Charles Trenet

  • « Longtemps, longtemps, longtemps / Après que les poètes ont disparu / Leurs chansons courent encore dans les rues », a écrit et chanté Charles Trenet. Il a ajouté : « Un jour, peut-être, bien après moi / Un jour on chantera / Cet air pour bercer un chagrin / Ou quelqu´heureux destin. » Il avait raison : après qu´il a « disparu » en 2001, à l´âge de 88 ans, ses refrains et ses mélodies ont continué à courir le monde, à danser dans les têtes, à éclairer des vies.Même si, auparavant, il avait déjà chanté pendant trois ans en duo avec le pianiste Johnny Hess, c´est vraiment en 1937 que Charles Trenet est entré dans l´Histoire : alors qu´il faisait son service militaire, une de ses chansons, Y a d´ la joie, a été créée au Casino de Paris par Maurice Chevalier et a connu un succès immédiat. L´année suivante, au printemps, désormais seul en scène, il a lui-même triomphé à l´ABC avec Je chante. Depuis cette époque, son répertoire fait partie de notre mémoire collective.Charles Trenet a inventé la chanson moderne. Avant lui, le genre était partagé entre niaiseries sentimentales et mélodies cafardeuses, entre refrains grivois et humour de caserne. Yeux écarquillés, chapeau en auréole, il a osé le loufoque, syncopant la musique, chahutant la langue, faisant swinguer les mots et bondir les onomatopées. Et ce vent frais est arrivé à l´heure précise des premiers congés payés, quand le peuple découvrait la mer, le soleil et la nature. C´est ainsi que Trenet est devenu un chanteur populaire.Il est aussi un auteur-compositeur sans frontière. La mer a « inondé » le monde. Elle a fait l´objet de plusieurs milliers d´enregistrements, elle a été interprétée par les plus belles voix (Juliette Gréco, Sarah Vaughan, Barbra Streisand, Bing Grosby, Frank Sinatra, Tom Jones...). Elle n´est qu´un diamant parmi d´autres. Car Charles Trenet a signé des centaines de chansons : celles que l´on connaît par coeur (Boum, Le jardin extraordinaire, Vous qui passez sans me voir, Ménilmontant, Le soleil et la lune, Mam´zelle Clio, La romance de Paris, À la porte du garage, Débit de l´eau débit de lait, Douce France, etc)... et les autres, qui sont aussi belles, aussi drôles, aussi délirantes, aussi « déjantées », et aussi poignantes parfois.
    Y a d´ la joie réunit toutes les chansons de Charles Trenet, y compris les inédites.

  • La vie qui va

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    Oeuvre posthume de deux créateurs de génie, ce livre réalise l'un des derniers rêves de Cabu : illustrer un recueil des meilleurs textes de Charles Trenet en dehors de ses chansons. Des centaines d'écrits de tonalité et de genre divers, nés au fil du temps et de la plume, parus pour la plupart dans des journaux ou restés inédits. Retrouvés et rassemblés par Vincent Lisita, ils constituent l'" oeuvre parallèle " du Fou chantant, demeurée jusqu'ici inaccessible en raison de son éparpillement, et nous plongent dans l'univers intime et singulier de l'auteur de La Mer et de Douce France.
    On y découvre, au gré de l'inspiration comme de la fantaisie du chanteur, des contes surréalistes, des souvenirs de jeunesse, des réflexions sur la poésie, la littérature et le cinéma, ou encore des témoignages inattendus, notamment le récit de son emprisonnement aux États-Unis en 1948 pour une présumée " affaire de moeurs ".
    C'est dans les pages du Coq catalan, la revue dirigée par le poète et journaliste Albert Bausil, devenu son mentor, que Trenet fit paraître son premier article : c'était en 1925, il avait douze ans. Par la suite, il publiera dans Le Coq catalan reportages, chroniques et poèmes, avant de travailler avec d'autres périodiques et de dire ou de lire de façon impromptue dans des émissions de radio ou de télévision des textes qu'il venait tout juste de terminer.
    On retrouve dans La Vie qui va tout ce que Cabu et ses innombrables admirateurs aimaient dans le répertoire de Trenet : un hymne à la " vie tendre, grave et légère " que le dessinateur accompagne avec la même sensibilité qui donne à cet ensemble son émouvante et belle harmonie.

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