Editions Verdier

  • Les voilà, encore une fois : Billaud, Carnot, Prieur, Prieur, Couthon, Robespierre, Collot, Barère, Lindet, Saint-Just, Saint-André.Nous connaissons tous le célèbre tableau des Onze où est représenté le Comité de salut public qui, en 1794, instaura le gouvernement révolutionnaire de l'an II et la politique dite de Terreur.Mais qui fut le commanditaire de cette oeuvre ?
    À quelles conditions et à quelles fins fut-elle peinte par François-Élie Corentin, le Tiepolo de la Terreur ?
    Mêlant fiction et histoire, Michon fait apparaître avec la puissance d'évocation qu'on lui connaît, les personnages de cette « cène révolutionnaire », selon l'expression de Michelet qui, à son tour, devient ici l'un des protagonistes du drame.

  • En 2012, Thésée quitte "la ville de l'Ouest" et part vers une vie nouvelle pour fuir le souvenir des siens. Il emporte trois cartons d'archives, laisse tout en vrac et s'embarque dans le dernier train de nuit vers l'Est avec ses enfants. Il va, croit-il, vers la lumière, vers une réinvention. Mais très vite, le passé le rattrape. Thésée s'obstine. Il refuse, en moderne, l'enquête à laquelle son corps le contraint, jusqu'à finalement rouvrir "les fenêtres du temps"...

  • « J'avais prolongé mon séjour à Veracruz tant qu'elle avait été là - je l'aurais prolongé jusqu'à la fin du monde, s'il n'avait tenu qu'à moi. Maintenant qu'elle avait disparu, je le prolongeais dans l'espoir de la retrouver, ou au moins d'apprendre quelque chose sur les raisons de sa disparition.
    Un jour, un pli me parvint à l'hôtel, expédié par la poste, ne comportant aucune indication de provenance, aucun mot d'accompagnement. Il contenait les quatre récits, brefs et terribles, qu'on va lire. »

  • La scène se passe à Urbino, au palais ducal, à la fin du mois de juin 1502. Dans l'effet de souffle des guerres d'Italie, les petits États tremblent sur leur base ; ils seront à qui s'en emparera hardiment. Insolent et véloce comme la fortune, César Borgia est de ceux-là.Le fils du pape donne audience à deux visiteurs. Le premier est un vieux maître que l'on nomme Léonard de Vinci, le second un jeune secrétaire de la Chancellerie florentine du nom de Nicolas Machiavel.De 1502 à 1504, ils ont parcouru les chemins de Romagne, inspecté des forteresses en Toscane, projeté d'endiguer le cours de l'Arno. Un même sentiment d'urgence les fit contemporains. Il ne s'agissait pas seulement de l'Italie : c'est le monde qui, pour eux, était sorti de ses gonds.Comment raconter cette histoire, éparpillée en quelques bribes ? Léonard ne dit rien de Machiavel et Machiavel tait jusqu'au nom de Léonard. Entre eux deux coule un fleuve. Indifférent aux efforts des hommes pour en contraindre le cours, il va comme la fortune.Alors il faut le traverser à gué, prenant appui sur ces mots rares et secs jetés dans les archives comme des cailloux sonores.

  • L'homme qui venait de franchir la frontière, ce 23 juillet 1873, était un homme mort et la police n'en savait rien. Mort aux menaces, aux chantages, aux manigances. Un homme mort qui allait faire l'amour avant huit jours.En exil en Suisse, Gustave Courbet s'est adonné aux plus grands plaisirs de sa vie : il a peint, il a fait la noce, il s'est baigné dans les rivières et dans les lacs. On s'émerveille de la liberté de ce corps dont le sillage dénoue les ruelles du bourg, de ce gros ventre qui ouvre lentement les eaux, les vallons, les bois.Quand il peignait, Courbet plongeait son visage dans la nature, les yeux, les lèvres, le nez, les deux mains, au risque de s'égarer, au risque surtout d'être ébloui, soulevé, délivré de lui-même.De quel secret rayonnent les années à La Tour-de-Peilz, sur le bord du Léman, ces quatre années que les spécialistes expédient d'ordinaire en deux phrases sévères : Courbet ne peint plus rien de bon et se tue à force de boire ?Ce secret, éprouvé au feu de la Commune de Paris, c'est la joie contagieuse de l'homme qui se gouverne lui-même.

