ébriété mesurée et employée à bon escient un véritable instrument de leur foi.
    Malek Chebel, amateur éclairé d'un Islam ouvert et tolérant, ne pouvait manquer de s'intéresser à ce paradoxe. Sa connaissance sans faille de la tradition littéraire musulmane, de sa poésie et de ses contes, lui permet de nous livrer un succulent florilège de textes consacrés au vin, accompagnés de commentaires et d'indications historiques qui permettront à chacun d'en mesurer la portée et le sens.
    Un livre à déguster, en somme, sans modération.

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