Emmanuel Fureix

  • Le siècle présenté dans l´ouvrage, de la fin des guerres napoléoniennes à la Première Guerre mondiale, est jalonné de restaurations, révolutions, insurrections et coups d´État, alimentant le spectre d´une éternelle guerre civile franco-française. Il se conclut par l´enracinement du modèle républicain libéral, occultant la diversité des expériences et des imaginaires du futur.
    L´ouvrage, appuyé sur des travaux récents, s´efforce de restituer l´effervescence de ces possibles, pris entre nostalgie du passé, transmission de la Grande Révolution, compromis napoléonien, invention de l´utopie, aspiration à la démocratie sociale et à la vraie souveraineté du peuple. Il donne à voir un siècle d´intense politisation, par le suffrage mais aussi la sociabilité, les rites protestataires, voire la violence révolutionnaire. Il montre l´extrême fermentation d´une société aspirant à la mobilité, travaillée par l´émergence du paupérisme et de la « question sociale » et les réponses contradictoires qui leur sont opposées.
    Ces tensions et cet apprentissage politiques sont aussi liés à des mutations de grande envergure, très inégalement rythmées et partagées, mais qui forment l´arrière-plan de ce paysage : l´industrialisation et la modernisation technique, la croyance dans le progrès scientifique, l´unification du territoire, l´affirmation de l´État, la sécularisation partielle de la société, l´avènement progressif d´une culture de masse, la construction d´un empire.

  • Au XIXe siècle, le « vandalisme révolutionnaire » n'est plus de saison. Et pourtant, des gestes oubliés, d'une ampleur insoupçonnée, semblent se rejouer : bustes de rois brisés, emblèmes martelés, drapeaux brûlés. Dans des moments d'anomie, de révolution ou de restauration, le domaine de ce qu'il est tolérable de voir est redéfini. L'oeil blessé dicte sa loi. Que détruisent alors les iconoclastes ? Que visent-ils à travers l'image brisée ? Quelle puissance et quelle vitalité lui attribuent-ils ? Quels effets croient-ils produire sur le monde social et sur les rapports de pouvoir ? Nourri d'archives vivantes et sensibles, l'ouvrage analyse ces gestes en situation, comme autant d'opérations politiques dont il restitue les sens perdus.

    Emmanuel Fureix est maître de conférences habilité à diriger des recherches à l'Université Paris-Est Créteil, ancien membre de l'Institut universitaire de France. Il a notamment publié La France des larmes. Deuils politiques à l'âge romantique (Prix Chateaubriand 2009), Le siècle des possibles. 1814-1914 (2014), et La modernité désenchantée. Relire l'histoire du XIXe siècle français (2015, avec François Jarrige).

  • Comment lire le politique à travers le culte rendu aux grands morts, héros ou martyrs? À l'âge romantique, de la Restauration des Bourbons au retour des cendres de Napoléon (1814-1840), au moment où la dignité des morts est réaffirmée, où les larmes sensibles sont valorisées, Paris résonne de ces deuils dynastiques, étatiques, contestataires, voire insurrectionnels qui disent les fractures et les efforts de réconciliation d'une société avec elle-même.Une génération après la Révolution, en plein apprentissage de la vie parlementaire, les affrontements politiques s'expriment par des panthéons rivaux, des mémoires contradictoires et des rites concurrents. Le deuil des victimes de la Révolution vise à exorciser le régicide dans une improbable expiation nationale. Les funérailles dynastiques des Bourbons (duc de Berry, Louis XVIII) célèbrent le seul sang royal, quand le régime de Louis-Philippe «bricole» un deuil national réconciliateur - celui de Napoléon ou des insurgés de 1830. Au risque de voir se retourner cette mémoire contre lui-même. Dans le même temps, des funérailles d'opposition permettent à des exclus de la politique de pénétrer par effraction dans le cours de l'histoire. Des foules en deuil traversent la capitale et inventent l'«enterrement-manif» autour de la dépouille du général Foy, de Benjamin Constant, du général Lamarque ou de La Fayette. L'impossible deuil des vaincus, de Napoléon aux insurgés tombés sur les barricades, parvient aussi à percer dans l'espace public populaire.À travers ces deuils concurrents, l'ouvrage propose un «étonnant voyage» (Alain Corbin), une immersion complète dans des gestes, des mots, des émotions qui suggèrent une autre manière d'écrire l'histoire politique.

  • Les gestes iconoclastes sont présents au cours de la plupart des processus révolutionnaires : statues déboulonnées, portraits brûlés, emblèmes effacés, souvent en public. Ces destructions ou profanations visent l'effacement d'une mémoire, la « régénération » culturelle, le simple défoulement de haine dans un contexte de surenchère émotionnelle, l'expression d'une opinion dans l'espace public (forme extrême du graffiti), ou encore une appropriation de souveraineté.
    Cet ouvrage pluridisciplinaire (historiens, historiens de l'art, anthropologues) étudie l'iconoclasme de la France en Révolution au Printemps des Peuples, de la Commune à la Révolution bolchevique, de la Révolution hongroise à la Révolution culturelle chinoise, de la chute du Mur de Berlin à la « révolution » talibane en Afghanistan.

  • Pour la première fois, l'éditeur des savoirs, les Presses Universitaires de France, et la maison de disques culturels de référence Frémeaux & Associés, s'associent pour proposer des cours particuliers sur l'histoire de France, racontée, expliquée et analysée par les plus grands universitaires.
    En près de cinq heures, cet enregictrement retrace l'histoire de France au XIXe siècle, incarnée par Emmanuel Fureix, spécialiste d'histoire contemporaine."
    Claude COLOMBINI FRÉMEAUX

  • Le désenchantement qui accompagne notre modernité nous rend plus attentifs à celui des hommes et des femmes qui, en plein XIXe siècle, doutaient des vertus du progrès, des fantasmagories de la technique et de la toute-puissance du sujet rationnel - autant de grands récits dont l'épuisement récent a profondément renouvelé le regard sur ce siècle.
    Depuis une trentaine d'années, les historiens insistent sur les multiples possibles qui se sont entrouverts alors et qui portaient en eux les germes d'une émancipation qui ne s'est pas produite. Ils repensent en profondeur les chemins de l'industrialisation et les conflits qu'elle a engendrés, ils restituent les mutations du temps et de l'espace perçus, ils déconstruisent les illusions de la culture " démocratique " et d'un " universalisme " exclusivement blanc et masculin, ils retracent aussi les formes plurielles de l'expérience coloniale, entre violences extrêmes et accommodements...
    Ce sont tous ces déplacements historiographiques dont cet ouvrage propose un panorama à la fois savant et vivant, ancré dans la chair du passé. Ce livre conserve du XIXe siècle son désir de récapituler - sans enfermer -, du XXe siècle son optimisme mesuré, du XXIe siècle son inquiétude réflexive.

empty