  • "Je voudrais faire des portraits qui un siècle plus tard aux gens d'alors apparussent comme des apparitions" écrivait Van Gogh il y a justement un siècle. Ces portraits, on peut douter qu'ils apparaissent aujourd'hui : comble de la valeur marchande, ils sont aussi peu visibles que les effigies des billets de banque. C'est que Van Gogh, qui accessoirement était peintre aussi, est une affaire en or. Dans cette affaire,il est bien au-delà de son oeuvre maintenant, nulle part.J'ai voulu le voir en deçà de l'oeuvre ; par les yeux de quelqu'un qui ignore ce qu'est une oeuvre, si ce phénomène était encore possible à la fin du siècle dernier ; quelqu'un qui vivait dans un temps et dans un milieu où la mode n'était pas encore que tout le monde comprît la bonne peinture :ce facteur Roulin qui fut l'ami d'un Hollandais pauvre, peintre accessoirement, en Arles en 1888. Et bien sûr je n'y suis pas parvenu. Le mythe est beaucoup plus fort, il absorbe toute tentative de s'en distraire, l'attire dans son orbite et s'en nourrit, ajoutant quelques sous au capital de cette affaire en or, sempiternellement.Cet échec est peut-être réconfortant : il me permet de penser que le facteur Roulin se tient nécessairement devant qui l'évoque à la façon d'une apparition, comme le voulait celui qui le fit exister.

  • Donner à manger à ceux qui ont faim, donner à boire à ceux qui ont soif, vêtir ceux qui sont nus, loger les pèlerins, visiter les malades, visiter les prisonniers, ensevelir les morts : tels sont les impératifs édictés par l'Église sous le nom d'oeuvres de miséricorde que le Caravage a peint dans un tableau qui porte ce titre, et dont ceux qui, nés en culture chrétienne, qu'il le sachent ou non, sont censés être imprégnés. Cette injonction morale, l'écrivain l'a mise à l'épreuve de son expérience - réelle ou imaginaire.« Je suis resté longtemps prisonnier du sentiment flottant, informulé selon lequel l'Allemagne était infréquentable. Je n'étais pas guidé par une idée, un ressentiment moins encore, mais,de fait, chez moi on n'allait pas en Allemagne...Maintenant, je veux serrer dans mes bras le corps d'un de ces hommes que l'Histoire longuement m'opposa, le corps d'un homme allemand. Je vais donc à Cologne par un beau jour de mai, et je fais cela qui, pour un Français, a son pesant de sens :coucher avec un Allemand...J'ai cherché par là à comprendre comment le Corps Allemand, majuscules à l'appui, après être entré à trois reprises dans la vie française sans demander d'autorisation (1870, 1914, 1939), continue à façonner certains aspects de notre existence d'héritiers de cette histoire. Chemin faisant, j'ai également rassemblé divers éléments de fiction individuelle et de réalité collective, pour la plupart « impensables », afin de tenter d'y voir un peu plus clair dans les violences que les hommes s'infligent - individuelles, sociales, sexuelles, historiques, guerrières, massivement subies mais de temps à autre, aussi, consenties -, dont l'art et la sexualité sont le reflet et parfois l'expression, et de les lier du fil de cet impératif de miséricorde qui fonde notre culpabilité puisqu'il est,de tout temps et en tous lieux, battu en brèche.

