Alain Brossat

  • Cet essai décrit le retour de la figure très ancienne de l'affrontement du serviteur avec son maître, au coeur des rapports capitalistes contemporains, au temps de la crise sans fin de la démocratie libérale. La dérégulation généralisée des relations entre le capital et le travail, la disparition toujours accélérée des emplois à statut, la "flexibilisation" du travail se conjuguent avec la crise de la représentation qui dépouille les couches populaires de ce qui leur restait de capacité politique. Ainsi se dessine le nouveau visage de la subalternité.

  • « Comment dites-vous déjà ? Socialisme, communisme, totalitarisme, stalinisme ? Nos hésitations et nos cafouillages, nos rudes empoignades d'hier et sans doute de demain autour du nom de la « chose » en disent long bien, sûr, quant au mystère de ce qui s'en va avec l'évaporation du « socialisme réel » en Europe de l'Est, la montée du chaos en Union soviétique et la déréliction du mouvement communiste international. En effet, avec et dans l'événement-cassure, ce sont différentes séquences, différentes durées qui viennent se coaguler, qui entrent en collision. Car enfin : quelle est la page, le chapitre, le tome qui s'achève là ? quelle histoire ? celle qui commence avec Yalta ? celle qu'inaugure octobre 2017 ? ou peut-être celle qu'inaugure Le Manifeste communiste ? le messianisme jacobin ? Ou bien encore, pourrait-on dire, suivant le fil d'Hannah Arendt, est-ce là le terme de l'ère noire des mouvements totalitaires qui a pris corps, sur le terreau européen au début des années trente ? »

  • La tonte de milliers de femmes soupçonnées de "collaboration horizontale" avec l'ennemi est un phénomène qui a longtemps filé entre les doigts des historiens professionnels. Partant de cet embarras, l'auteur tente de saisir ces violences comme un phénomène "total" dont chaque facette ne s'éclaire qu'au prix de la mobilisation des savoirs et d'hypothèses infiniment variés. Le développement tardif, mais désormais bien ancré, en France, des études de genres souligne l'intérêt de la réédition de ce livre paru la première fois en 1992.

  • Au chapitre premier, N. touche un chèque d'un montant inestimable. Avenue Lénine, un semi-remorque dérape sur la pluie. Au chapitre deuxième, N. emmène dîner la petite et imagine une scène de théâtre. Au chapitre troisième, N. achète un appartement. Au chapitre quatrième, N. part dans sa maison des Vosges et fait la connaissance de deux loirs. Au chapitre cinquième, N. emménage avec ses deux loirs et se dispute avec elle. Au chapitre sixième, N. passe l'aspirateur, ce qui indispose les loirs. Au chapitre septième, N. et son attelage de loirs vont à Chantilly retrouver Lulu dans la forêt.

  • Rassemblant des essais écrits au fil des dix dernières années, ce livre prend pour objet la figure énigmatique d'un devenir démocratique de la politique mondiale qu'accompagne comme son ombre la prolifération des violences extrêmes. A la politique entendue comme mise à l'épreuve de la diversité humaine tend à se substituer une post-politique qui réactive toujours plus distinctement la figure immémoriale du troupeau humain conduit par ses pasteurs avisés.

  • Une brèche s'est ouverte à l'Est de l'Europe, au tournant des années 1980, que nous ne savons pas bien nommer: fin d'un empire, d'un siècle, d'une aberration politique, d'une espérance dévoyée...? La vitesse de l'Histoire ne nous a pas laissé le temps de reprendre notre souffle, ni de méditer la portée de cet effondrement : à peine l'avions-nous enregistré qu'il nous fallait déjà faire face aux sinistres de l'âge " post-communiste " - en Ex-Yougoslavie, en Tchétchénie...
    Rassemblant des essais écrits au fil de l'ultime décennie du " socialisme réel ", Alain Brossat propose une réflexion libre de préjugés sur les traces et les ruines de ce communisme trop vite jeté aux oubliettes de l'Histoire.