  • Denise s'est entichée de Paul, le narrateur. C'en était gênant au début. Alors, malgré ses habitudes volontiers casanières, il n'a pas refusé. Ensemble, ils ont passé un an dans son appartement parisien, une année de routine sans tellement se divertir. Lui, le matin, se rend à son bureau quand elle ne sort pas, car Denise est un chien, de bonne taille, un bouvier bernois, une femelle, ancienne élève de l'école des chiens d'aveugle, un cancre recalé pour sa couardise urbaine. Jeune de quatre ans, elle avait de faux airs de Bakounine.
    Entre eux, l'ordinaire des sempiternelles vadrouilles urbaines se limite à trois sorties quotidiennes dans une géographie relevant plus du pâté que du quartier, un pâté autour duquel ils tournent ensemble, sans varier, des flâneries au carré. Elle s'en contente, en bête, la langue souriante, le croupion au roulis, ses cuissots qui ressemblent tellement aux contours de l'Afrique. Un an de la sorte, Paul s'en fait une peine, tellement que, pour quatre jours, lui et la chienne s'offrent une escapade. Denise au Ventoux.
    Mais que s'est-il passé à la descente entre Denise et son maître sur les gradins du grand Ventoux?? Subitement les voici face à face, comme jamais, rassemblés dans une calme éternité.

  • Dans une série de scènes érotiques où la joie le dispute à l'énormité des situations et des propos tenus, Anne Serre se livre à un jeu de débordements qui, loin de déconcerter le lecteur, lui offrent un véritable enchantement.Dans une scène originelle, « la table au disque luisant » fonctionne comme objet érotique mais aussi comme objet de divination, objet fascinant chargé de messages que la narratrice sera plus tard amenée à décrypter lorsqu'elle aura quitté l'enfance.Elle rencontre aussi sur son chemin nombre de personnages qui seront pour elle autant de signes qui participeront secrètement à la construction de soi.Au terme d'une errance à la fois dramatique et confiante, elle pourra enfin énoncer la formule magique du contede Grimm : Petite table, sois mise !Jane Austen disait que « les narrateurs doivent raconter un mystère ». C'est bien un parcours énigmatique que trace ce récit qui a le charme et la raisonance profonde d'un conte.Anne Serre est l'auteur d'une dizaine de livres, son dernier roman, Les Débutants, a paru en 2011.

  • Bastien a la trentaine. Il a passé son enfance en Corrèze dans un hameau isolé, au sein d'une famille aimante. À huit ans il tombe amoureux de Nicolas, un de ses camarades de classe, qui disparaît peu après dans un accident de voiture. N'ayant pu consacrer sa vie à ce garçon, Bastien la consacrera aux hommes que le hasard mettra sur sa route. Bastien est régisseur de théâtre, il aime aussi l'escalade, quand il n'est pas sur les plateaux il affronte les à-pics des grands causses de Lozère. En outre, depuis l'enfance, il s'habille parfois en fille pour voir comment le monde alors apparaît et répond. Enfin il arrive qu'il ne soit ni au théâtre ni au grand air, ni habillé en garçon ou en fille, mais nu dans quelques films pornographiques qui lui permettent d'allier l'utile à l'agréable.C'est dans un de ces films que je l'ai vu pour la première fois. Je ne me suis jamais remis de la liberté insolente de sa présence. Devant l'écran où je me tiens caché, à l'ombre de la lumière que Bastien projette, sans fin j'interroge le mystère de son apparition, le sens qu'elle confère à ma vie. Je tente ici de deviner tout ce que les films où je le vois s'ébattre dérobent à ma vue (son enfance, son travail, sa famille, ses amours, ses habits), me laissant dans l'exercice conjugué du regard et du désir, dans la contemplation d'un portrait lumineux et brutal à peaufiner pour les jours, désormais proches, où l'ombre gagnera.

  • Nul ne sait d'où vient cet homme qui marche - Julien Letrouvé, colporteur, fut un enfant abandonné - nul ne sait non plus où il va, sinon, peut-être, rejoindre, au bout de son errance, une femme qui l'attend dans son imagination égarée : celle qui lit les livres. Car la première des deux rencontres éblouissantes et décisives qui nous sont contées dans le récit, est celle d'une paysanne dont la voix et la présence, dans la chaleur souterraine de l'écreigne, enchanta les veillées de son enfance tandis qu'elle faisait la lecture, à une petite assemblée de femmes occupées à filer, des petits livres de colportage de la Bibliothèque bleue. La seconde aura lieu près du champ de bataille de Valmy - dans les premières années de la République, menacée sur ses frontières, et déjà saisie par le sombre pressentiment de la Terreur -, cette fois avec un jeune homme, déserteur de l'armée prussienne. Elle fera basculer son destin.

  • Rompant avec une tradition qui décrit l'atmosphère monacale des ateliers de copistes du Moyen Âge, ce roman met en scène un scribe très laïque, Raoulet d'Orléans - personnage réel,il fut l'un des copistes attitrés de Charles V -, bon vivant, hâbleur, peu chatouilleux sur les mystères de la religion.Animant un atelier familial au coeur de Paris, actuelle rue Boutebrie, il a pourtant copié des bibles à tour de bras mais, incapable d'établir le silence et de se concentrer très longtemps sur ses rectangles de parchemin, il a pour habitude de fréquenter les tripots des barrières, ceux de Montfaucon notamment, le grand gibet de Paris.Au-delà de l'intrigue qui se noue autour d'un mystérieux faussaire venu s'immiscer dans les commandes royales de Raoulet, ce roman en fome de parabole médiévale restitue l'ombre de l'imprimerie qui plane sur le siècle et suggère une méditation sur l'avènement contemporain du numérique.

  • Daily Express, 4 septembre?1945?: «?Personne ne sait encore pourquoi Sonia A., une artiste espagnole de 23 ans, a chuté mortellement de 80 pieds sur le pavé de Queensway, Bayswater. Hier matin, elle a passé un appel téléphonique depuis l'immeuble. Quelques minutes plus tard, elle gisait nue et mourante dans la rue.?»
    Quand on a vécu son enfance dans une absolue liberté et que l'entrée dans l'âge adulte ne s'est assortie d'aucun harnais, d'aucune obligation ni désir de servir, de consacrer les bonnes heures du jour au travail, aux soins des enfants ou des animaux, alors la faim de liberté se déplace, elle mute, elle trouve aussitôt d'autres murs à quoi se heurter, d'autres insuffisances?: la société, bien sûr, la liberté qu'on n'a pas d'y faire ceci, d'y être cela, mais aussi la limitation du corps et la limitation de l'esprit.
    Poursuivant un désir à quoi rien ne saurait répondre, Sonia amorce un envol qui n'aura pas de fin.

  • Ce deuxième tome couvre les années quatre-vingt-dix, et porte toute l'ombre qui - à l'exclusion des années soixante - a prévalu au long de ce vingtième siècle.

  • « Pour des raisons qui touchent à mes origines, à ma destinée, j'ai ressenti le besoin d'y voir clair dans cette vie. La littérature m'est apparue comme le mode d'investigation et d'expression le moins inapproprié. Elle est porteuse, comme l'histoire, comme la philosophie, comme les sciences humaines, d'une visée explicative, donc libératrice. Elle peut descendre à des détails que les discours rigoureux ne sauraient prendre en compte parce qu'il n'est de science que du général.Les notes quotidiennes ne diffèrent pas, dans le principe, de ce que j'ai pu écrire ailleurs. Les autres livres se rapportent aux lieux, aux jours du passé, le Carnet à l'heure qu'il est, au présent." P. B.Ce journal, qui couvre la première décennie du vingt et unième siècle, constitue le troisième volume des Carnets de notes de Pierre Bergounioux.