  • Ernest Coeurderoy entre en politique après le massacre de juin 1848, mais engagé dans les mouvements radicaux, doit bientôt fuir la France et se réfugier en Suisse, commence alors un long parcours d'exil. Vite oublié, en dépit du talent littéraire et pamphlétaire que manifestent ses écrits, Coeurderoy n'en est pas moins un témoin de premier plan de la période qui suit la Révolution de 1848. Il est, par excellence, le chantre de l'espérance trahie, de la mélancolie révolutionnaire accablée par le triomphe de l'ordre policier, de la bêtise et de l'argent. Il se suicidera désespéré en 1862.

  • L'horreur d'Auschwitz et des crimes staliniens n'a mis un terme ni à l'histoire totalitaire, ni à celle des exterminations. Le présent est contaminé.

    L'actualité apporte chaque jour la preuve que la démocratie triomphante n'est pas incompatible avec la perpétuation, voire l'extension du monde concentrationnaire. Conserver la mémoire ne suffit pas. Il faut, pour l'avenir, passer à une compréhension du XXe siècle marqué plus que tout autre par la déchirure catastrophique du tissu de la civilisation que la démocratie mondialisée ne peut réparer.

    Alain Brossat, philosophe et enseignant à l'université Paris VIII, a voulu entreprendre cette tâche en relisant Hannah Arendt et Michel Foucault. Analysant la logique des discours concernant les génocides livrés aux émotions, aux jeux de mémoire et aux enjeux politiques, il élabore une histoire comparée des différentes scènes de l'extrême Auschwitz, la Kolyma, Hiroshima.

  • Ce livre n'est pas une biographie savante du jeune Trotsky mais l'évocation engagée d'un itinéraire politique, théorique et militant. Au fil de cet ouvrage, l'auteur s'efforce donc de suivre les sinuosités de cet itinéraire complexe, souvent contradictoire : de l'antimarxisme au marxisme « iskriste » du tout jeune Bronstein, de l'antibolchevisme virulent de 1904 au bolchevisme critique de 1917. Dans cette première phase de la vie politique de Trotsky, le « trotskisme » marche d'un bas boiteux : c'est l'époque du premier déploiement de la théorie de la révolution permanente, appuyée sur l'intuition géniale du profil de la révolution russe ; c'est aussi celle de la politique « malheureuse » de Trotsky, embourbé dans les marais du conciliationnisme et de l'équilibrisme, entre les deux fractions de la social-démocratie russe. L'ouvrage s'achève sur une évocation de 1917. La révolution d'Octobre ne signifie pas simplement l'ascension de Trotsky à la dimension historique. Au plan théorique, c'est, pour Trotsky, la seconde mutation fondamentale, celle qui l'amène à fondre la théorie de la révolution permanente dans le creuset politique et organisationnel du bolchevisme.

  • Qu'il s'agisse d'envisager les formes contemporaines du gouvernement des vivants (la biopolitique), de la mémoire collective, des phénomènes de violence extrême ou bien encore la dimension politique de la littérature, c'est en effet le discours qui, dans ses formes infiniment variables, est saisi comme fil conducteur d'une analyse, distinctement inspirée par les travaux de Michel Foucault, dont l'horizon est la mise en relation des modes d'énonciation, des formes de pouvoir et (en)jeux de vérité.

  • Depuis la fin des années 80, les bouleversements en Europe centrale et en URSS sont accompagnés d'un extraordinaire resurgissement d'histoires jusque-là confisquées ou occultées. Une réalité dont rendent compte 25 auteurs de l'Ouest et de l'Est européen.