  • Tassili, Goodmann et Myriam. Deux hommes et une femme en guenilles, anciens poètes, anciens membres du service Action qui se connaissent à peine. Ils cheminent dans l'obscurité qui suit leur décès. La route est interminable et monotone. Ils doivent apprendre à marcher ensemble dans ce monde sans lumière où ils affrontent non seulement les ténèbres, mais aussi des bizarreries du temps, car celui-ci ne s'écoule pas de façon familière. Il s'étire ou se rétrécit, mais surtout il s'interrompt, il « n'aboutit pas ». Pour essayer de poser des repères dans la durée de leur voyage, ils se racontent des histoires. Ils aimeraient que les récits qu'ils inventent se gravent dans leurs mémoires et dessinent peu à peu un calendrier et des souvenirs qui accompagneraient leur progression vers la fin. Or, quel que puisse être le contenu de leurs histoires - aventures trépidantes, violence, vengeance, rêves, missions criminelles, explorations fantastiques -, tout s'interrompt en plein coeur de l'action. Les images naissent, couleurs et anecdotes flamboient, mais soudain une force mystérieuse intervient et cisaille impitoyablement la narration. De nouveau et en un instant, le noir se fait. Les narrats deviennent des interruptats, le roman devient une chambre d'échos. Quant à Tassili, Goodmann et Myriam, ils poursuivent leur longue marche sans savoir si un jour ils vont s'éteindre, ni si l'extinction durera le temps d'un claquement de doigts, ou mille ans.

  • Notre rapport à la médecine dépasse la réalité car cette science nous semble détenir une part de notre destin. De ce diagnostic découle l'évidence d'une « médecine imaginaire ».Si la pratique de cet art, la maladie et ses thérapeutiques cristallisent l'imaginaire de chacun, ces images sont étonnamment hétérogènes : la connaissance s'y mêle avec l'obscur, la raison à la folie. Chacun des noms qu'elles portent appelle ce cortège étrange aussi prompt à provoquer la gravité que le rire d'autant plus juste qu'il est grave.La voix d'Emmanuel Venet prend en charge cet hétéroclite par quoi nous assumons notre sort, et « s'impose la nécessité de rendre à la médecine la part de poésie qu'elle rechigne à assumer ». Alors sa langue résonne comme une évidence. On habite sa fiction comme une réalité qui nous appartient.Il n'est pas question ici de la vérité, mais des vérités de la médecine que ce texte fait vivre en creux, avec jubilation, pour notre grande guérison.

  • Nulle désillusion ne se compare à celle que la génération d'après-guerre a connue. Au printemps des années soixante a succédé l'hiver, qui dure encore, des années quatre-vingt. Les grandes espérances ont pâli, la vie perdu la saveur qu'on lui trouvait.Le changement d'horizon, la fin d'une époque, c'est à l'échelle des heures, dans le détail de l'expérience personnelle qu'on en prend la mesure.Ces notes, prises au jour le jour, depuis vingt-cinq ans, accusent avec les progrès de l'âge, l'érosion du bonheur qui avait été donné, pour commencer.

  • La Voix écrite retrace un cheminement entre médecine et écriture, accompagné par l'amitié d'un vieil homme. Une cartographie intime qui n'est pas sans rappeler les récits autobiographiques des auteurs spirituels. Interrogeant le rôle possible de la littérature dans les temps incertains, ce récit sonde ce qui y résiste et nous soutient, et suit les tâtonnements de cette subjectivité mouvante, sans frontière, que les mots savent si bien façonner et éroder en même temps.