  • Un certain XIXe siècle intellectuel et philosophique s'est obstiné dans l'exhortation « Désanimalisez la politique ! Extrayons-nous hors de ce cercle maudit où l'adversaire est un ennemi, un féroce-un tigre, un loup ! ». Parcourant Hugo, Renan-mais aussi Marx et les discours tourmentés qui arpentent les champs de ruines de juin 1848 ou les transes de l'affaire Dreyfus-, Alain Brossat relate cet intense travail sur le discours politique où sont à l'oeuvre tous les reconditionnements : celui qui conduit du temps des révolutions à l'épreuve de la guerre intérieure suspendue (la démocratie instituée) ; celui qui mène du registre traditionnel où l'Autre politique est bête sauvage au mode prétotalitaire où il devient rat, bacille, pou-agent de toutes les contagions et épidémies. La deuxième partie expose comment l'humanisation de la politique rend difficile de considérer l'adversaire, voire l'ennemi, comme « brute », comme monstre animal déshumanisé. Il en découle une difficulté permanente à faire face à des figures ou à des phénomènes confrontant les vivants à l'épreuve de la limite, de l'excès absolu, de l'inhumain. Ce problème, nous n'en finissons pas de le rencontrer à propos du criminel contre l'humanité et de son pâle rejeton le négationniste-et aussi du terroriste, du génocideur-en Bosnie, au Rwanda, en Algérie... Comment le discours politique qui a exclu le partage entre figures bestiales et figures humaines peut-il faire face au retour de la barbarie humaine ? Comment se passer du nom de monstre politique ? Questions posées par une actualité toujours plus accablante.

  • Pour en finir avec la prison s'inscrit en rupture avec les discours les mieux partagés sur l'institution pénitenciaire : le sécuritaire et l'humanitaire. Entre ceux qui exigent un régime plus sévère et ceux qui revendiquent pour l'entrée du droit dans les prisons, le faux débat occulte la véritable question : à quoi servent les prisons aujourd'hui ? Pour Alain Brossat, « l'énoncé inavouable sur lequel se fonde le fonctionnement de l'institution pénitenciaire est celui-ci : il y a, parmi la population, une part incompressible dont le statut est celui de l'irrécupérable. Pour cette part, ce n'est pas la dynamique de l'inclusion qui est à l'oeuvre, mais bien le décret d'abandon.»



    C'est pourquoi il ne peut pas y avoir de bonne prison. « Il ne se passera pas longtemps avant que la prison apparaisse aux yeux des vivants comme le signe irrécusable de l'état de brutalité, d'arriération des moeurs et des sensibilités dans lequel vivait l'humanité au XXe siècle, et encore au début du XXIe. »

    Alain Brossat est philosophe. Il a notamment écrit Le Corps de l'ennemi, hyperviolence et démocratie (La Fabrique, 1998).


  • Prenant à témoins la littérature, le cinéma, mais aussi l'événement qui interrompt le cours des choses, cet essai en forme de récit diffracté s'efforce de baliser le champ de l'actuel de manière à faire apparaître des possibles politiques. S'inscrivant dans la tradition inaugurée par Foucault, il s'établit à la charnière de la philosophie et de la politique pour scruter les mutations contemporaines du gouvernement des vivants.

  • Dans la réflexion qu'ils engagent ici, les deux auteurs s'interrogent sur les possibles du cinéma, et sur la relation que les images entretiennent avec la politique et l'histoire. Comment se fabrique la mémoire ? Comment appréhender les archives ? Comment remonter le temps, aux sens historique et cinématographique du terme ?
    Jean-Gabriel Périot, cinéaste, et Alain Brossat, professeur de philosophie, ont travaillé pendant des années, sans se connaître, sur des sujets communs : les femmes tondues à la Libération, l'univers carcéral, la violence politique, le désastre nucléaire...
    Dans la réflexion qu'ils engagent ici, ils s'interrogent sur la relation que les images entretiennent avec la politique et l'histoire. Comment se fabrique la mémoire ? Comment appréhender les archives ? Comment remonter le temps, au sens historique et cinématographique du terme ?
    Ces conversations s'appuient sur les expériences, et les expérimentations, de Jean-Gabriel Périot. Aiguillonné par les observations d'Alain Brossat, il explique comment il confectionne ses " tracts cinématographiques ", comment il a travaillé avec les détenus d'une prison d'Orléans, comment il a monté les films inédits des militants de la Fraction armée rouge (RAF) ou encore comment il a remonté les images d'une apocalypse nucléaire, en commençant... par la fin.
    Mettant en regard ces expériences avec celles d'autres cinéastes, célèbres ou non, ce dialogue offre une réflexion inédite sur le travail cinématographique et pose en termes nouveaux la question de la puissance - et de l'impuissance - de l'écriture et de l'image.

  • L'interminable accident de civilisation global que constitue la pandémie de Covid-19 met à l'épreuve tant les institutions sociales et politiques que les savoirs théoriques et pratiques ; la médecine, bien sûr, mais aussi les arts de gouverner, le gouvernement des vivants, les sciences sociales, etc. La philosophie elle aussi se doit de relever ce défi, elle tente de le faire, sans toujours se tenir à la hauteur des enjeux qui s'y dévoilent. Dans cette série d'essais, les auteurs s'essaient à développer une analytique du présent, à la sombre lumière de la pandémie. Cette suite de textes peut être lue comme une longue conversation au cours de laquelle des amis de la philosophie se demandent ce que ce désastre en continu change à leurs vies, non moins qu'à l'état du monde.

  • Alain Brossat : " Droit de punir ", " pouvoir de punir "... Pourquoi, pour une fois, ne pas tenter de bouleverser notre entendement de ces questions en parlant plutôt de la punition comme un art ou " des arts de punir " ? Pourquoi l'action punitive et sa représentation doivent-elles être circonscrites dans le domaine des actions lourdes, sinistres et funèbres ? Pourquoi ne pas les associer au rire, au vital, à l'imagination ?

  • Cet ouvrage est consacré à une relecture critique de la découverte du mémoire que rédigea Pierre Rivière en prison, après avoir assassiné sa mère, sa soeur et son frère. Cette analyse se livre à un examen rétrospectif de ce crime et ce texte, mais aussi à l'ouverture de pistes nouvelles, pour ainsi montrer que dans ce que l'on nomme "l'affaire Rivière" se dévoilent, dès lors que sont question le crime, la folie, la famille, la Justice, la médecine(etc.), des puissances littéralement infinies.

  • This collective book proposes to re-examine and explore the paradox of modernity through the triad structure of biopolitics, ethics and subjectivation, as it has served as an effective analytic tool for Western cultures (Foucault, Agamben, Negri...). The authors ask themselves if this framework can be tested on as varied cultural conditions as those in Asia, South Asia, Africa, Latin America or Eastern Europe.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Après que, dans les années vingt, le glas de la révolution européenne a sonné, l'histoire mondiale s'est déroulée, d'un point de vue marxiste classique, selon les voies les plus paradoxales qui soient. L'histoire des cinquante dernières années est jonchée du cadavre de plus d'une révolution dont le triomphe paraissait assuré, mais par contre, on a vu le prolétariat vaincre où personne ne l'attendait. À l'heure actuelle donc, dans ce cours si surprenant des événements politiques, après tant d'années d'espoirs brisés et de trahisons dans le mouvement ouvrier, la confusion idéologique la plus extrême règne parmi les révolutionnaires de la nouvelle génération. C'est à la faveur de cette obscurité que les Figuières, Mavrakis et autres ont pu, dans une période récente, soumettre sans grands risques Trotsky et le trotskisme à la critique cavalière que leur dicte leur optique stalinienne, maoïste ou philistine. Aussi ce texte, volontairement conçu comme un pamphlet, s'attache-t-il dans une optique délibérément partisane - c'est-à-dire militante - non à défendre, excuser ou amnistier Trotsky et les trotskistes, mais à confronter le projet politique du trotskisme à ceux de ses détracteurs. Cette polémique n'est donc en rien une apologie, mais constitue l'illustration d'un combat et le témoignage de la vivacité politique d'un courant que les antitrotskistes de tous horizons expédiaient un peu rapidement au musée de l'histoire.

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