  • Un homme, Gordon Koum, revient dans une ville détruite. Toute sa famille repose sous les décombres. Lui-même, irradié, va mourir. La guerre est partout, l'ennemi indescriptible frappe sans cesse... Près de lui il remarque un pantin noirci et la dépouille miraculeusement intacte d'un rouge-gorge.Il se tourne vers eux pour parler, mais, au-delà, il s'adresse à ses enfants, à sa femme et à ses camarades disparus. Il raconte de petites histoires bizarres, cruelles, tendres, toutes marquées par un humour noir dévastateur. Et peu à peu il retrace la geste d'une communauté de fin du monde, où les faibles survivent en puisant leur force dans le rire décalé et dans une violence qu'ils savent inutile.Réfugiés, errants, sous-hommes, éclopés vivant dans leurs rêves, personnages de l'après, voilà les héros dont Gordon Koum évoque la mémoire. Il leur rend hommage parce qu'il les aime. Et aussi parce qu'ils possèdent encore, au coeur du dénuement et du cauchemar, la lumière qui fait d'eux des résistants magnifiques, des amoureux, d'authentiques et indomptables humains.

  • Les habitants de Constantinople l'appelaient les Vingt-quatre Portes du jour et de la nuit. Ils aimaient le spectacle des automates qui franchissaient là-haut, à l'heure dite, le seuil des niches ouvertes dans le clocher des Saints-Apôtres. L'homme qui lutte contre le sommeil, en ce lundi 18 juillet 2016, sur un banc du square Le Gall, dans le quartier des Gobelins à Paris, est l'une des très rares personnes qui conservent encore aujourd'hui le souvenir de cette horloge, qui fut pourtant l'une des merveilles du monde. Elle est mêlée à son existence plus encore qu'il ne le pense. Il nous invite ici à partager l'aventure d'une journée qui changera le cours de sa vie. Le roman évoque le temps qui nous traverse et les ruses que l'on invente pour domestiquer cette morsure intime, c'est aussi une histoire d'amour, la plus naïve et la plus subtile des ruses que l'homme a inventé d'opposer au temps qui passe.

  • La Grande Sauvagerie, c'est le nom que les coureurs de bois du Canada français ont donné à ce qui s'est appelé, en d'autres temps et d'autres lieux, The Wild : l'espace inviolé, le blanc sur la carte. L'expression s'est perdue et ne parle plus guère à personne.La Grande Sauvagerie, c'est aussi un lieu-dit, un rocher qui domine un coin de la campagne limousine. Les guides touristiques le signalent à l'attention pour sa lanterne des morts, une simple tour de granit, sans grâce.Les habitants du pays ont oublié depuis longtemps qu'un feu y brûlait jadis, qui guidait les voyageurs dans la nuit.Thérèse Gandalonie a grandi à Saint-Léonard, à l'ombre de la lanterne des morts. Puis elle s'en est allée. Elle a traversé l'océan. Elle a découvert, dans les bibliothèques américaines, le Journal inédit de Jean-François, peintre d'ex-voto établi à Montréal, cousin à la mode de Bretagne du Grand Rameau. Elle a compris en le lisant que les deux Grandes Sauvageries renvoyaient l'une à l'autre.Quand elle s'en retournera, elle saura désormais apercevoir, infusée dans le paysage, une histoire oubliée de tous. Elle la déchiffre pour nous. C'est sa voix que nous entendons, une voix rocailleuse traversée par le vol des lucioles.

  • À travers marais et canaux, chemin de halage et route forestière ou dans le cabinet du petit bourg vendéen, le jeune médecin fait son apprentissage.
    Dans ce monde rural des années soixante-dix qui semble n'avoir pas bougé depuis des siècles, il se trouve confronté à des situations dramatiques, poignantes et parfois burlesques.
    Mais la solitude de Paco est sans cesse visitée par ses rêves d'Espagne et par la figure aimée mais bien peu rassurante d'Hélène. Que cachent ses mensonges?? ses amitiés anciennes nées dans les engagements révolutionnaires de sa jeunesse??

  • Un cyclone arrive sur la ville. Enfermé chez lui, le narrateur regarde par la fenêtre le vent, la pluie malmener les maisons et les arbres. Soudain, il se rend compte que le vieil orme, auquel il se confie depuis longtemps, est menacé. Commence alors une plongée intérieure allant de l'incertitude à la terreur, au bord du vertige, vers un recommencement.

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